Georges papandréou
Georges papandréou © Reuters / Reuters

ATHENES (Reuters et France Inter) - Le gouvernement grec joue sa survie vendredi soir au Parlement lors d'un vote de confiance mais le sort du Premier ministre George Papandréou semble scellé après l'échec de sa proposition de référendum.

Selon des sources gouvernementales, le chef du gouvernement socialiste a conclu jeudi un accord avec ses ministres par lequel il s'engage à démissionner et à laisser la place à un gouvernement de coalition s'ils l'aident à remporter le vote de confiance, lui accordant ainsi une sortie honorable.

Papandréou vers la sortie ? Par Sébastien Baer

La proposition de référendum sur le plan européen d'aide financière à la Grèce, après avoir pris par surprise les dirigeants européens et toute la classe politique grecque, a finalement explosé au visage du Premier ministre.

L'opposition de droite demande que Papandréou laisse place à un gouvernement d'intérim composé de techniciens, qui serait chargé de faire adopter le plan au Parlement et de convoquer des élections anticipées.

Le Premier ministre refuse de quitter le pouvoir de la sorte mais les analystes disent ses jours comptés. "La position du Premier ministre est très difficile depuis qu'il a décidé de ne pas répondre à la proposition, formulée par l'opposition, d'un gouvernement transitoire de coalition", dit Costas Panagopoulos, directeur de l'institut de sondages Alco.

"Je pense qu'il est peu probable qu'il remporte le vote" de confiance, ajoute-t-il.

Le vote est attendu tard dans la soirée.

Une série de défections a réduit la majorité du Parti socialiste (Pasok) à deux sièges à la Vouli, le parlement monocaméral.

La députée Eva Kaili, l'une des 152 élus du Pasok - sur 300 -, a dit qu'elle ne voterait pas la confiance. Une défection de plus priverait le gouvernement de sa majorité, ce qui provoquerait des élections anticipées.

"SE RETIRER DANS LE CALME"

Plusieurs ministres, emmenés par celui des Finances Evangelos Venizelos, ont tenté jeudi de trouver une porte de sortie honorable à George Papandréou, qui a perdu la confiance de la population au fil des plans de rigueur.

"Il lui a été dit qu'il devait se retirer dans le calme afin de sauver son parti", a dit une source gouvernementale à Reuters, sous le sceau de l'anonymat. "Il a accepté de démissionner. Cela s'est passé de manière très civilisée, sans acrimonie."

D'après cette même source, George Papandréou a reconnu avoir commis une erreur en annonçant la tenue d'un référendum sur l'accord difficilement conclu quatre jours plus tôt par les pays de la zone euro pour tenter d'éviter la faillite à la Grèce.

Un ministre présent à la réunion a déclaré que George Papandréou avait accepté le principe de sa démission à la suite d'un accord de coalition avec Nouvelle Démocratie, le parti conservateur d'opposition emmené par Antonis Samaras.

Les deux camps sont d'accord pour que ce gouvernement ratifie l'accord conclu le 27 octobre à Bruxelles avant de conduire le pays jusqu'à des élections.

Si les conservateurs remportaient largement ce scrutin, ils tenteraient de renégocier l'accord européen.

Depuis la révélation de l'étendue des déficits et de la dette publics après le retour au pouvoir des socialistes fin 2009, les Grecs ont dû subir une cure d'austérité drastique, mêlant hausses d'impôts, baisses de salaires et de pensions de retraite, privatisations et coupes claires dans les dépenses de l'Etat, en échange de l'aide financière de l'Union européenne et du Fonds monétaire international.

Cette politique, qui a plongé le pays dans une profonde récession sans remettre suffisamment à niveau les comptes publics, a provoqué des grèves et des manifestations qui ont parfois dégénéré en violences.

ET SI PAPANDREOU N'ETAIT PAS FINI ?

L'éditorial de Bernard Guetta :

La page n’est pas tournée. Rien n’est déjà vraiment réglé. Sans doute y aura-t-il encore plus d’un rebondissement dans la journée mais Georges Papandréou est peut-être en train de réussir son pari car ce n’est pas sur un coup de tête mais avec une ambition claire qu’il avait annoncé ce projet de référendum qui a fait tant de vagues.

Pas plus eurosceptique qu’enclin à la dépression, pas plus lunatique que porté à se moquer des conséquences de ses actes, le Premier ministre grec avait voulu, lundi, placer l’opposition de droite, la presse, son propre parti, les syndicats et l’ensemble de ses concitoyens devant leurs responsabilités. « Que le peuple tranche, qu’il s’exprime et fasse son choix », avait-il dit par cette annonce car c’était là le seul moyen qui lui restait de faire sortir son pays d’une très dangereuse hypocrisie.

Alors que la majorité des Grecs et l’écrasante majorité de leurs élites intellectuelles, politiques et économiques considèrent, à tort ou à raison, mais considèrent que l’intérêt de la Grèce est de rester dans la monnaie unique, alors que le pays sait qu’il faut pour cela en passer par les conditions, bonnes ou mauvaises, d’assainissement budgétaire que l’unanimité des Etats de l’Union et le FMI ont mises à leur aide, chacun ou presque faisait comme si cette austérité n’était que le fruit de l’impéritie de Georges Papandréou.

Ce n’était pas seulement injuste puisque le Premier ministre est en fait obligé d’assumer les conséquences de la gestion de ses prédécesseurs. C’était surtout la voie du chaos car, en se refusant à admettre que c’était la sortie de l’Europe ou l’acceptation des conditions mises à son aide, la Grèce plongeait dans un déni de réalité encouragé par une opposition de droite qui voulait faire oublier qu’elle a provoqué cette crise. Il fallait donc, oui, demander au peuple de trancher puisque les élites politiques s’en gardaient et là, devant la perspective de ce référendum et d’une suspension de l’aide européenne, la droite a commencé – seulement commencé, on verra – d’envisager d’apporter les voix de ses députés à l’approbation du plan d’aide et d’aller à ce gouvernement de salut public auquel l’appelait vainement Georges Papandréou.

Ca se jouera tard dans la nuit. Le Premier ministre devrait avoir à se sacrifier, et a déjà dit qu’il y était prêt, sur l’autel de cette union nationale mais si telle est bien l’issue, il aura réussi, en homme d’Etat, à faire prévaloir l’intérêt commun sur de trop confortables postures. Si telle est bien l’issue, tout est bien mais cette semaine grecque laisse un formidable malaise pour trois raisons.L’impolitesse avec laquelle l’Allemagne et la France ont traité ce Premier ministre aura été aussi choquante que le déchaînement contre la Grèce dans trop de capitales européennes. La panique suscitée par ce référendum qui n’était nullement perdu d’avance a trahi une inquiétante peur des électeurs regardés comme incapables d’intelligence politique. Et surtout l’Allemagne et la France se sont conduites, là, en patrons et non pas en locomotive de l’Europe, justifiant ainsi toutes les craintes d’un condominium sur l’Union. Cela pourrait bien laisser des traces.

par Dina Kyriakidou et Lefteris Papadimas

Bertrand Boucey et Clément Guillou pour le service français; édité par Jean-Stéphane Brosse, France Inter et Bernard Guetta

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