Le 13 mai, Mohammed Al Tanani a perdu son fils, l’épouse de celui-ci et leur quatre enfants, dans un bombardement dans le Nord de Gaza. Il a saisi la Cour pénale internationale et témoigne, deux semaines après le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, à France Inter.

Mohammed Al Tanani, le 1er juin, devant le portrait de son fils et de ses petits-enfants, tués dans un bombardement à Gaza. Il porte plainte contre Israël devant la CPI
Mohammed Al Tanani, le 1er juin, devant le portrait de son fils et de ses petits-enfants, tués dans un bombardement à Gaza. Il porte plainte contre Israël devant la CPI © Radio France / Rémi Brancato

"Ils ont tué mon fils et sa famille, qui étaient comme six étoiles dans nos vie". Dans le salon de son appartement, dans un immeuble de Beit Lahia, dans le Nord de la bande de Gaza, une dizaine de jours après le cessez-le-feu, Mohammed Al Tanani, 65 ans, raconte sa peine. Le 13 mai dernier, son fils Rafat, 39 ans, Rawiah, l'épouse de celui-ci, 36 ans et enceinte de huit mois, ainsi que leur quatre garçons de 3, 4, 6 et 8 ans sont morts, lors d'un bombardement, dans le quartier de Shakhe Zayed, à Beit Lahia. "Mon fils était un bon père, je voulais que ses enfants grandissent, leur raconter encore des histoires, mais j’ai perdu toute cette famille, j’ai tout perdu" témoigne-t-il.

Le 13 mai dernier, au quatrième jour des bombardements israéliens, Mohammed et son épouse ont trouvé refuge chez le frère de ce dernier, par sécurité. Peu après minuit, les explosions s'intensifient dans le secteur, Mohammed dénombre au moins 25 frappes de missiles. Toute la nuit, il tente de joindre son fils, sans succès et pense qu'il a perdu son téléphone.

Un couple et ses quatre enfants retrouvés morts sous les gravats

Le lendemain, à 10 heures, le couple apprend que son fils et sa famille sont grièvement blessés. Après des recherches infructueuses à l'hôpital, ils préviennent la police, qui les informe peu de temps après que les corps sans vie des deux adultes et de leurs quatre enfants ont été retrouvés dans les décombres d'un immeuble, voisin du leur.

Sollicitée par France Inter au sujet de ces bombardements, l'armée israélienne répond ne pas être en mesure, dans un délai rapide, de fournir des éléments sur une attaque en particulier. Pour Mohammed, rien ne justifiait de cibler cette zone, "résidentielle", et ces immeubles dans lesquels selon lui "il n'y avait pas d'armes".

Les ruines de l'immeuble où les corps de la famille ont été retrouvés, le 14 mai
Les ruines de l'immeuble où les corps de la famille ont été retrouvés, le 14 mai © Radio France / Rémi Brancato

"Quand mon fils et sa famille ont senti que la situation était dangereuse, ils ont quitté leur immeuble, ont cherché à trouver refuge ailleurs" explique Mohammed, qui s'énerve : "Ils n’ont pas attendu qu’ils quittent les lieux : ils ont bombardé un immeuble de 7 étages, qui est tombé sur mon fils et sa famille".

"Je ne comprends toujours pas pourquoi ils ont fait ça"

Ses yeux rougissent alors : "Je suis encore choqué, je suis un père, et un grand-père et parfois, je n’arrive plus à faire face aux gens, à leur parler, je suis plein de colère, de voir une famille entière, six personnes dont une femme enceinte tuées, je ne comprends toujours pas pourquoi ils ont fait ça".

Son épouse, Om Raafat, quitte le salon et vient avec une affiche, sur laquelle figure le portrait de son fils et de ses quatre enfants. Elle s'emporte, en colère : "Pourquoi ont-ils tué ces quatre enfants, leur père et leur mère, enceinte ? Qu’ont-ils fait ? Israël commet des crimes partout ici."

"Il venait tous les jours ici, il vivait à 400 mètres, nous l'aimions tellement ; j’entends encore le son de la voix de ses enfants dans cette pièce, je me souviens comme ils s’aimaient" confie Mohammed.

Une plainte à la CPI pour "montrer tous ces crimes commis à Gaza"

Suite à ce drame, Mohammed a pris contact avec le Centre palestinien des Droits de l'Homme, de l'avocat Raji Sourani, et a déposé une plainte à la Cour pénale internationale. L'organisation gazaouie rend visite aux familles endeuillées pour les inviter à formuler les mêmes requêtes, selon Mohammed. Ainsi, selon le journal Le Monde, deux avocats belges et un avocat jordanien ont envoyé le 26 mai dernier la plainte de Mohammed Al Tanani à la procureure de La Haye. 

Car même s'il n'a "pas confiance en la CPI", Mohammed "pense qu’il faut montrer tous ces crimes commis à Gaza car les Israéliens tuent et commettent des crimes partout ici". Israël a toujours, jusqu'ici, refusé toute coopération avec la CPI.

Durant les 11 jours de bombardements israéliens à Gaza et de tirs de roquettes sur Israël par le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir dans ce territoire, 254 Palestiniens et 12 Israéliens ont été tués.