C'est un scénario qui paraissait inenvisageable il y a encore quelques semaines, mais qui commence à faire son chemin : et si la meilleure manière de sortir de la crise du Brexit était de reposer la question aux Britanniques eux-mêmes ? Une idée qui séduit autant qu'elle inquiète la classe politique outre-Manche.

Militants pro-UE devant le Parlement britannique à Londres, le 26 février 2019
Militants pro-UE devant le Parlement britannique à Londres, le 26 février 2019 © AFP / Daniel Leal-Olivas

Plus la Première ministre Theresa May gagne du temps (elle a ouvert pour la première fois la porte, mardi, à un report de quelques mois du Brexit, initialement prévu le 29 mars), plus les représentants politiques britanniques en profitent pour envisager de nouvelles portes de sortie de cette interminable crise. Il y avait jusqu'ici deux chemins possibles : la validation par les députés de l'accord longuement négocié avec l'UE, ou la sortie sèche sans accord (le fameux "no deal"). Un troisième commence à trotter dans la tête des opposants de Theresa May.

À commencer par Jeremy Corbyn, le leader du parti travailliste. En pleine quête d'un plan "alternatif et crédible", il envisage désormais sérieusement l'idée d'un nouveau vote. Séduisante sur le papier (après tout, qui pourrait contester une décision prise par le peuple lui-même ?), elle ne sera sans doute pas simple à faire progresser dans les esprits des élus. Au sein même du Labour, si les militants sont largement pour, les députés ont un point de vue plus mitigé. Certains ont eux-mêmes voté pour le départ de l'Union européenne, mais même les pro-européens "bloquent" sur l'idée pour plusieurs raisons.

Un pari tentant, mais un pari dangereux

Le correspondant londonien du Point cite par exemple le cas de Stephen Kinnock, député travailliste partisan d'un maintien dans l'UE, qui milite pourtant contre un nouveau référendum. Il craint "une aggravation des divisions au sein du pays". Autrement dit, que la fracture provoquée par le référendum précédent ne puisse pas être réduite par un autre vote identique.

En 2016, 52 % des Britanniques avaient voté "leave", soit une petite majorité. Le pari des partisans d'un nouveau référendum, c'est que la situation, le paysage politique et l'électorat auraient changé depuis. La situation, parce que les conditions de sortie ne correspondent finalement pas à ce qui était prévu (ou annoncé par les partisans du Brexit) au moment du vote. Le paysage politique, parce que les partis traditionnels, loin d'être balayés par des mouvements neufs comme Ukip (porté disparu depuis), sont sortis renforcés des législatives l'an dernier. L'électorat, parce que de nouveaux électeurs, trop jeunes pour voter à l'époque, peuvent désormais le faire.

Mais ce pari est excessivement risqué, sans doute trop pour des élus échaudés par le précédent séisme politique. Les jeunes électeurs sont plus nombreux, mais peuvent-ils se mobiliser autant que les partisans du Brexit ? Convoquer un nouveau référendum ne risque-t-il pas d'aboutir à un vote de défiance envers la majorité, voire la classe politique en général ? D'ailleurs, si Jeremy Corbyn n'est plus contre l'idée de ce deuxième référendum, il le considère comme un dernier recours (voire un moyen de pression) : il soutient ce mercredi un amendement pour demander le maintien du Royaume-Uni dans une union douanière, et ne réclamera un deuxième référendum qu'en cas de rejet de cette proposition.

Bref, si de plus en plus d'élus semblent tentés par un référendum, ils sont tout aussi nombreux à craindre son possible résultat. Finalement, sur certains questions, le Royaume-Uni est encore très proche de ses voisins européens.

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