Explosions sur la criée du port de Gaza
Explosions sur la criée du port de Gaza © Radio France / Benjamin Chauvin

Ce sera "une campagne longue", promet Netanyahu. Le conflit entre dans sa troisième semaine, avec près de 1 100 morts, et au moins 215 000 déplacés à l’intérieur de la bande de Gaza. Les Gazaouis viennent de vivre une nuit infernale sous les bombes

"Ce fut une journée difficile et douloureuse".

La phrase n'est pas d'un habitant d'un Gaza, où les bombardements ont déjà fait près de 1 100 morts palestiniens. Mais bien de Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien. Dans une allocution télévisée, il annonce à demi-mot que l'opération militaire dans la bande de Gaza est loin d'être terminée.

Nous devons nous préparer à une campagne longue, nous continuerons à agir avec force (...) jusqu'à ce que notre mission soit remplie. Nous ne finirons pas la mission, nous ne finirons pas l'opération sans avoir neutralisé les tunnels qui ont pour seul but de détruire nos citoyens, tuer nos enfants.

Les Gazaouis, eux, ont vécu une nuit infernale : précisions à 13h de Mathilde Lemaire

Un liquide pestilentiel comme nouvelle arme

D'après nos confrères du Monde, depuis près de trois semaines, les forces israéliennes utilisent une nouvelle arme antiémeute: la "dirty water" (eau sale). Après chaque manifestation, les Palestiniens de Jérusalem-Est voient débarquer un camion blanc qui projette un liquide pestilentiel. Personne ne sait réellement ce que contient ce produit. L'odeur nauséabonde colle aux vêtements et à la peau des habitants, et cela pendant deux ou trois jours. Le but? Que personne ne traîne dans les rues et éviter ainsi toute émeute.

Les explications de Nicolas Ropert

Le conflit a déjà fait au moins 215 000 déplacés à l’intérieur de la bande de Gaza. Les populations des banlieues affluent vers le centre, espérant trouver là un peu plus de sécurité. L’église grecque orthodoxe de Gaza est l’un des lieux-refuges bondés. Une église fréquentée en temps normal par les quelques 2 000 chrétiens qui vivent encore dans cette enclave palestinienne.

Reportage sur place de Mathilde Lemaire et Benjamin Chauvin

L’église Porphyrios au cœur de la vieille ville de Gaza est à un kilomètre seulement de la zone dévastée de Shadjaya. Dans le cimetière mitoyen, des tombes blanches ont été abîmées par les combats. C’est pourtant là que 600 civils ont trouvé refuge, fuyant leurs maisons sous les bombes. Une grande majorité sont des musulmans, comme Chirine, jeune déplacée de 22 ans.

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On est partis en courant sans rien et ils n’ont pas hésité une seconde à nous accueillir, et à nous donner des vêtements, des couvertures. On peut même faire nos prières ici ! Merci, merci encore. Moi, c’est la première fois de ma vie que je rentre dans une église.

L’archevêque de Gaza, Monseigneur Alexios, présent depuis 35 ans dans l’enclave palestinienne, a vu les guerres se succéder, mais il explique qu’il trouve ce conflit-là particulièrement agressif et sanglant.

"Ce travail humanitaire est notre mission"

L'ecclésiastique s’inquiète de savoir quand les violences prendront fin.

Les gens sont venus à l’endroit qu’ils jugeait le plus sûr et le plus proche. Il y avait la mosquée, mais aussi notre église car la mosquée et l’église se touchent ici. Il n’y a même pas un mur entre nous. Les gens frappaient à la porte. Évidemment qu’on leur a ouvert : c’est notre mission de faire ce travail humanitaire.

Dans la bibliothèque de l’église, au milieu des croix et des icônes, des volontaires chrétiens et musulmans organisent des distributions de nourriture pour les familles de déplacés. D'autant plus qu'hier c'était la fête de l'Aïd.

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Un Aïd "de tristesse et de résistance", pour Ismail, son fils de trois ans et demi sur les genoux :

Depuis trois semaines, nos enfants ne connaissent que le bruit des bombes et des avions. C’est bien qu’ils puissent jouer un peu. Mais le jouet que mon fils a dans les mains, c’est un pistolet, parce que mon fils m’a demandé : "Papa, je veux un pistolet comme celui des Israéliens". __

Juste à côté de Jouan, une autre mère couve des yeux son enfant. Le bébé a deux semaines, il est né pendant la guerre. Les parents hésitent encore, mais ils pourraient l’appeler Houdna : un prénom qui signifie "armistice".

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