Quelles sont aujourd'hui ces nouvelles barrières qui séparent les peuples ? Gaza, Rio, Bagdad, Syrie, Corée : France Inter s'intéresse à cinq "nouveaux murs", 30 ans après la chute du plus célèbre d'entre eux, le mur de Berlin.

A l'approche du 30 anniversaire de la chute du mur de Berlin, France Inter vous raconte l'histoire de cinq murs toujours debout dans le monde
A l'approche du 30 anniversaire de la chute du mur de Berlin, France Inter vous raconte l'histoire de cinq murs toujours debout dans le monde © afp

À l'approche du 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin, France Inter vous fait découvrir toute cette semaine les murs toujours debout dans le monde.

À Gaza, pour empêcher les intrusions en Israël

Le mur marin de Gaza : celui qui, en mer, veut empêcher des intrusions en Israël depuis Gaza par la Méditerranée. Construit entre l'été 2017 et le début 2019.

Mur maritime entre Israël et Gaza en construction
Mur maritime entre Israël et Gaza en construction / Ministère de la Défense israélien

Il est venu compléter plusieurs clôtures construites à partir de 1994. Ce mur de pierres, béton et barbelés, enserre totalement la bande de Gaza sur une soixantaine de kilomètres. Il a coûté au moins 750 millions d’euros, selon la presse israélienne. En moyenne, il est haut de six mètres et descend sous terre, parfois sur plusieurs douzaines de mètres pour empêcher le percement de tunnels vers Israël. 

Il a été achevé début 2019 par un prolongement maritime de pierres et de barbelés entre Zikim (Israël) et la bande de Gaza, doublé d’une clôture et perpendiculaire au rivage, qui fait 200 mètres de long, 50 mètres de large et 6 mètres de haut. Pour Amit Gilutz, de l'ONG israélienne B'tsellem qui défend les droits des Palestiniens, "Israël a construit un mur souterrain pour éviter les tunnels, équipé de toutes les technologies possibles. Il y a aussi une barrière dans la mer". 

Des deux côtés, l'armée israélienne a instauré des zones tampons interdites d'accès. Et à Gaza, jusqu'à l'année dernière, elle a utilisé la manière forte pour dégager le terrain, raconte Miriam Marmur, de l'association israélienne Gisha : "Pendant quelques années Israël a pulvérisé des herbicides par avion. Le vent a transporté les produits chimiques dans l'enclave et l'on ne connaît pas tous les effets secondaires". Le mur pénalise des milliers de civils palestiniens et pourrait demain gêner aussi les Israéliens, explique Yaacov Nir, géologue à la retraite, car sa partie maritime retient les courants de sable côté Gaza, ce qui va éroder la côte en Israël.

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Reportage sur le mur qui ceinture totalement Gaza (Frédéric Métezeau)

Par Frédéric Métezeau

Entre la Turquie et la Syrie, contre les djihadistes de Daesh

Le mur turc : ce mur que la Turquie ouvre parfois pour entrer en Syrie. Construit entre 2014 et 2017.

Les forces de sécurité turques patrouilles le long du mur à la frontière syrienne
Les forces de sécurité turques patrouilles le long du mur à la frontière syrienne © AFP / CEM GENCO / ANADOLU AGENCY

Ce mur de 800 kilomètres, construit par la Turquie, est plus ou moins hermétique en fonction du sens et des priorités d’Ankara. À l’est, face au Kurdistan syrien, les réfugiés syriens ne traversent pas vers la Turquie, mais les soldats turcs, eux, passent en Syrie, pour leur offensive contre les Kurdes, il y a trois semaines. À l’ouest, autour de la province d’Idlib, dernier bastion rebelle de Syrie, même flexibilité pour l’armée turque. Elle y a installé des postes d’observation. Même étanchéité pour les trois millions de civils retranchés dans cette province, dont les deux tiers ont fui le régime syrien.  

"La majorité des civils d’Idlib s’est rapprochée du mur, ils sont juste derrière, dans des zones montagneuses autrefois inhabitées. Ils préfèrent vivre dans des abris ou des tentes, mais dans une partie moins exposée aux bombardements", explique une ONG syrienne qui fournit des prothèses aux victimes de bombardements. 

Amer, réfugié en Turquie avant la construction du mur raconte : "Ma mère et mon frère sont à Idlib. Je leur parle par téléphone et par les réseaux sociaux… J’ai voulu les faire venir, mais le regroupement familial est trop strict. Là-bas, leur situation, leur niveau de vie est catastrophique". 

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Reportage sur le mur "sur mesure" entre la Turquie et la Syrie (Aurélien Colly)

Par Aurélien Colly

En Corée, le seul village situé dans la zone démilitarisée

Le mur entre les deux Corées (1945) : dans la zone la plus militarisée du monde, Tongilchon ce "village de la réunification" loin de tout. Construit en 1973.

Des soldats patrouillent le long de la grille située dans la zone démilitarisée entre les deux Corées
Des soldats patrouillent le long de la grille située dans la zone démilitarisée entre les deux Corées © AFP / JUNG YEON-JE

Une frontière hermétiquement fermée, longue de 250 kilomètres. En dépit de la baisse des tensions permise par la reprise du dialogue intercoréen l’année dernière, aucun passage, aucun contact, même téléphonique, n’est possible entre Nord et Sud. Le long de la ligne de démarcation s’étend une zone tampon, interdite d’accès aux civils sans autorisation préalable. C’est dans cette zone sous haute surveillance qu’a été fondé un improbable village, conçu comme un pied de nez à la Corée du Nord. 

Un paysage de barbelés, de miradors, de champs de mines, de casernes et au beau milieu, quelques maisons basses et une église. Au centre du village de 400 habitants, une école primaire, aux couleurs arc-en-ciel. Tout ici a l’apparence de la normalité. Pourtant, la Corée du Nord est si proche que l’on entendait jusqu’à l’année dernière ses émissions de propagande mais les haut-parleurs se sont tus depuis la reprise du dialogue. 

Le soldat qui accompagne notre journaliste Frédéric Ojardias explique : "Cette zone est interdite aux civils. Les seules personnes autorisées à vivre ici sont des familles choisies pour leur indéfectible esprit anticommuniste. Elles se voient offrir divers avantages, comme des exemptions fiscales. La création de ce village [en 1973] était une sorte de déclaration adressée au Nord"

Voilà ce qu'en dit un Coréen croisé dans la supérette du village, à côté de l’abri anti-bombes : "Là, juste devant nous, on voit un village nord-coréen. (rires) Je n’ai pas peur ! Même si on vit au beau milieu des tensions, il n’y a aucune raison d’avoir peur. Et si [la guerre éclate], les bombes ne tomberont pas ici ! Elles nous passeront au-dessus ! (rires) Ici, ce sera plutôt des combats au corps à corps".

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Reportage sur le village de la "réunification" dans la zone démilitarisée des deux Corées (Frédéric Ojardias)

Par Frédéric Ojardias

À Bagdad, les murs détruits puis reconstruits

Les murs réinstallés de Bagdad : ceux que les autorités irakiennes ont détruit cette année après une accalmie sécuritaire puis reconstruit il y a quelques semaines face au mouvement social contre le gouvernement. Édifiés en 2019.

Des manifestants tentent de faire tomber un mur de la Zone Verte de Bagdad qui protège les bâtiments gouvernementaux le 25 octobre
Des manifestants tentent de faire tomber un mur de la Zone Verte de Bagdad qui protège les bâtiments gouvernementaux le 25 octobre © AFP

Il aura fallu des mois pour les enlever et 24 heures à peine pour les remettre. Devant des habitants désabusés, un groupe de militaires dresse une nouvelle fois les immenses murs de béton autour de la Zone Verte, où se trouvent les institutions politiques. Au cours des six derniers mois, ces murs, érigés dès 2003 pour contenir les violences, avaient été retirés grâce à une amélioration de la sécurité à Bagdad. Les récentes manifestations ont une nouvelle fois changé la donne, même si ces mesures sont "temporaires", selon le porte-parole du Premier ministre. 

Une bunkérisation du quartier qui touche directement les habitants comme Manal, dont l'imprimerie est installée face aux murs. "Encore une fois, on est mis sous pression ici. Le trafic va augmenter partout ailleurs, et les gens auront du mal à venir ici. Ça va affecter l’activité de nos commerces", dit Manal. Le porte-parole du Premier ministre assure que cela ne va pas durer : "Ce sont des mesures de précaution pour protéger les bâtiments institutionnels. Lorsque la situation en matière de sécurité se sera améliorée, nous reviendrons aux mesures précédentes, et on les retirera à nouveau". Un retrait total auquel beaucoup d'habitants ne croient plus aujourd'hui.

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Reportage sur les murs en cours de reconstruction dans la Zone Verte de Bagdad (Lucile Wassermann)

Par Lucile Wassermann

Au Brésil, les murs pour "protéger" les quartiers riches

Les murs à caractère sociaux de Rio : ceux qui séparent les favelas des quartiers sécurisés, mais qui enferment également les plus riches entre eux, quitte à s'approprier l'espace public. Construits à partir des années 1970. 

L'un des murs de l'enceinte du Condominio novo leblon à Rio qui coupe l'espace public en deux
L'un des murs de l'enceinte du Condominio novo leblon à Rio qui coupe l'espace public en deux / Google Map

À Condomínio novo leblon, dans le quartier de barra da Tijuca, 6 000 habitants vivent encerclés par un mur qui les "protège". Autour d'eux, pas de favelas ou de quartiers populaires, mais d'autres lotissements pour des Brésiliens de la classe moyenne supérieure, voire aisée. L'enceinte est fermée sur 500 000 mètres carrés et difficile d'accès si l'on y habite pas. Les habitants n'aiment pas parler à la presse et la police privée qui patrouille surveille les environs. 

Ces lotissements empiètent également sur l'espace public. Thiago Soveral, architecte et urbaniste, spécialiste des lotissements à Rio, raconte : "Avant, c'était une rue mais elle a été fermée et maintenant nous avons un mur de 2,5 mètres de haut avec des barbelés. Là on voit bien l’interruption d’un accès public. Ces grilles ont été posées dès les premières années du lotissement et c’est illégal. Parce que cet espace vert était public et maintenant seuls les habitants du lotissement y ont accès". 

Cet urbaniste, qui a réalisé une thèse sur le sujet, craint également les conséquences sociales de ces enceintes pour riches. "Les enfants qui grandissent ici vont en général à l’école dans leur lotissement ou dans un autre lotissement privé. À l’intérieur, il y a leurs clubs pour les activités, la danse, le football et en gros, ils ne sortent jamais d’ici. Plusieurs études alertent sur le type de société qu’on est en train de créer avec cette génération qui ne fréquente que des espaces ghettoïsés, entre des murs". 

Dans un autre lotissement, à Condomínio Parque Canto e Mello dans le quartier de Gavea, 30 villas de luxe ont été construites dans les années 1990 de façon illégale, en pleine forêt protégée. Un terrain normalement inconstructible mais l'avocat des habitants de ce lotissement assume très naturellement cette illégalité : "Même si ce lotissement a été construit sur un terrain qui était public et sans l’autorisation de la mairie, il a quand même été créé. Ce n’est pas encore un lotissement de droit mais un lotissement de fait".

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Reportage sur les murs qui enferment les riches entre eux à Rio de Janeiro (Anne Vigna)

Par Anne Vigna
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