Les ONG ne cessent de documenter la dégradation des droits humains en Égypte depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah Al-Sissi qu'Emmanuel Macron rencontrera ce lundi. Selon l'Élysée, le président français va "mettre clairement sur la table" les questions très sensibles du respect des droits de l'Homme.

Abdel Fattah Al-Sissi, le président égyptien, au pouvoir depuis 2013
Abdel Fattah Al-Sissi, le président égyptien, au pouvoir depuis 2013 © AFP / Andrew Caballero-Reynolds

Emmanuel Macron est attendu dimanche en Égypte, pays que Paris soutient comme pôle de stabilité au Moyen-Orient et avec lequel il souhaite renforcer "le partenariat stratégique". Lundi, Emmanuel Macron sera reçu au palais présidentiel par Abdel Fattah al-Sissi, au pouvoir depuis 2013. Le président français va "mettre clairement sur la table" les questions très sensibles du respect des droits de l'Homme. "Nous sommes préoccupés par la situation actuelle", a indiqué l'Élysée, où ont été reçues ces derniers jours des ONG.

Mais pour la France, la situation des droits de l'Homme en Egypte fera-t-elle le poids face à l'"immense marché" que représente ce pays dont la France n'est que le 11e fournisseur et aux possibilité de contrats en matière d'armement ?

Dans l’Égypte de Sissi, il ne fait pas bon être un opposant

Le pouvoir ne tolère aucune dissidence. Il justifie sa poigne de fer par une menace terroriste toujours active dans la péninsule du Sinaï et à la frontière avec la Libye. Les coptes sont aussi régulièrement visés par des attentats. 

La répression s’abat sur les islamistes de tous poils - djihadistes et frères musulmans - mais aussi sur les militants des droits de l’Homme, les libéraux, les blogueurs, les journalistes ou encore les féministes.

La situation des droits de l'homme est souvent pire qu'on ne l'imagine

Critiquer, c’est s’exposer à la répression implacable du pouvoir. Ahmed Benchemsi de Human Right Watch dresse un tableau très sombre des droits humains sur les bords du Nil : "la situation est souvent pire qu’on ne l’imagine. La disparition forcée et la torture sont des pratiques systématiques. 19 prisons ont été ouvertes parce que l’afflux de prisonniers politiques était tel qu’il fallait construire de nouveaux centres pénitentiaires pour les accueillir."

La justice tourne à plein régime pour condamner les opposants
La justice tourne à plein régime pour condamner les opposants © AFP / Mohamed El-Shahed

Les ONG avancent le chiffre de 60 000 personnes emprisonnées depuis l’arrivée au pouvoir du président Sissi. "Les défenseurs de droits de l’homme sont harcelés, censurés, emprisonnés dans la quasi indifférence générale, poursuit Ahmed Benchemsi. Les exécutions extra judiciaires sont devenues banales."  

Parmi les cas mis en avant par les ONG, il y a celui d’Amal Fathi. Elle a été arrêtée en mai 2018 pour avoir posté sur le net une vidéo dans laquelle elle dénonçait le harcèlement sexuel contre les femmes. Elle a été condamnée à deux ans de prison pour diffusion de fausses rumeurs et violation des bonnes mœurs. Elle a finalement été libérée mais est assignée à résidence.

Manifestation de sympathisants des Frères musulmans au Caire
Manifestation de sympathisants des Frères musulmans au Caire © AFP / Mahmoud Khaled

Les droits de l’homme relégués au second plan par la diplomatie française

Autre cas emblématique, celui du photographe Mohamed Abou Zeid, arrêté en août 2013 alors qu’il couvrait des manifestations. Il a été condamné à cinq ans de prison, qu’il a purgé en était détenu en détention provisoire. Aujourd’hui, il est libre mais droit pointer tous les jours au commissariat. Le célèbre blogueur Wael Abbas a été aussi condamné à de la prison pour appartenance à une organisation terroriste.

Plus généralement, les ONG s’inquiètent de la loi qui permet aux officiers de ne pas être inquiétés par la justice si on les mettait en cause dans des affaires de bavures sécuritaires. Le pouvoir se durcit au nom de la stabilité intérieure de la lutte contre le terrorisme.

Les ONG ont adressé à Emmanuel Macron une liste d’une trentaine de prisonniers d’opinion actuellement emprisonnés en Égypte. Ils espèrent un geste de clémence du président Sissi. Mais au-delà, les défenseurs des droits de l’Homme demandent au Président d’être plus offensif sur ce dossier, apparemment relégué au second plan par la diplomatie française au profit du commerce des armes.

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