L'annonce est historique et signe la fin du franc CFA en Afrique de l'Ouest. Cette monnaie héritée du temps colonial sera remplacée par l'Eco, dès l'an prochain. C'est "une première étape", estime le journaliste spécialiste des questions africaines Antoine Glaser, invité de France Inter dimanche midi.

En 2020, "l'Eco" remplacera, dans huit pays d'Afrique de l'Ouest, le franc CFA. Cette monnaie adoptée par la Communauté financière africaine est "un vestige de la Françafrique", pour Emmanuel Macron.
En 2020, "l'Eco" remplacera, dans huit pays d'Afrique de l'Ouest, le franc CFA. Cette monnaie adoptée par la Communauté financière africaine est "un vestige de la Françafrique", pour Emmanuel Macron. © AFP / Issouf SANOGO

C'était "l'un des vestiges de la Françafrique", pour Emmanuel Macron. En 2020, "l'Eco" remplacera le franc CFA dans huit pays l'Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), comme l'ont annoncé le président français et son homologue ivoirien, Alassanne Ouattara, samedi, lors d'une conférence de presse. Hérité du siècle dernier, le "franc des colonies françaises d'Afrique" avait été créé en 1945 avant de devenir le "franc de la Communauté financière africaine" après les indépendances. 

Une réforme "historique" a donc souligné le chef de l'État, qui prévoit donc le changement de nom de la monnaie, ainsi que la fin de la centralisation de 50 % des réserves de change au Trésor français et le retrait de la France des instances de gouvernance dans lesquelles elle était présente. Toutefois, la parité fixe entre l'euro et la future monnaie, Eco, (1 euro = 655,96 francs CFA) sera maintenue. 

Ces changements, négociés depuis plusieurs mois, concernent donc le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo mais pas, pour l'instant, les six autres pays d'Afrique centrale qui utilisent aussi le franc CFA et forment une zone monétaire distincte.

Mesure symbolique et "première étape" estime le journaliste Antoine Glaser, spécialiste des questions africaines, invité de France Inter dimanche midi. 

FRANCE INTER : C'est ce que demandaient les Africains depuis longtemps ?

ANTOINE GLASER : "Oui, au moins la jeunesse africaine. C'est le dernier cordon ombilical de ce que l'on appelle la Françafrique. Mais c'est une première étape car la Banque de France va continuer à garantir la parité du Franc CFA par rapport à l'euro, mais simplement les représentants de la tutelle physique de représentants français à la Banque centrale des états d'Afrique de l'Ouest vont rentrer. Donc c'est aussi pour favoriser une intégration régionale, avec les pays anglophones notamment : l'éco devrait permettre de la faciliter. Mais encore une fois, c'est une première étape."

Si le nouvel Eco sera arrimé à l'Euro, c'est un acte fort qui marque aussi la fin du colonialisme, "une erreur profonde" a encore répété Emmanuel Macron...

"Oui, on sent qu'il a une vraie volonté d'aller au devant de la jeunesse africaine. Simplement, c'est fini maintenant, le grand chef blanc qui décide de tout en Afrique. On voit comment Emmanuel Macron a quasiment convoqué les chefs africains à Pau, sur l'opération Barkhane. Mais il y a toute une jeunesse et une pression qui dit qu'elle en a assez des leçons de Paris et Emmanuel Macron est un peu acculé, entrain de courir pour essayer d'éteindre ce sentiment anti-français que l'on entend dans les capitales africaines."

S'il s'agit là d'un premier pas, quel pourrait être le second ? 

"Le second pas, c'est que, pas forcément le grand Nigéria anglophone qui représente 60 % du PIB de l'Afrique de l'Ouest mais plutôt des petits pays comme le Libéria, la Guinée, pourraient aussi prendre l'Eco comme monnaie. L'étape ultime serait que le franc CFA [et la monnaie qui le remplacera, NDLR] soit lié directement à la Banque centrale européenne. Il faut aussi dire que la zone franc, c'est aussi les six pays d'Afrique centrale (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, Tchad) et leurs rentes pétrolières, là ils ont toujours le Franc CFA."

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