Le ministre japonais de l'Environnement a été blâmé mardi par sa hiérarchie après avoir présenté comme inévitable le rejet en mer de l'eau pleine de tritium stockée à la centrale nucléaire de Fukushima, ravagée par le tsunami de mars 2011. Pourtant le rejet en mer est préconisé depuis longtemps.

La plage de Kitaizumi à Minamisoma, dans la région de Fukushima a rouvert pour la première fois en 9 ans depuis la catastrophe nucléaire.
La plage de Kitaizumi à Minamisoma, dans la région de Fukushima a rouvert pour la première fois en 9 ans depuis la catastrophe nucléaire. © AFP / KANAME MUTO / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUN

Lors d'un point de presse mardi, le ministre japonais de l'Environnement a expliqué aux journalistes que "le rejet en mer était le seul moyen" de se débarrasser de l'eau contaminée stockée à Fukushima, tout en ajoutant qu'il s'agissait "d'un simple avis" et que "le gouvernement dans son ensemble allait en discuter prudemment". Le porte-parole de l'exécutif, Yoshihide Suga, a immédiatement réagi, qualifiant de "personnels" les propos de Yoshiaki Harada, lequel fait partie des personnalités qui devraient quitter mercredi l'équipe du Premier ministre Shinzo Abe à l'occasion d'un remaniement ministériel prévu depuis longtemps.  

Dès 2014, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avait conseillé l'option "du rejet contrôlé en mer". Une autre commission gouvernementale japonaise examine depuis 2016 l'hypothèse en s'interrogeant sur les dommages collatéraux sur l'image du Japon et l'impact sur les secteurs de la pêche et de l'agriculture.

Stockage ou rejet : les solutions envisagées

Le ministre n'a cependant rien dit de nouveau. Rejeter à la mer le million de tonnes d'eau pompée dans les installations radioactives de Fukushima et conservée dans des citernes sur le site est une hypothèse ouvertement envisagée depuis des années. Cette eau est en fait celle qui sert à refroidir régulièrement les réacteurs, et qui est stockée après usage et filtrage, dans un parc d'un millier de réservoirs, en raison de sa radioactivité. 

Pour s'en débarrasser, plusieurs solutions ont été évoquées :

  • Stocker l'eau sous terre
  • La faire s'évaporer par pulvérisation
  • Rejeter dans l'océan, pour diluer la radioactivité

Si une partie des éléments radioactifs peut être éliminée, cette eau comporte encore après décontamination du tritium. En dépit de l’effet de dilution au fil des années, les pécheurs coréens s’inquiètent. Selon la représentante de Greenpeace Corée, les courants marins ramèneront cette eau contaminée vers les côtes coréennes, et il faudrait alors 17 ans pour que la contamination radioactive soit suffisamment diluée, estime-t-elle. Le tritium est potentiellement dangereux s’il est inhalé ou ingéré, mais il peut aussi être absorbé par la peau. 

Le rejet à la mer envisagé depuis des années

En 2016, une commission d'experts mandatés par le ministère japonais de l'Industrie (Meti) avait conclu que l'option du rejet était "la solution la plus rapide et la moins onéreuse", sans exclure d'autres moyens possibles bien que plus longs et coûteux.  

La commission d'experts du Meti avait calculé qu'il faudrait 7 ans et 4 mois pour se débarrasser de cette eau dans l'océan après dilution, pour un coût évalué à 3,4 milliards de yens (28 millions d'euros), alors que les autres techniques coûteraient de 10 fois à 100 fois plus pour une durée allant de 8 à 13 ans.  

En l'état actuel, il n'est pas décidé de diluer cette eau en mer car les concentrations en tritium et autres radionucléides de l'eau en partie décontaminée restent au-delà des normes. "L'eau a besoin de satisfaire les standards" internationaux avant d'être éventuellement rejetée à la mer. L'eau non conforme va de nouveau être filtrée.  

La compagnie Tepco estime de son côté que les citernes seront pleines en 2022, mais étudie des solutions pour augmenter encore le stockage, même si l'AIEA presse le gouvernement japonais d'agir.  

L'océan Pacifique serait capable d'absorber cette eau sans danger

La catastrophe de Fukushima s'est produite en mars 2011. Des chercheurs japonais ont évalué à  15 000 térabecquerels la quantité d'éléments radioactifs dispersés dans l'océan Pacifique entre mars et avril, à la suite des explosions d'hydrogène et autres avaries survenues dans la centrale. Mais de faibles niveaux de radioactivité avaient été relevés dans les eaux de pluie du nord de la Californie, deux semaines après la catastrophe avant un retour rapide à la normale. Les experts en radioactivité marine ont constaté que la radioactivité rejetée dans le Pacifique se diluait facilement dans l'immensité océanique. 

Il est fréquent que les centrales situées en bord de mer rejettent des eaux contaminées au large. Ces eaux contiennent du tritium, considéré comme peu nocif. Mais selon Tepco, l'opérateur japonais de Fukushima, il n'y a pas que du tritium dans les eaux stockées de la centrale. D'autres particules dangereuses y sont décelées, malgré le filtrage avant stockage. Raison pour laquelle le rejet en mer fait débat. 

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