Le pure-player ProPublica fournit une compilation inédite qui permet de se replonger avant, pendant et après l'invasion du Congrès américain, le 6 janvier dernier à Washington.

Les 500 séquences fournissent un compte-rendu détaillé et immersif unique de la violence et de la confusion autour et au coeur du Capitole, le 6 janvier dernier.
Les 500 séquences fournissent un compte-rendu détaillé et immersif unique de la violence et de la confusion autour et au coeur du Capitole, le 6 janvier dernier. © ProPublica

C'est une gigantesque compilation. Dimanche, le pure-player américain ProPublica a publié une énorme base de données de 500 vidéos montrant, à Washington, l'invasion du Capitole le 6 janvier dernier. Des séquences de quelques secondes ou de quelques minutes, tout au plus, tournées par les militants pro-Trump eux-mêmes, lors de l'insurrection, et publiées sur le réseau social conservateur Parler, créé en 2018 et prisé des soutiens du président américain.  Elles offrent une vision relativement complète et en tout cas inédite de cet événement tristement historique dans l'histoire des États-Unis, à travers les téléphones (et donc les yeux) des participants à ce soulèvement. 

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Comment ProPublica a procédé 

Revenons à cette folle semaine : suite à l'assaut du Capitole et alors que le compte de Donald Trump vient d'être bloqué sur Twitter et Facebook, Google et Apple annoncent, le 8 janvier, la suppression de Parler sur leurs magasins d'applications, tant que le réseau n'instaure pas une politique de modération permettant de limiter les contenus extrémistes. Le 11 janvier, AWS, la filiale d'Amazon spécialisée en hébergement de sites, rend la version web de Parler inaccessible.  

Mais le même jour, avant que le réseau ne soit débranché et jouant de sa mauvaise conception, des hackers parviennent à récupérer des messages, photos, vidéos et les métadonnées associées :

Plus d'un million de vidéos sont ainsi extraites : c'est sur cet immense "stock" que ProPublica s'est basé. En utilisant les données techniques des vidéos, en fonction de la localisation, de la date et l'heure de prise de vue, les journalistes restreignent le champ à 2500 séquences susceptibles d'être des images de l'émeute au Capitole. Après un visionnage complet, cette masse est réduite à 500 vidéos "dignes d'intérêt"

Concrètement, les séquences sont classées sous la forme d'une chronologie et triées en trois catégories : les images tournées à l'intérieur du Capitole, celles prises autour du Capitole et enfin les séquences filmées dans Washington. La consultation est extrêmement fluide (un petit défi au regard du nombre de vidéos) : il suffit de les faire défiler les unes après les autres pour avancer quasiment en temps réel. 

Ce que montrent ces vidéos 

Comme le souligne ProRepublica, ces vidéos permettent d'éclairer deux questions clés sur la foule présente le 6 janvier : qui étaient ces manifestants et quelles étaient leurs motivations ? Souhaitant sans doute immortaliser l'instant, beaucoup d'entre eux ont en tout cas utilisé leurs smartphones pour filmer, tout au long de la journée, le fil des événements. 

Différents angles, différents formats : on trouve beaucoup de plans séquences de la foule, des abords du Capitole, des manifestants qui en forcent l'entrée puis se retrouvent à l'intérieur. Parfois, certaines vidéos sont des adresses à la caméra en mode "selfie" où les vidéastes se vantent de leurs prouesses : "We're in the fucking Capitol", crie une manifestante qui s'est introduite dans la Rotonde, quand un autre se vante d'avoir dérobé un bouclier anti-émeutes

"It's our house"

Les 500 vidéos de Parler mises en ligne "varient en intensité", constatent les journalistes de ProPublica. "Allant d'extraits frénétiques et violents de personnes affrontant la police, d'émeutiers exigeant d'être conduits à la Chambre où se tenait la session conjointe du Congrès (...) à des vidéos plus anodines" où l'on voit la foule errer plus loin de l'action et scander un certain nombre de slogans, comme "It's our house" ("C'est notre maison") ou "Fight for Trump" ("on se bat pour Trump"), à propos du Capitole : 

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Un certain nombre de vidéos montrent également des menaces à l'égard des élus du Congrès. Sur l'une d'entre elles, un manifestant se met en scène, décrochant un téléphone : "Puis-je parler à Pelosi ? Ouais, on vient pour toi, salope. Mike Pence ? On vient pour toi aussi, putain de traître." D'autres illustrent les violences commises contre le bâtiment et les policiers déployés ("Vous avez peur, maintenant, fils de putes", crie par exemple l'un des envahisseurs du Capitole dans cette vidéo). 

Si certaines séquences sont d'une violence jusqu'alors inimaginable à l'intérieur d'un bâtiment, d'autres montrent une certaine désorganisation comme dans cette scène de déambulation dans des couloirs. Surtout, les smartphones prennent une importance primordiale dans cette partie : beaucoup de manifestants semblent être présents pour se filmer fièrement à l'intérieur du bâtiment.  

Ce que les vidéos ne montrent pas

Si les 500 séquences fournissent un compte-rendu détaillé et immersif unique de la violence et de la confusion autour et au coeur du Capitole, cela ne montre toutefois qu'une vision des événements et qu'une partie des faits. La chronologie est loin d'être tout à fait complète.

En effet, ProPublica n'a jusqu'à présent trouvé qu'une seule vidéo de l'intérieur du Sénat ou de la Chambre. Une scène dont les images ont pourtant été très nombreuses dans la presse. 

Par ailleurs, le média affirme ne pas savoir "si les forces de l'ordre ont utilisé les vidéos pour identifier les suspects" même si "le FBI y a accès".   

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