Au moins 76 morts, plusieurs centaines de milliers d'évacués et deux millions de personnes en attente d'aide humanitaire : l'Iran fait face depuis près d'un mois à des inondations catastrophiques, et en appelle à l'aide internationale. Mais les sanctions dont le pays fait l'objet compliquent les choses.

Dans la capitale du Khouzestan, Ahvaz, 20% de la ville est submergée par les eaux
Dans la capitale du Khouzestan, Ahvaz, 20% de la ville est submergée par les eaux © Maxppp / Xinhua

Le phénomène météorologique est d'une ampleur exceptionnelle : depuis le 19 mars dernier, des pluies torrentielles se sont abattues sur 25 des 31 provinces de l'Iran, touchant dans un premier temps tour à tour le nord, l'ouest et le sud-ouest du pays, et depuis le week-end dernier les régions désertiques de l'est.

Au moins 76 morts

Ces inondations ont fait moins 76 morts selon les chiffres officiels, 78 morts, selon la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC). Il y a plus d'un millier de blessés sur les dix millions de personne touchées par ces inondations, et plus de 500 000 habitants ont du être déplacés. La situation humanitaire des centaines de milliers de naufragés et d'évacués préoccupe les services de secours. L'IFRC parle du plus grand désastre en Iran depuis plus de 15 ans, et estime à deux millions le nombre de personnes qui ont besoin d'aide humanitaire

Des secours aux moyens limités

Les dégâts matériels sont eux aussi hors-normes, dans un pays pourtant habitués à gérer des catastrophes naturelles, comme des séismes dévastateurs. Ainsi, selon le gouvernement, la facture se monte déjà à environ deux milliards d'euros, alors que plus de 14 000 kilomètres de routes ont été endommagés et de 725 ponts totalement détruits.

Parmi les provinces les plus touchées, celle du Khouzestan, tout au sud-ouest, près de la frontière irakienne, où la population majoritairement arabe et largement défavorisée se sent abandonnée par les pouvoirs publics et les secours. Rien que dans la capitale de la province, Ahvaz, un cinquième de la ville de plus d'un million d'habitants est submergé. "Le gouvernement ne nous a envoyé que très peu d'aide, et on attend toujours de voir le Croissant-Rouge ou l'armée ici", se plaint un riverain. 

L'ONG est pourtant loin d'être inactive au Khouzestan, mais du fait de l'ampleur du désastre et de moyens limités, son action vise pour l'heure prioritairement les villages coupés du monde, indiquent certains volontaires. Selon un pilote, l'organisation ne dispose que de six hélicoptères pour couvrir des milliers de kilomètres carrés touchés par les inondations et ravitailler les sinistrés en nourriture ou produits d'hygiène indispensables.

L'entrave des sanctions économiques américaines

L'organisation se plaint désormais de ne pouvoir recevoir aucune aide financière de l'Organisation internationale de la Croix-Rouge internationale à cause des sanctions économiques américaines, qui rendent pratiquement impossible toute opération bancaire avec l'Iran. Une accusation reprise par le régime de Téhéran : pour le président iranien Hassan Rohani, ces inondations ont permis de révéler la "méchanceté" qui est la vraie "nature" du "régime américain". "Les Américains ne cessent de répéter: nous sommes en très bons termes avec le peuple iranien, notre problème, c'est le gouvernement iranien", a-t-il déclaré à la télévision. "S'ils étaient intelligents, ils auraient dû dire : à cause des inondations en Iran, nous allons suspendre les sanctions pour un an".

La seule aide internationale se limite pour l'instant à de l'aide matérielle : le Croissant-Rouge a pris livraison d'une vingtaine de canots pneumatiques motorisés offerts par l'Allemagne. L'Organisation mondiale de la santé a annoncé avoir envoyé par voie aérienne des produits médicaux essentiels à l'Iran, quand le Pakistan affirme avoir envoyé 32 tonnes de tentes, couvertures et trousses médicales d'urgence. L'ambassade de France à Téhéran a pour sa part indiqué avoir remis au Croissant-Rouge iranien 114 motopompes et 210 tentes.

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