Les appels à la raison se multiplient aux États-Unis pour éviter les grandes fêtes familiales et les chassés-croisés de la fête de Thanksgiving, le 26 novembre prochain. Les autorités craignent une forte résurgence de cas de Covid-19 dans ce pays qui a déjà atteint le demi-million de morts. En attendant Noël...

La fête de Thanksgiving 2020 sera-t-elle synonyme de rebond du virus aux Etats-Unis ?
La fête de Thanksgiving 2020 sera-t-elle synonyme de rebond du virus aux Etats-Unis ? © Getty / John Tlumacki/The Boston Globe via Getty Images

Les Américains vont-ils faire la même erreur que les Canadiens ? Au Canada, la fête de Thanksgiving, qui a eu lieu le 12 octobre, a entraîné une hausse massive du nombre de malades et de cas positifs dans les 15 jours qui ont suivi. Le 12 octobre, 2 300 cas étaient répertoriés chaque jour. Or, deux semaines après la fête, les Canadiens enregistraient une moyenne de 3 000 cas quotidiens. Ils sont 4 000 aujourd'hui. Comme aux États-Unis, cette fête de Thanksgiving est un long week-end de "transhumance" pour des millions de familles qui se retrouvent. Les Canadiens ne se sont pas privés de voyager et de se réunir, malgré l'avertissement du Premier ministre Justin Trudeau fin septembre . 

Et le magazine Time de se demander : "Est-ce que Thanksgiving sera un désastre ? Au Canada ça l'a été". Les autorités américaines craignent en tout cas les mêmes erreurs sur leur territoire pour leur fête de Thanksgiving, le jeudi 16 novembre prochain. Habituellement, plus de 50 millions d'Américains voyagent pour ce week-end festif. Evidemment, ces épisodes sont lourds d'enseignements pour les Français qui s'apprêtent à fêter Noël.

38% des Américains prévoient des réunions familiales à plus de dix

Selon un sondage réalisé par Ohio State University (OSU) Wexner Medical Center, publié le 12 novembre, 38% des Américains prévoient de se réunir à plus de dix pour Thanksgiving. Et près de 33% des personnes interrogées ne prévoient pas d'imposer le port du masque lors de leur réunion familiale. Un quart des Américains interrogés affirment qu'ils ne respecteront pas la distanciation sociale.

"Si vous vous déplacez, n'oubliez pas que vous serez placé en quarantaine ! 

C'est le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, qui le rappelle : son État applique des règles strictes en matière de quarantaine, car la résurgence de cas est due en grande partie à la venue de personnes arrivées de l'extérieur de l'État. 

Parmi les règles new yorkaises : pouvoir présenter un test négatif réalisé trois jours avant de revenir à New York, puis se mettre en quarantaine pour trois jours à New York et refaire un test le quatrième jour. Si les deux tests sont négatifs, la quarantaine est terminée.

Tous se faire tester pour pouvoir faire la fête ? 

L'agence Reuters a posé plusieurs questions à des spécialistes lors d'un chat. A la question : "Peut-on se fier aux tests pour pouvoir se réunir ?", la réponse de la virologue du Georgetown Center for Global Health Science and Security est sans appel : "Un test vous dit seulement si vous êtes positif à l'instant T, et il peut aussi ne pas détecter un cas, si vous êtes infecté par le virus de manière insuffisante."

Le comité éditorial du New York Times écrit de son coté un long article pour dissuader les Américains de se réunir et de voyager cette année. "Si les Américains veulent contrôler cette remontée, ils doivent se passer des réunions à l'intérieur, y compris pour les fêtes".

Les médias donnent des conseils pour décliner l'invitation  

La chaine de télévision CNN se demande comment faire pour "décliner une invitation pour Thanksgiving". La fête de Thanksgiving étant tellement primordiale dans la culture populaire américaine, CNN propose d'aider ceux qui refuseront de se réunir, car "il n'est pas facile de prendre la décision de ne pas voir ses proches pour les fêtes"

Parmi les conseils : retenir les règles sanitaires en vigueur en fonction du lieu où l'on va se réunir (chaque État américain ayant des règles différentes), ou argumenter qu'une "réunion de plusieurs personnes à l'intérieur pendant plusieurs heures est plus à risque que rencontrer quelques personnes dehors pour peu de temps". 

Une spécialiste en communication explique également que si l'on décide de ne pas aller voir sa famille, il faut se justifier en utilisant la première personne : "Je préfère que nous ne nous réunissions pas" sera toujours mieux que "nous n'allons pas pouvoir venir cette année". Mais une psychothérapeute rappelle : "N'oubliez pas qu'en déclinant une invitation, vous pouvez vous mettre à dos un parent pour des années". 

CNN suggère d'opter pour une fête virtuelle. Dans ces cas-là, "on peut en désigner l'organisateur" et "commander à distance le même menu pour tous les convives, afin qu'ils aient l'impression de manger ensemble le même repas". 

Les autorités font tout pour éviter les transhumances

Dans la ville de New York, la deuxième vague frappe fort. Les écoles de la première ville du pays ont fermé de nouveau depuis ce jeudi et tout l'État est aux prises avec une forte résurgence de cas positifs et d'hospitalisations. Le gouverneur Andrew Cuomo de l'État de New York a récemment déclaré : "Si vous aimez quelqu'un, dites lui 'je t'aime tellement que cette année je ne te verrai pas pour Thanksgiving'. C'est ça l'amour". 

De leur côté, les centres américains pour le contrôle des maladies et la prévention (CDC) ont publié le 11 novembre leur guide de Thanksgiving. Ils rappellent que toute personne à risque ou toute personne au contact de la Covid-19 ou à fortiori ayant contracté le virus ne doit surtout pas se réunir avec d'autres personnes. 

Et si "on reportait" Thanksgiving ? 

Dans un éditorial de la rubrique économique du New York Times, on peut lire cette proposition : "Reportons Thanksgiving au 27 mai. A ce moment-là, les Américains auront encore plus de raisons d'être reconnaissants, avec la fort probable disponibilité d'au moins deux vaccins efficaces, peut-être la liberté de se rassembler avec des amis et peut-être aussi la fin de ce marasme économique."

"Imaginez à quoi va ressembler Thanksgiving en novembre cette année : un plus petit groupe autour de la table, peut-être masqué et devant se contenter de ne pas prendre dans leurs bras les personnes de leur entourage. Sans oublier cet avertissement des autorités : les réunions à la maison sont un important facteur de l'augmentation des cas de Covid-19".

Et le journaliste de poursuivre : "Après une année marquée par autant de pertes, les Américains ont besoin d'une vraie fête de Thanksgiving, pleine d'amour et de gratitude, et non pas d'une célébration pleine de contraintes dues à un calendrier arbitraire."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.