enrico letta rentre à rome pour clarifier la situation politique
enrico letta rentre à rome pour clarifier la situation politique © reuters
par Paolo Biondi ROME (Reuters) - Le président du Conseil italien Enrico Letta, qui achève une visite à New York, rentre à Rome où il va tenter de sauver son gouvernement sous la menace des partisans de Silvio Berlusconi qui refusent la destitution de leur ancien chef de son mandat de sénateur après une condamnation pour fraude fiscale. Enrico Letta, à la tête d'une coalition gouvernementale réunissant le centre droit et le centre gauche, doit rencontrer vendredi le chef de l'Etat Giorgio Napolitano pour discuter de la situation politique. S'exprimant avant son départ de New York, le chef du gouvernement italien a qualifié les menaces proférées par le Peuple de la liberté (PDL), le parti de Silvio Berlusconi, "d'humiliation pour l'Italie". Enrico Letta a expliqué qu'il entendait demander au PDL de se préciser clairement son soutien ou sa défiance à l'égard du cabinet qu'il dirige. Il n'a toutefois pas dit s'il solliciterait un vote de confiance du Parlement. "Je veux que cette clarification ait lieu devant le peuple italien qui doit être capable de se faire une opinion afin que chacun assume ses responsabilités", a-t-il précisé. Alors que le gouvernement espère faire adopter dans l'urgence des mesures de réduction des déficits vendredi, Letta a expliqué que l'Italie avait besoin de stabilité alors qu'elle tente de sortir d'une récession de deux ans et demi et affiche une dette publique de 2.000 milliards d'euros. TON VIGOUREUX Enrico Letta a dit éprouver de la "compréhension" pour les difficultés que rencontrent actuellement Silvio Berlusconi et les parlementaires qui le soutiennent. Il a toutefois estimé que le sort personnel du magnat ne pouvait être lié à celui de son gouvernement. Giorgio Napolitano, qui a renoncé jeudi à participer à une conférence en raison "d'un développement imprévu", a qualifié d'"inquiétantes" les menaces de démission de la droite et de nature à fragiliser le bon fonctionnement de l'assemblée. "Mais, il est encore temps (...) de trouver le moyen d'exprimer, si tel est le voeu des élus du Peuple de la liberté, leur empathie au plan politique et humaine envers le président du PDL, sans compromettre le fonctionnement des deux chambres du Parlement", a-t-il ajouté dans un communiqué au ton inhabituellement vigoureux. Incidemment, il a qualifié d'"absurdes" les déclarations assimilant la condamnation de Silvio Berlusconi à "un coup d'Etat" ou à de "la subversion". L'Italie, troisième économie de la zone euro, est au bord de la crise politique depuis que le "Cavaliere" est menacé d'être exclu de la chambre haute du Parlement. UN CHOIX INDIVIDUEL Ses alliés ont fait monter la tension en déclarant mercredi soir qu'ils démissionneraient si la commission spéciale du Sénat votait le 4 octobre en faveur de la déchéance de l'ancien président du Conseil. Ces menaces ont coïncidé avec des rumeurs à Rome sur une nouvelle dégradation de la note de la dette publique italienne, ce qui a eu pour effet d'orienter à la baisse la Bourse de Milan et de relancer à la hausse le coût des emprunts sur les obligations à dix ans. Il est difficile d'évaluer la réalité des dernières menaces compte tenu des signaux contradictoires lancés par les amis de Silvio Berlusconi au Parlement, divisés entre "faucons" partisans d'une ligne dure et "colombes" plus enclins à la conciliation. Jeudi, le ministre des Transports, Maurizio Lupi, membre de Forza Italia (FI, l'ancien parti de Silvio Berlusconi qui vient de renaître de ses cendres), a assuré qu'il n'existait pas d'accord général pour quitter le gouvernement et que toute décision en ce sens de la part des élus et des ministres de droite se ferait sur une base individuelle. "La démission de parlementaires est une décision qui dépendra de la conscience de chacun", a-t-il dit au micro de la RAI. Mais pour le Parti démocrate (PD) de Letta, ces menaces risquent de fragiliser un exécutif attendu sur des dossiers délicats comme le déficit des finances publics et le sort d'entreprises phares comme Telecom Italia et Alitalia. "Malheureusement, ces menaces en forme de yoyo affaiblissent un équilibre déjà très délicat", a déclaré Luigi Zanda, chef de file du PD au Sénat, au Corriere della Sera. Silvio Berlusconi a été condamné à une peine de quatre ans de prison, ramenée par la suite à 12 mois d'arrêts domiciliaires ou de travaux d'intérêt général, pour fraude fiscale dans l'affaire Mediaset. Il qualifie sa condamnation d'injuste et accuse les "magistrats rouges" de comploter pour l'écarter de la vie politique à 76 ans révolus. Giorgio Napolitano, qui devra décider d'appeler les électeurs aux urnes une nouvelle fois ou de tenter de bâtir une nouvelle coalition en cas de départ de la droite du "governissimo", n'est pas favorable à de nouvelles élections législatives. Avec James Mackenzie, Jean-Loup Fiévet et Pierre Sérisier pour le service français
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