De la Corée du Nord à la Tchétchénie, en passant par le Turkménistan, les dictateurs effraient par des politiques autoritaires et liberticides, mais paradoxalement leurs goûts et leurs petites manies peuvent s'avérer comiques.

Pour fêter la nouvelle année, le dirigeant du Turkménistan a mixé devant des officiels.
Pour fêter la nouvelle année, le dirigeant du Turkménistan a mixé devant des officiels. © Capture d'écran / Youtube

La personnalité fantasque des directeurs et dirigeants de régimes autoritaires inspirent régulièrement le cinéma. On se souvient par exemple du film Le Dictateur, mettant en scène l’Amiral Général Aladeen, leader Suprême de la République du Wadiya. Le Crocodile du Botswanga moque quant à lui le président d'un État imaginaire, fan de foot et de folklore bavarois. Mais parfois, la réalité concurrence la caricature.

Au Turkménistan : le mélomane 

Depuis 2007, Gurbanguly Berdimuhamedov dirige le Turkménistan, petit pays de près de 6 millions d'habitants, en Asie centrale. Mélomane, il s'est récemment illustré par ses "talents" de dj, au cours d'une soirée officielle organisée pour le nouvel an. On l'y voit pianotant sur une table de mixage et produisant une musique électronique. Le tout devant un public conquis qui applaudit et se risque à quelques pas de danse, dans un jeu de lumière digne d'une boîte de nuit. Plus tard dans la soirée, il a même donné de la voix.

Et ça n'est pas sa première performance remarquée. En 2018, il s'était notamment illustré par un rap louant les splendeurs de son pays et les vertus du sport, en duo avec son petit-fils. Le titre de ce clip tourné devant la mer Caspienne est évocateur : "Sportivnij Turkménistan", le "Turkménistan sportif"

En effet, quand il n'est pas en train de mixer ou de chanter, le dictateur turkmène aime se mettre en scène pratiquant toutes sortes de sports. Dans ce montage diffusé à la télévision officielle, par exemple, il enchaîne allègrement basket, football, volley-ball et ping-pong.

En 2017, le Turkménistan a accueilli les jeux asiatiques de sport en salle et arts martiaux. L'occasion pour cet ancien dentiste et ex-ministre de la santé, un brin hygiéniste, de vanter son "pays sain, d'une grande pureté morale et à l'esprit élevé".

La vidéo diffusée en août 2019 sur la télévision nationale, Watan Habarlary, afin de couper court aux rumeurs de sa mort, est un condensé des prouesses sportives du président en survêt : altères, vélo, cheval... Et surtout, il est au volant d'une voiture de rallye, tournant à toute vitesse autour d'un cratère en feu surnommé "portes de l'enfer".

Seul accro à son image immaculée de grand sportif, une vidéo que le régime tente désespérément de faire disparaître, celle du dictateur chutant la tête la première de sa monture au cours d'une course équestre, alors qu'il était en tête.

Autre obsession de Gurbanguly Berdimuhamedov : le blanc. Achgabat, oeuvre de son prédécesseur, est déjà surnommée "la ville du marbre blanc", tant elle comporte de façades recouvertes de cette roche. Mais celui qui se fait officiellement appeler "Arkadag", le "protecteur", est allé encore plus loin dans cette quête de la blancheur, qu'il associerait à l'esthétique et à la chance. Il y a quelques années, il a tout simplement décidé de bannir les voitures de couleur sombre, exigeant qu'elles soient repeintes en blanc ou argenté.

En Tchétchénie : Le bagarreur

Jusqu'à ce que ses comptes Instagram et Facebook soient suspendus en 2018, Ramzan Kadyrov était une star des réseaux sociaux. Nommé par Vladimir Poutine à la tête de la Tchétchénie en 2007, il apprécie particulièrement de poser en compagnie d'animaux : chatons, chèvres... et surtout ses propres fauves.

Le leader de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, avec son tigre de compagnie.
Le leader de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, avec son tigre de compagnie. / Capture d'écran / Compte Instagram

Un poil "bling-bling", le dirigeant s'affiche aussi régulièrement avec des "amis" stars. Des personnalités qu'il aime à convier à son anniversaire, en échange d'un gros chèque. Pour fêter ses 35 ans, l'actrice Hilary Swank, le chanteur Seal et l'acteur Jean-Claude Van Damme ont répondu présent, sans doute en échange d'un gros chèque. En 2017, il a aussi publié sur son compte Instagram des photos témoignant de sa complicité avec l'ex-boxeur Mike Tyson. L'acteur Gérard de Depardieu a quant à lui rendu plusieurs fois visite à Ramzan Kadyrov. Leur petite danse et leurs embrassades ont d'ailleurs été largement diffusés en 2013.

Attaché à son image de dur à cuire, ce boxeur expérimenté, ancien dirigeant de la Fédération tchétchène de boxe, est allé jusqu'à défier son ministre des sports et de la culture physique sur le ring en 2013. Une bonne blague, selon son porte-parole, et une façon de punir le ministre pour le mauvais entretien du bâtiment de son ministère. "Avec un crochet du gauche et du droit, je lui ai expliqué qu'il devait faire marcher sa tête", avait déclaré Ramzan Kadyrov sur son compte Instagram. Une séquence de cette petite correction a été diffusée sur la chaîne de télévision russe, NTV, et reprise par le JT de France 2.

Mais son sport favori c'est le MMA (arts martiaux mixtes). Il assiste à nombre de ces combats violents, encourageant son favori à coups de "vas-y cogne", "tape dans les côtes" et "étrangle-le", comme on le voit dans ce reportage. En 2016, lors du Grand Prix Akhmat, un "fight club" qu'il a lui-même fondé, il n'a pas hésité à faire participer ses trois enfants, alors âgés seulement de 10, 9 et 8 ans. Les images n'ont pas plu au vice-ministre des sports russe qui a même annoncé l'ouverture d'une enquête, jugeant "inacceptable" la participation des enfants au tournoi dans ces conditions.

Malgré ses quelques excentricité, Ramzan Kadyrov tient à montrer son attachement aux traditions. C'est ainsi qu'en 2019, il est apparu à dos de cheval, vêtu d'un costume traditionnel. Derrière lui, une cavalerie de plus de 1 200 personnes, "la plus grande marche jamais organisée", vante le site Russia Insider

En Corée du Nord : L'enfant terrible

Entre propagande et rumeurs, difficile de cerner la personnalité de Kim Jong-Un, jeune dirigeant suprême de la Corée du nord qui a succédé à son père, Kim Jong-Il, en 2011. Scolarisé en suisse à la fin des années 1990, il y aurait développé une passion pour les voitures de sport, les films de Jean-claude Van Damme et le Basketball. Cet amour du basket, et plus particulièrement de la NBA (oui, oui), il l'a conservé après son retour au pays. Il fut donc ravi d'accueillir à plusieurs reprises Dennis Rodman. En 2014, l'ex-star de la ligue américaine avait même chanté joyeux anniversaire pour son "ami pour la vie", avant de jouer un match en guise de cadeau.

De son séjour en Suisse, le Grand Maréchal a surtout conservé un goût prononcé pour le fromage, en partie responsable de sa prise de poids selon plusieurs médias anglais et américains. Une consommation excessive d'emmental qui l'aurait même poussé à en importer en grande quantité et à tenter d'en faire produire localement. Le journal The Independant a ainsi révélé en 2014 que des dirigeants nord-coréens ont contacté l'École nationale de l'industrie laitière à Besançon, en vue de former des fromagers.

Dépensier, le gourmet leader ne se refuserait aucun caprice. On le dit aussi gros fumeur et gros buveur. Un ancien chef japonais qui officiait auprès de son père Kim Jong-Il a notamment relaté son régime alimentaire très particulier auprès du Daily Mail, citant en autres péchés mignons des litres de champagne hors de prix, du bœuf de Kobé ou encore de la soupe de requin. 

Kim Jong-Un aurait aussi un petit côté enfantin. En plein concert d'hommage à sa propre personne, en 2012, "des artistes déguisés en Minnie, Tigrou et autres personnages des dessins animés de l'Américain Walt Disney ont dansé sur scène tandis que des extraits de ses films, comme "Blanche-Neige et les Sept Nains" ou "La Belle et la Bête" étaient projetés sur un écran géant", rapporte l'agence de presse AP reprise par des médias français

Kim Jong-Un aime aussi les parcs d'attraction. Une passion qu'il serait née lors d'un passage à Disneyland Tokyo en 1991, selon le quotidien japonais Yomiuri Shinbun. C'est même dans le parc de la capitale Pyongyang, tout juste inauguré, qu'il a rendue publique sa relation avec la chanteuse Ri Sol-ju. Tout sourire, il a embarqué dans un manège à sensations fortes devant les objectifs, aux côtés d'autres officiels.

Accompagné par des diplomates étrangers, Kim Jong-un a embarqué dans l'une des attractions du parc de l'île de Rungra, à Pyongyang.
Accompagné par des diplomates étrangers, Kim Jong-un a embarqué dans l'une des attractions du parc de l'île de Rungra, à Pyongyang. © AFP / KNS / KCNA / AFP

Si l'on en croit les photos diffusées par l'agence de presse nord-coréenne, KCNA, Kim Jong-Un passe beaucoup de temps à inspecter des choses pendant ses sorties officielles. Pour faire montre de sa puissance militaire, il apparaît souvent aux côtés d'armes de guerre et muni de jumelles. Plusieurs sites recensent ces photos où le dictateur "regarde des choses" (un cookie, des saucisses, une chaussure, des véhicules militaires miniatures...), l'air tantôt concentré, tantôt amusé. Ce n'est pas de tout repos une journée de dictateur.

Le leader nord-coréen fait beaucoup de visites officielles au cours desquelles il est souvent photographié en train d'inspecter des choses.
Le leader nord-coréen fait beaucoup de visites officielles au cours desquelles il est souvent photographié en train d'inspecter des choses. © AFP / KCNA VIA KNS / AFP
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