Jamais autant d’électeurs allemands ne s’étaient déplacés pour un scrutin européen. Avec une participation de 61,4%, le plus gros pourvoyeur de députés au Parlement de l'UE donne le ton. Avec, comme en France, une poussée historique des écologistes et un repli des partis traditionnels.

Sven Giegold, tête de liste des Verts, hier soir lors de la fête électorale de son parti à Berlin.
Sven Giegold, tête de liste des Verts, hier soir lors de la fête électorale de son parti à Berlin. © Radio France / Ludovic Piedtenu

En Allemagne, Die Grünen (les Verts) réalisent pour ce scrutin leur meilleur score à des élections européennes : 20,5 %. Ils doublent quasiment leur score de 2014 et gagnent près de 10 points. Leur précédent record datait de 2009, avec 12,1 %. 

Ils remportent 20 sièges au Parlement européen et s’installent comme la deuxième force politique en Allemagne après leurs bons résultats précédents dans deux scrutins régionaux en Bavière et en Hesse, à l’automne dernier. 

Dans le détail, les Verts réalisent de très bons scores dans les grandes villes : le parti est en tête à Berlin, plus de 27 % ; à Munich, Francfort et Hambourg, plus de 31%). Il réalise de très bons scores principalement parmi la jeunesse : 36 % des primo-votants, 33% des 18-29 ans. Mais plus largement, il est aussi en tête chez les 30-44 ans, second juste derrière les conservateurs chez les 45-59 ans et troisième, en hausse, chez les plus de 60 ans. Die Grünen rassemble, enfin, un électorat plus féminin.

Ce qui tend à en faire pour les Allemands un "parti populaire" ("Volkspartei"), qui s’apparenterait, en France, aux partis traditionnels. Les Verts, déjà bien ancrés dans la vie politique allemande, ne font que confirmer, élections après élections, qu’il faut faire avec eux. Pour gagner cette étiquette de "Volkspartei", il leur faudra un jour gouverner au niveau fédéral, et il leur reste à conquérir les classes plus populaires. Leur électorat reste dominé par les classes sociales supérieures avec un haut niveau d’éducation.

Effondrement des partis traditionnels 

Ce sont surtout les sociaux-démocrates qui subissent un revers : 15,8 % (16 sièges), soit 11,5 points de perdus par rapport à 2014. Le SPD est à son niveau le plus bas depuis la fin de la guerre. Ce résultat peut entraîner en interne la contestation de la cheffe du parti, Andrea Nahles et questionner leur participation au gouvernement de coalition avec les conservateurs. 

Plus largement, c’est un recul de la gauche allemande, si l’on ajoute le score de Die Linke, qui perd 2 points par rapport au précédent scrutin, à 5,5 % (6 sièges).

Les conservateurs allemands chutent aussi, mais dans une moindre mesure. Ils perdent 6,4 % et totalisent 28,9 % des voix. Ils avaient 34 sièges dans la précédente législature, ils en auront 29. Ce n’est pas un bon résultat pour le parti d’Angela Merkel, la CDU (22,6 %), qui se présentait unie avec son allié bavarois, la CSU. Les chrétiens-sociaux de Bavière limitent la casse et gagnent un point (6,3 %). L’explication est sans doute à trouver en la personne du candidat : Manfred Weber, originaire de Basse-Bavière, à la frontière avec la République tchèque et l’Autriche. Il est le candidat du Parti populaire européen (PPE) à la présidence de la Commission européenne, mais rien n’est encore joué pour lui tant le futur Parlement européen apparaît fragmenté au lendemain de ces élections.

L’extrême-droite contenue

Ces élections ne sont traditionnellement pas favorables à l’extrême-droite dans un pays très pro-européen. Le total des huit listes pro-européennes dépasse les 73 %. L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), devenue en 2017 première force d’opposition au Bundestag (12,6 %), ne dépasse pas cette fois les 11 % mais gagne 3,9 points par rapport au scrutin européen de 2014 et obtient 11 sièges. Le parti réalise de très bons scores dans les régions de l’est du pays, notamment dans le Brandebourg ou en Saxe, où se dérouleront des élections régionales le 1er septembre, mais aussi en Thuringe, où un scrutin se tiendra aussi avant la fin de l’année, le 27 octobre.

En Allemagne, il n’y pas de seuil minimum pour être élu, d’où l’abondance de choix pour les électeurs et ce record de 41 listes cette année. Sept "petits partis" remportent au moins 1 siège. Deux d’entre eux ont même deux élus. C’est le cas de Die Partei (parti satirique) et des Freie Wähler (parti bavarois).

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