Le chef de l'État turc Recep Tayyip Erdogan a été réélu dès le premier tour dimanche avec près de 52% des voix, pour un nouveau mandat aux pouvoirs renforcés. Le dirigeant est venu à bout d'une opposition pourtant revigorée, lors d'élections présidentielle et législatives âprement disputées.

A Istanbul, des militants d'Erdogan en liesse après la réélection de leur président, le 24 juin 2018
A Istanbul, des militants d'Erdogan en liesse après la réélection de leur président, le 24 juin 2018 © Radio France / Clémence Bonfils

En Turquie, le président turc Recep Tayyip Erdogan semble avoir réussi son pari et  revendique une nouvelle victoire aux élections présidentielle et législatives : d'après l'agence de presse étatique Anadolu, il est arrivé en tête de la présidentielle avec un score de 52,5% après dépouillement de plus de 99% des urnes, tandis que l'alliance dominée par l'AKP menait avec 53,61% dans le volet législatif du scrutin. 

Dans les rues d'Istanbul, les militants de l'AKP, le parti pro-Erdogan, fêtent le deuxième mandat annoncé de leur candidat, le 24 juin 2018
Dans les rues d'Istanbul, les militants de l'AKP, le parti pro-Erdogan, fêtent le deuxième mandat annoncé de leur candidat, le 24 juin 2018 © Radio France / Clémence Bonfils

Sans attendre le décompte final des bulletins, le dirigeant a savouré sa victoire en s'adressant dans la nuit de dimanche à lundi à des milliers de partisans réunis à Ankara devant le siège de son parti islamo-conservateur, l'AKP : 

Le vainqueur de cette élection, c'est la démocratie, la volonté nationale. Le vainqueur de cette élection, c'est chacun des 81 millions de nos concitoyens

Résultats de l'élection présidentielle en Turquie le 24 juin 2018
Résultats de l'élection présidentielle en Turquie le 24 juin 2018 © Visactu / Visactu

Erdogan s'est imposé comme le dirigeant turc le plus puissant depuis le fondateur de la République, Mustafa Kemal. Il a transformé la Turquie à coups de méga-projets d'infrastructures et en libérant l'expression religieuse, et a fait d'Ankara un acteur diplomatique clé. 

Dans le quartier Beyoğlu à Istanbul des femmes en transe chantent à la gloire de Recep Tayyip Erdogan, dont la réélection a été annoncée : "C’est notre père, c’est notre patrie" (24 juin 2018)
Dans le quartier Beyoğlu à Istanbul des femmes en transe chantent à la gloire de Recep Tayyip Erdogan, dont la réélection a été annoncée : "C’est notre père, c’est notre patrie" (24 juin 2018) © Radio France / Clémence Bonfils

Mais ses détracteurs accusent le "Reis", âgé de 64 ans, de dérive autocratique, en particulier depuis la tentative de putsch de juillet 2016, suivie de purges massives qui ont touché des opposants et des journalistes et suscité l'inquiétude de l'Europe. 

Un mandat aux pouvoirs renforcés pour Erdogan

Sa victoire aux élections de dimanche asseoit encore son pouvoir, car le scrutin marque le passage du système parlementaire en vigueur à un régime présidentiel où le chef de l'Etat concentre la totalité du pouvoir exécutif, aux termes d'un référendum parlementaire qui s'est tenu l'an dernier. 

Recep Tayyip Erdogan devrait donc conserver sa majorité au Parlement, ce qui équivaut donc à un carton plein pour le président turc, alors que ses partisans ont fait la fête une bonne partie de la nuit, tandis qu’au QG du CHP, le parti social-démocrate, une immense tristesse prévalait.  

Résultat contesté par l’opposition

Le candidat du CHP Muharrem Ince avait, lui, réuni des centaines de milliers de personnes lors de ses meetings, et ses partisans tablaient au moins sur un second tour. Abattus, sonnés et muets, les militants du CHP ont eu du mal à trouver les mots hier soir : "Je suis très déçu, ça me donne envie de quitter le pays. Vous avez vu le monde qu’il y a avait à nos meetings, à Izmir, Ankara et Istanbul ? Non franchement, je suis effrondré." 

Les cadres du parti refusent de parler de défaite : "Un second tour est encore possible", disaient-ils encore dimanche soir. Mais Cerat, un jeune militant n’y croiyait déjà plus : "Je pense que nous avons perdu, même si les responsables de notre parti ne veulent pas l’admettre et parlent de manipulation de la part du pouvoir en place". 

Cette défaite est incompréhensible : nous avons réuni au total 7 millions de personnes dans nos meetings, ça représente plus de 10% des électeurs. Non, vraiment, je ne comprends pas

Les militants du CHP étaient d’autant plus dépités que leur leader, le charismatique Muharrem Ince, n’a fait aucun discours à la télévision dimanche soir, comme si lui aussi avait du mal à trouver les mots.

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