Il est l’un des 15 démocrates encore dans la course à l’investiture de son parti, en vue de la présidentielle américaine de 2020. Le benjamin de cette primaire Pete Buttigieg, 37 ans, est à la 4e place des sondages nationaux, et en tête des enquêtes d’opinion dans l’Iowa et le New Hampshire, où nous l'avons rencontré.

Pete Buttigieg, qui doit encore gagner en notoriété au niveau national, fait campagne dans les "early states". Ici, dans le New Hampshire.
Pete Buttigieg, qui doit encore gagner en notoriété au niveau national, fait campagne dans les "early states". Ici, dans le New Hampshire. © Radio France / Grégory Philipps

"C’est encore un test de français ?" s’amuse Pete Buttigieg quand nous le croisons pour la seconde fois de la journée. Mais le jeune maire de South Bend, Indiana, se prête facilement à l’exercice quand on l’interroge sur son âge, 37 ans, et son manque d’expérience nationale : 

Je pense que les Américains et particulièrement les démocrates ont besoin, pour gagner, d’un candidat qui peut offrir un message nouveau, et qui vient de la jeune génération. En France, je crois que votre président a été élu à 39 ans ? Moi aussi j’aurai 39 ans ! [le jour de son éventuelle investiture, en janvier 2020, s’il était élu].

Ce  jour-là, Buttigieg est dans le New Hampshire, où il enchaîne trois "townhalls", trois réunions publiques dans la même journée. À Henniker, quelque 200 personnes sont venues l’écouter et l’interroger sur son projet pour l’Amérique, mais aussi sur sa position sur l’avortement, le contrôle des armes à feu, ou encore sa conception du couple.

Buttigieg est le seul candidat ouvertement homosexuel, il est marié depuis 2018 à Chasten qui, sur les réseaux sociaux notamment, milite avec humour et régularité pour son mari, et qui aspire donc à devenir le premier "first gentleman" des États-Unis.

Si Buttigieg sillonne jour après jour l'État du New Hampshire, c’est parce qu'il s'agit d'un "early state", qui organisera sa primaire le 11 février prochain (une semaine après le caucus de l’Iowa). Et celle ou celui qui l’emportera dans l’un de ces deux États ne décrochera pas forcément l’investiture démocrate en juillet 2020, mais verra à coup sûr sa campagne prendre un vrai coup d’accélérateur.

Buttigieg le sait. Et les derniers sondages locaux le donnent premier dans l’Iowa et le New Hampshire devant Sanders, Warren et Biden…

Le grand saut

Pour autant, Pete Buttigieg doit encore gagner en notoriété au niveau national. Ce diplômé d’Harvard, vétéran de la guerre en Afghanistan, qui parle huit langues (dont l’arabe, le dari et le norvégien) n’a finalement que peu d’expérience politique. Il est le maire de South Bend, ville de 100 000 habitants dans l’Indiana, depuis 2012, et en est à son deuxième mandat.

Il fait d’ailleurs de cette inexpérience un argument. Ainsi, lance-t-il à ses adversaires démocrates lors du dernier débat organisé fin novembre à Atlanta :

L’expérience gagnée à Washington n’est pas la seule qui compte. Nous avons sur ce plateau plus de cent années d’expériences à Washington et où cela nous a-t-il menés ? J’ai en tout cas l’expérience nécessaire pour battre Trump en novembre prochain.

Buttigieg devra aussi convaincre l’électorat afro-américain, peu réceptif à ses arguments de campagne. En juin de cette année, le maire avait été l’objet de vives critiques de la part de la population noire de sa ville, après la mort d’un habitant, tué par un policier de South Bend. Le jeune élu avait alors interrompu sa campagne pour rentrer en Indiana et tenter de calmer les esprits.

Buttigieg explique que son homosexualité l’avait aidé à comprendre ce qu’était le poids de la discrimination dans ce pays.
Buttigieg explique que son homosexualité l’avait aidé à comprendre ce qu’était le poids de la discrimination dans ce pays. © Radio France / Grégory Philipps

Plus tard, Buttigieg a expliqué que son homosexualité l’avait aidé à comprendre ce qu’était le poids de  la discrimination dans ce pays : "Mon expérience, avait-t-il précisé, m’a inculqué l’obligation profonde d’aider ceux dont les droits sont remis en cause chaque jour". 

Sur le plan politique, enfin, Pete Buttigieg est au centre du parti démocrate. Quand Elizabeth Warren ou Bernie Sanders prônent la mise en place d’une couverture santé universelle pour tous, "Mayor Pete", comme l’appellent ses supporters, répond qu’à ses yeux, cela ne doit s’appliquer qu’à ceux qui le souhaitent, laissant une large place aux systèmes d’assurance-santé privés. Ce chrétien est pour la défense du droit à l’avortement. Il prône le retour des États-Unis dans l'Accord de Paris sur le climat. Il se dit conservateur au niveau fiscal.

Alors Buttigieg le centriste pourrait-il aller prendre des voix à Joe Biden, l’ancien vice-président d’Obama, qui, aujourd’hui encore, fait figure de favori ? Et aller jusqu’à décrocher l’investiture démocrate en juillet prochain à Milwaukee, Wisconsin ? Le jeune maire de South Bend fait en tout cas tout pour cela, en labourant littéralement les terres de ces "early states" que sont l’Iowa et le New Hampshire.

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