Emmanuel Macron participe ce samedi, en Turquie, à un sommet sur la situation en Syrie, avec l'Allemagne, la Turquie et la Russie. Une configuration inédite, après sept ans de guerre. Les attentes sont modestes, mais chacun des participants a ses propres intérêts à cette rencontre.

Emmanuel Macron et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, en septembre à l'ONU
Emmanuel Macron et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, en septembre à l'ONU © AFP / Ludovic Marin

C'est la première fois qu'un tel format de sommet est organisé, sept ans et quelque 350 000 morts après le début de la guerre civile en Syrie. Ce samedi, France, Turquie, Russie et Allemagne se retrouvent en Turquie pour un sommet visant à préserver la fragile trêve à Idlib, dernier bastion des insurgés, où un cessez-le-feu précaire a été négocié le mois dernier entre la Russie, alliée du régime de Bachar el-Assad, et la Turquie, soutien des rebelles. 

Objectifs doubles

Pour la première fois, autour de la table, vont se retrouver les acteurs de deux diplomaties parallèles. D'un côté, la France et l'Allemagne, qui ont besoin de revenir au cœur des négociations dont elles ont été écartées avec l'ONU. 

Pour les pays qui seront représentés respectivement par Emmanuel Macron et Angela Merkel, l'objectif est donc double : d'une part, sanctuariser le cessez-le-feu dans la dernière province rebelle d'Ildib, en soutenant le président turc qui en est l'un des architectes ; d'autre part faire avancer le processus politique, autrement dit les négociations de paix, en mettant en place un Comité constitutionnel chargé de travailler sur un nouveau texte fondamental pour la Syrie. 

Revenir dans le débat international

Jusqu'à présent, l'Allemagne et la France, mais aussi les Etats-Unis, ont vu leurs efforts éclipsés sur le terrain syrien par les initiatives du groupe Russie-Turquie-Iran, chacun ayant investi d'importantes ressources militaires en Syrie. 

Si les Etats-Unis et l'Iran ne seront pas présents ce samedi, Emmanuel Macron s'est entretenu jeudi par téléphone avec Donald Trump pour aligner leurs positions sur la question. Les pays européens pourraient être ramenés au premier plan des négociations par la Turquie : en s'associant avec la France et l'Allemagne, Erdogan pourrait renforcer son propre poids dans les négociations. 

Russie et Turquie aussi ont besoin des Européens

En effet, Russie et Turquie sont, elles, dans le processus de paix d'Astana piloté par Moscou. Concrètement, la Turquie attend des Européens qu'ils lâchent les Kurdes de Syrie, bête noire d'Ankara, et qu'ils l'aident à peser face à l'ogre russe, allié de Damas, quand elle soutient les rebelles. 

Dans le camp d'en face, la Russie a elle aussi besoin des Européens pour la reconstruction, et ne veut pas se retrouver seule avec l'Iran, autre alliée du régime syrien. Régime qui continue à déclarer que le cessez-le-feu à Idlib est provisoire, que la province doit revenir dans son giron, et qui rejette toujours la composition du Comité constitutionnel proposée par l'ONU, avec l'aval des occidentaux. Le sommet intervient, en effet, au lendemain de frappes du régime syrien qui ont tué sept civils dans la province d'Idleb, bilan le plus élevé depuis l'entrée en vigueur, le mois dernier, de cette trêve. 

Il sera enfin question d'humanitaire lors de ce sommet : six convois sont bloqués à Damas. Paris et Berlin comptent sur Moscou pour obtenir leur accès à la Ghouta orientale, au sud et à la province d'Idlib. 

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