Lundi, Donald Trump a voulu sortir de la Maison-Blanche pour se rendre à l'église St-John, toute proche de la résidence présidentielle américaine. Une opération de communication pour quelques photos qui a nécessité l'évacuation manu militari des manifestants pacifiques présents dans le secteur.

Le président Trump, quittant la Maison blanche pour traverser le square Lafayette en direction de l'église St-John, à Washington D.C.
Le président Trump, quittant la Maison blanche pour traverser le square Lafayette en direction de l'église St-John, à Washington D.C. © The New York Times / Doug Mills

Il fallait briser l'image du président terré par sécurité dans le bunker de la Maison-Blanche, comme ce fut le cas vendredi soir, tant la tension était extrême à Washington. Il fallait faire autre chose que réagir sur Twitter, montrer que Donald Trump pouvait, quand il le voulait, sortir de sa résidence officielle et se déplacer librement, malgré les manifestations qui secouent les principales villes des Etats-Unis, (dont Washington) depuis la mort de George Floyd lors de son interpellation par la police de Minneapolis. Il fallait aussi immortaliser cela par une séance photo, pour montrer l'image d'un président droit dans ses bottes et déterminé. 

Lundi soir, à l'issue d'une allocution dans laquelle il a promis d'être le président "de la loi et de l'ordre", Trump s'est donc rendu à l'église épiscopale St-John, déteriorée ce week-end, à moins de 150 mètres de la résidence présidentielle

Ce court déplacement a donné lieu à des photographies symboliques, dont une le montrant en train de sortir d'un pas décidé du siège du pouvoir américain (notre image principale) et publiée massivement par ses soutiens toute la soirée de lundi. Mais pour que Donald Trump puisse se rendre à pieds jusqu'à cette église, pour que cette "photo op" puisse avoir lieu, les forces de l'ordre avaient du, quelques minutes plus tôt, disperser sans ménagement les manifestants qui occupaient pacifiquement le square Lafayette qui sépare la Maison-Blanche de l'Église. 

Gaz lacrymo et balles en caoutchouc

Comme le raconte le Washington Post, le président Trump, impatient de montrer que la capitale nationale était sous contrôle et qu'il n'était pas barricadé derrière les murs de la Maison blanche, avait en tête une visite dans cette église depuis la nuit de dimanche soir, durant laquelle elle a été incendiée.  

Peu de temps avant que Trump ne s'adresse, lundi, au pays (vers 18h30 heure locale), la police a donc tiré des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc pour disperser des manifestants pacifistes à proximité de la résidence présidentielle. "Les gaz lacrymogènes ouvrent la voie à la visite de Trump", titrait lundi soir le site du New York Times.  

À l'issue de son allocution, les abords de la Maison-Blanche étaient donc dégagés, comme le montrent ces images de Kaitlan Collins, correspondante de CNN. Donald Trump a ainsi pu quitter la Maison-Blanche, seul en première ligne et suivi de près par son staff, pour se rendre à l'église épiscopale St-John.

Les représentants de l'Église épiscopalienne scandalisés

Devant l'église, le président américain a ensuite brandi une Bible et posé pour des photos. L'évêque-président de l'Église épiscopalienne des États-Unis, Michael Curry, a reproché via Twitter à Donald Trump d'avoir utilisé le lieu de culte à des fins politiques. "Il l'a fait dans une période de profonde souffrance et de douleur dans notre pays et son action ne fait rien pour nous aider ou nous guérir", a-t-il estimé. 

"Le président vient d'utiliser une Bible et l'une des églises de mon diocèse sans autorisation comme toile de fond pour un message contraire aux enseignements de Jésus et à tout ce que nos églises représentent, je suis scandalisée", a aussi jugé Mariann Budde, évêque épiscopale du diocèse de Washington, expliquant qu'elle n'approuvait pas la manière dont le secteur avait été sécurisé pour la venue du président Trump.

Conclusion d'une "photo op" 

Moins d'une heure plus tard, lorsque Donald Trump était rentré en toute sécurité à la Maison-Blanche, tout semblait clair : son équipe avait organisé une séance photos, utilisant une Bible comme accessoire, une église historique qui a longtemps accueilli les présidents comme décor. Les réseaux sociaux des pro-Trump étaient eux inondés de cette image. 

Au Washington Post, un conseiller de Trump a concédé qu'il s'agissait d'une opération médiatique mais avouant aussi : "Je ne suis pas sûr que les choses iront mieux pour nous demain."

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