La menace terroriste reste entière malgré la reprise en Syrie de l'ultime bastion du "califat" autoproclamé du groupe État islamique.

Malgré la fin du "califat" physique du groupe État islamique, la menace terroriste djihadiste reste entière.
Malgré la fin du "califat" physique du groupe État islamique, la menace terroriste djihadiste reste entière. © AFP / BULENT KILIC

C'est une victoire, mais ce n'est pas la fin de la guerre contre le terrorisme islamique. Après l'annonce par les forces arabo-kurdes de la reprise du dernier bastion détenu par l'organisation État islamique en Syrie, Emmanuel Macron a salué sur Twitter la "détermination" des armées de la coalition, tout en rappelant que "la menace demeure" contre le djihadisme.

Une position partagée par l'universitaire Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie. Pour le chercheur, "l'idéologie du groupe État islamique est toujours vivace" et il faut s'en méfier. 

"C'est une organisation qui est capable d'apprendre de ses erreurs et donc de changer de tactique. Les causes qui ont produit Daesh sont toujours là, des causes religieuses mais aussi une situation économique catastrophique. Il faudra s'attendre à une résurgence de l'État islamique dans quelques temps."

La faiblesse de la Syrie, c'est qu'il n'existe aujourd'hui pas de plan de reconstruction dans les territoires en ruine qui demeurent après le passage de la coalition. Une situation que déplore Fabrice Ballanche, qui souhaiterait un "plan Marshall" pour cette zone de Syrie, une solution très compliquée à mettre en œuvre  : "À Raqqa, il y a une irrigation qui ne fonctionne plus, des terres qui ne sont plus cultivées, une aide humanitaire inefficace. Si la reconstruction ne vient pas, cela va être le substrat de la résurgence de l'EI."

Des djihadistes fondus dans la population exilée

© AFP / Valentina BRESCHI, Thomas SAINT-CRICQ, Omar KAMAL

Il ne restait qu'une "colline contrôlée par l'EI", a indiqué un responsable des FDS. Les derniers djihadistes se cachaient dans des tunnels souterrains et des caves, d'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Le dernier assaut des FDS contre Baghouz, lancé début février, est l'ultime phase d'une opération déclenchée en septembre 2018 pour chasser l'EI des derniers secteurs sous son contrôle en Syrie. La campagne militaire soutenue dans les airs par la coalition internationale soutenue par les États-Unis a été ralentie par la sortie de l'enclave de dizaines de milliers de personnes, dont des milliers de djihadistes qui se sont rendus et leurs familles.  

Depuis janvier, plus de 67 000 personnes ont quitté la poche de l'EI, dont 5 000 djihadistes arrêtés après leur reddition, selon les FDS. Les civils parmi elles, pour la plupart des familles de djihadistes, ont été transférés dans des camps principalement dans celui d'Al-Hol (nord-est) où ils vivent dans des conditions difficiles.

Le rapatriement de djihadistes ou de leurs familles fait toujours débat notamment au sein des pays occidentaux. Plus de 750 combattants des FDS ont péri en six mois de combats et presque le double de djihadistes, selon l'OSDH. 

Après s'être emparé de vastes régions en Syrie et en Irak, l'organisation EI avait proclamé en juin 2014 un "califat" sur un territoire grand comme le Royaume-Uni, instaurant sa propre administration et collectant des impôts avant de lancer une campagne de propagande pour attirer des recrues étrangères. Mais l'organisation djihadiste la plus brutale dans l'histoire moderne y avait aussi fait régner la terreur: décapitations, exécutions massives, rapts et viols.... Sans compter les enlèvements d'étrangers et les attentats meurtriers revendiqués en Syrie, dans d'autres pays arabes ou asiatiques et même en Occident ainsi que la destruction de trésors archéologiques.

Un "califat" virtuel

Ces deux dernières années, l'EI a vu son "califat" se réduire comme peau de chagrin avec la multiplication des assauts contre les régions sous son contrôle. Mais après les pertes territoriales, des combattants de l'EI restent disséminés dans le désert s'étendant du centre de la Syrie jusqu'à la frontière irakienne, ainsi que dans des zones désertiques de l'autre côté de la frontière, en Irak. 

Des cellules dormantes parviennent aussi à mener des attentats meurtriers, disent les experts selon lesquels l'EI a déjà entamé sa mue en organisation clandestine. D'autres analystes estiment que le catalogue barbare de vidéos d'exécutions de l'EI continuera, même après l'élimination du "califat" à hanter les imaginations dans le monde et à servir de modèle pour semer la terreur. Quelques heures avant l'annonce de sa défaite, l'organisation terroriste a d'ailleurs, dans une vidéo, appelé ses partisans à résister et à mener des attaques contre "les ennemis" en Occident.

La bataille contre l'EI était le principal front de la guerre en Syrie qui a fait plus de 370 000 morts depuis mars 2011, le régime de Bachar al-Assad, soutenu par la Russie et l'Iran, ayant reconquis près des deux-tiers du pays.  Cette guerre, déclenchée par la répression de manifestations prodémocratie, s'est complexifiée au fils des ans avec l'implication de puissances étrangères et de groupes djihadistes.

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