Après Twitter, c'est Snapchat qui refuse désormais de promouvoir les contenus de Trump sur sa plateforme : "Nous n'allons pas amplifier des voix qui incitent à la violence raciale et à l'injustice", explique le réseau social. Les réseaux sociaux sont souvent sommés de prendre position, mais les attitudes diffèrent.

Donald Trump et les réseaux sociaux : le débat autour de la modération des propos du président américain sur les plateformes n'est pas terminé.
Donald Trump et les réseaux sociaux : le débat autour de la modération des propos du président américain sur les plateformes n'est pas terminé. © Photo : Gage Skidmore / Illustration : Xavier Demagny

Trump n'en a pas fini avec les réseaux sociaux. Après la décision inédite de Twitter de modérer ou masquer plusieurs de ces messages sur son réseau préféré (le président américain tweete du matin au soir), c'est désormais Snapchat qui décide de ne plus mettre en avant les contenus du compte @realDonaldTrump sur sa plateforme. Pendant ce temps, le débat fait rage chez Facebook, où le fondateur Mark Zuckerberg maintient que ce n'est pas son rôle de modérer les prises de position du président américain, et ce malgré la contestation au sein de ses équipes.

Snapchat ne mettra plus en avant les "stories" de Trump

C'est donc au tour du réseau préféré des jeunes Américains de prendre position contre les publications du président. Mercredi, Snapchat a accusé Trump d'inciter à la "violence raciale" et a indiqué ne plus faire la promotion de ses messages sur sa page Discover, un onglet de l'application qui affiche les publications récentes ou émanant de comptes de médias et de personnalités publiques : "Nous n'allons pas amplifier des voix qui incitent à la violence raciale et à l'injustice en faisant leur promotion gratuite."

"La violence raciale et l'injustice n'ont pas leur place dans la société et nous sommes solidaires de tous ceux qui recherchent la paix, l'amour, l'égalité et la justice en Amérique", ajoute Snapchat. Les messages du président américain restent toutefois visibles aux abonnés à son compte et apparaissent quand un usager fait une recherche spécifique.

Dans une story, l'équipe de campagne de Trump accuse Snapchat de tenter "de truquer les élections de 2020". Et de poursuivre : "Le PDG radical de Snapchat préfère encourager les utilisateurs à détruire l'Amérique plutôt que de partager les paroles positives d'unité, de justice et d'ordre public de notre président."

Twitter n'hésitera pas à modérer d'autres messages outranciers

Depuis les deux tweets signalés et le tweet supprimé sur le compte de Donald Trump, Twitter n'a pas agi de nouveau contre le président américain. Mais la politique du réseau social est claire et ses équipes n'hésiteront pas s'il faut modérer de nouveau ses posts. 

"Nous continuerons de pointer toutes les informations incorrectes ou contestées relatives au processus électoral. Nous reconnaîtrons nos erreurs si nous en faisons. Cela ne fait pas de nous des 'arbitres de la vérité'. Notre intention est simplement de confronter toutes les affirmations litigieuses avec d’autres sources d’information pour que toute personne puisse ensuite juger par elle-même", avait justifié Jack Dorsey, le patron de Twitter, à propos des tweets de Trump sur le vote par correspondance.

Pour le moment, l'action de Trump pour limiter les plateformes dans cette action modération n'a pas porté ses fruits ; elle a même été contrée en justice par une association américaine. "Le gouvernement ne peut et ne doit pas forcer les intermédiaires en ligne à modérer le discours selon les caprices du président",  estime le Center for Democracy & Technology, cité par Numerama

Facebook et Instagram ne bougent toujours pas

Facebook a choisi de maintenir sa décision de ne pas signaler ou censurer les messages du président américain, malgré les vives critiques internes ou publiques d'une partie du personnel de l'entreprise. Une politique similaire semble appliquée à Instagram, dont le premier réseau social au monde est propriétaire.

Comme nous le relations dans un précédent article, de nombreux employés ont ouvertement dénoncé cette position neutre de Zuckerberg, fondateur et dirigeant de la plateforme. "Mark a tort, et je vais m'efforcer de le faire changer d'avis en faisant beaucoup de bruit", avait tweeté dimanche Ryan Freitas, directeur du design pour le News Feed (fil d'infos) de Facebook. Mardi, Mark Zuckerberg a de nouveau assumé ce discours, lors d'une visioconférence avec ses salariés et malgré la démission de plusieurs d'entre eux, comme Owen Anderson, un ingénieur du groupe californien :

D'après la transcription de cette réunion effectuée par le site Recode, Zuckerberg a expliqué avoir eu Donald Trump au téléphone et lui avoir dit qu'il avait trouvé la rhétorique de son post de vendredi "dangereuse et incendiaire", tout en soutenant qu'il ne fallait pas supprimer les messages, au nom de la liberté d'expression et de l'intérêt du public à s'informer. Une décision "difficile" s'agissant d'un message dont le contenu l'a personnellement choqué, a expliqué Zuckerberg aux 25 000 employés connectés. 

Selon Bloomberg, il a aussi affirmé au cours de cet échange tendu que Facebook examinait la possibilité de modifier sa politique de modération sur de tels contenus, et de les signaler plutôt que de les supprimer purement et simplement. Une porte-parole de Facebook a déclaré au New York Times que Zuckerberg était "reconnaissant" aux employés d'avoir lancé le débat.

Reddit dit "combattre" la haine, le racisme et la violence

Si Donald Trump ne "poste" rien sur Reddit, la mini-polémique autour du site de groupes de discussions n'en est pas moins intéressante dans ce contexte. Dans une note envoyée à tous les employés du réseau social, le patron Steve Huffman a profité des manifestations qui dénoncent les violences policières aux États-Unis pour rappeler qu'aucune démonstration de racisme et de violence ne serait tolérée sur sa plateforme. "Nous ne tolérons pas la haine, le racisme et la violence, et bien que nous ayons du travail à faire pour les combattre sur notre plateforme, nos valeurs sont claires", détaille-t-il. 

Néanmoins, la modération reste très (très) faible et l'ex-PDG de Reddit, Ellen K. Pao, a dénoncé dans la foulée l'hypocrisie de cette position (le tweet ci-dessus). "Je suis obligée de vous rappeler que vous auriez dû fermer depuis longtemps The_Donald [un groupe de discussion pro-Trump] au lieu de l'amplifier ainsi que sa haine, son racisme et sa violence", écrit-elle sur Twitter. "Vous ne devriez pas dire 'Black lives matter' alors que Reddit nourrit et monétise la suprématie blanche et la haine toute la journée", conclut-elle. Cette dernière avait quitté l'entreprise après avoir été victime de harcèlement sur la plateforme. 

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