Dix candidats tués par les combattants islamistes, des votes truqués et des milliers d’électeurs aux abonnés absents : ce samedi matin, l’Afghanistan s’apprête à tenir des législatives extrêmement fragiles, qui laissent peu d’espoir à la démocratie.

Dix candidats ont été tués au cours de la campagne électorale, dont l'ancien général afghan Jabar Qahrman.
Dix candidats ont été tués au cours de la campagne électorale, dont l'ancien général afghan Jabar Qahrman. © Maxppp / Jawad Jalali/EPA

Plus qu’un mandat, c’est leur vie que les candidats aux élections législatives afghanes mettent en jeu. Ils sont plus de 2 500 à convoiter l’un des 249 sièges de députés, et depuis le début de la campagne, dix d’entre eux ont été tués. Dernier en date : Jabar Qahrman, ancien général de l’armée afghane, mort dans l’explosion d’une bombe cachée sous un canapé de son local de campagne. Trois autres personnes ont perdu la vie et six ont été blessées.

Une élection gangrenée par les talibans et la corruption

Cette attaque, comme de nombreuses autres, a été revendiquée par les talibans, qui s’opposent à la tenue des élections. Dans plusieurs communiqués, ils appellent à “faire échouer” leur tenue, à “ne pas laisser les écoles se transformer en centres de votes”, exhortent les civils à ne pas participer au scrutin. A Kandahar, les élections ont d'ailleurs été reportées d'une semaine après une attaque survenue jeudi et qui a décimé l'état-major sécuritaire de la province. Mais la menace terroriste n’est pas la seule qui pèse sur ces élections, déjà repoussées de trois ans.

Le risque de fraude est lui aussi majeur. Nombre d’habitants sont inscrits en plusieurs endroits. L’une des provinces, le Paktia, compte ainsi 40% d’électeurs de plus sur ses listes que le nombre estimé d’électeurs réels, d’après l’ONG Afghan Analyst Network. 

Pour limiter les tentatives de bourrage d’urnes, un système de contrôle biométrique a été mis en place à la dernière minute. Seulement, les assesseurs ont été à peine formés, les bureaux de vote les plus reculés risquent de ne pas être équipés. Certains observateurs soulignent aussi le risque de manipulation de la base de données avant les résultats. Or la perspective de voir le résultat du vote contesté risque d’inciter un peu plus les Afghans à bouder les urnes le jour du vote. 

Ces élections sont pourtant capitales avant le scrutin présidentiel prévu en avril. Les dirigeants afghans sont attendus à Genève en novembre devant l’ONU. Le pays doit démontrer à ses créanciers les progrès réalisés en matière de processus démocratique.    

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