Au lendemain des deux explosions qui ont ravagé une partie de la capitale libanaise, une cause probable est avancée par les autorités : un stock de nitrate d'ammonium conservé dans des conditions discutables sur le port. Une hypothèse crédible.

A côté des silos à grain, une explosion, qui a balayé le port et ravagé une grande partie de Beyrouth, a laissé un gigantesque cratère.
A côté des silos à grain, une explosion, qui a balayé le port et ravagé une grande partie de Beyrouth, a laissé un gigantesque cratère. © AFP

En 2014, le Rhosus, un cargo battant pavillon moldave qui faisait route vers le Mozambique avec 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium à son bord, a fait escale à Beyrouth pour régler des problèmes techniques, rapporte la revue spécialisée Ship Arrested en octobre 2015. Après un contrôle des autorités portuaires, il lui a été interdit de reprendre la mer. Faute de pouvoir mobiliser son propriétaire, aux abonnés absents, pour des raisons de sécurité, l’équipage a été évacué et le navire a été déchargé de sa cargaison… C’est sans doute cette même cargaison, probablement stockée depuis dans un entrepôt du port, que le Premier ministre libanais a évoquée aujourd’hui.

Hassan Diab, qui a décrété mercredi jour de deuil national, a en effet jugé "inadmissible qu'une cargaison de nitrate d'ammonium, estimée à 2 750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution"."C’est inacceptable et nous ne pouvons pas nous taire", a ajouté le Premier ministre devant le Conseil supérieur de défense, promettant que les responsables devraient "rendre des comptes". Reste toutefois la question de l'origine de l'incendie qui, se propageant d'un hangar à l'autre, a mis le feu aux poudres. A ce stade, elle reste posée. 

Une matière très explosive

Le  nitrate d'ammonium, substance qui entre dans la composition de certains engrais mais aussi d'explosifs, est un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés, et a causé plusieurs accidents industriels dont l'explosion de l'usine AZF à Toulouse, en 2001. Moins de 400 tonnes avaient provoqué 31 morts, 2 500 blessés et causé des destructions importantes dans le sud-ouest de la ville rose.

Si l’hypothèse du nitrate d’ammonium était vérifiée, à Beyrouth, on parle d’une quantité presque sept fois supérieure, susceptible d’expliquer les incroyables dégâts à déplorer. Un bilan toujours provisoire fait état dans la capitale libanaise d’une centaine de morts et de plus de 4 000 blessés, le système de santé étant déjà saturé par la crise sanitaire au Covid-19.

Seule nouvelle rassurante à ce stade, le niveau de pollution de l’air relevé par l’Université américaine de Beyrouth est revenu à la normale, après un pic hier à 18 heures, peu après les explosions. 

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