Dernière sortie diplomatique pour Alain Juppé à l'occasion de la réunion ministérielle du groupe des pays amis du peuple syrien, le 19 avril 2012 à Paris. Le patron du Quai d'Orsay termine ses fonctions ministérielles sur l'épineux dossier syrien. La France veut jouer les premiers rôles, comme hier pour la Libye de Kadhafi. Pour Alain Juppé, c'est une question de principe, voire d'honneur. Marqué par son expérience dans les Balkans dans les années 90, il s'est engagé à fond dès le début de la répression, mobilisant les diplomaties occidentales, arabes et turques.

Alain Juppé (à la conférence ministérielle des amis du peuple syrien)

Quand on regarde dans le rétroviseur, que de zigzags, que de hauts et de bas, entre Paris et Damas depuis cinq ans ! A chaque fois, il a fallu solder les comptes d'un passé tumultueux. Quand Nicolas Sarkozy arrive à l'Elysée en 2007, les relations franco-syriennes sont exécrables. Son prédecesseur Jacques Chirac a rompu avec Bachar Al-Assad après la mort de son ami, le Premier ministre Rafic Hariri. Sarkozy remet les compteurs à zéro.

Comme avec Kadhafi, le nouveau président pratique avec le numéro un syrien la "politique de la rédemption" , selon les mots d'un conseiller à l'Elysée. Le dialogue reprend avec Damas sur quatre critères : la souveraineté du Liban, les droits de l'homme, le processus de paix syro-israélien et l'Iran. Selon ce conseiller, "la reprise de ce dialogue a été extrêmement précautionneuse." Il confirme aussi au passage que l'idée de Nicolas Sarkozy était "d'éloigner la Syrie de l'Iran ".

Il y a des résultats positifs sur le Liban, où au final, Beyrouth et Damas échangent des ambassadeurs pour la première fois de leur histoire. Le point d'orgue de la lune de miel, c'est le sommet de l'Union pour la Méditerranée le 13 juillet 2008, et la présence de Bachar Al-Assad au défilé militaire sur les Champs-Elysées le lendemain.

Pour le reste, "les Syriens ne délivreront pas" , explique notre conseiller élyséen. Le dialogue ne sera pas rompu mais gelé. A l'Elysée, on constate que Bachar Al-Assad s'est replié sur lui-même et n'a pas réformé son pays. Avec le coup de tonnerre des révolutions arabes, tout bascule. La Syrie est le dernier domino mais le plus coriace. Après avoir râté la chute de Ben Ali et de Moubarak, exit Michelle Alliot-Marie, Sarkozy propulse Juppé aux affaires étrangères. En privé, les diplomates français poussent un ouf de soulagement.

Kadhafi était le maillon faible... Il tombe relativement facilement. Et puis arrive le cas syrien... et là, c'est un sentiment d'impuissance et de frustration qui naît peu à peu. La France est-elle grisée par ses succès militaires en Libye ? En tout cas, Alain Juppé monte au créneau avec très vite une position radicale : Bachar Al-Assad doit partir, il n'est plus légitime. Le problème, c'est que le raïs syrien résiste et bénéficie de soutiens de poids (La Russie, la Chine, la plupart des pays émergents, l'Iran, l'Irak). Aujourd'hui, Paris est à la recherche d'un second souffle au moment d'échéances électorales cruciales.

Alain Gresh, directeur-adjoint du Monde Diplomatique

Il est vrai qu'en cinq ans, la politique française vis-à-vis de la Syrie nous a donné le tournis!

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