[scald=60463:sdl_editor_representation]par Dina Kyriakidou et Lefteris Papadimas

ATHENES (Reuters) - George Papandréou a conclu un accord avec ses ministres par lequel il s'engage à démissionner et à laisser la place à un gouvernement de coalition s'ils l'aident à remporter vendredi un vote de confiance au parlement grec, a-t-on appris jeudi de sources gouvernementales.

Contesté jusque dans les rangs de son Parti socialiste (Pasok) pour son projet de référendum sur le plan européen d'aide financière à la Grèce, George Papandréou a lui-même déclaré jeudi soir lors d'un débat au parlement qu'il n'était pas inamovible à son poste de Premier ministre. Ses services ont refusé de commenter les débats au sein du gouvernement.

L'opposition conservatrice exige pour sa part le départ du chef du gouvernement et la tenue d'élections législatives anticipées dans un délai de six semaines.

Ces rebondissements dans la politique intérieure grecque sont suivis de près à Cannes, où l'attention des dirigeants des pays du G20 est entièrement tournée vers la crise de la dette dans la zone euro. Dans les discussions en cours à ce sommet, l'hypothèse d'une sortie de la Grèce de la zone euro n'est plus taboue.

Selon des sources gouvernementales grecques, plusieurs ministres emmenés par Evangelos Venizelos, le titulaire du portefeuille des Finances, ont été impliqués dans des discussions avec George Papandréou pour tenter de lui trouver une porte de sortie honorable après le choc provoqué dans les autres pays européens et sur les marchés financiers par son projet de référendum.

"Il lui a été dit qu'il devait se retirer dans le calme afin de sauver son parti", a dit l'une de ces sources à Reuters, sous le sceau de l'anonymat. "Il a accepté de démissionner. Cela s'est passé de manière très civilisée, sans acrimonie."

ERREUR

D'après cette même source, George Papandréou a reconnu avoir commis une erreur en annonçant lundi la tenue d'un référendum sur l'accord difficilement conclu quatre jours plus tôt par les pays de la zone euro pour tenter d'éviter la faillite à la Grèce. Cette annonce a valu au Premier ministre grec d'être convoqué à Cannes par la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy, qui ont exigé la mise en oeuvre des mesures d'austérité prévues en échange de l'aide financière sous peine de voir la Grèce sortir de la zone euro.

"Venizelos lui a dit qu'il devait effectuer une sortie honorable à la fois pour lui et pour son parti et que les ministres l'aideraient en ce sens", a-t-on dit de même source. "Cela à condition qu'il survive au vote de confiance, ce qui n'est pas du tout certain."

Le Pasok dispose de 152 élus sur 300 à la Vouli, le parlement monocaméral, mais la fronde contre le Premier ministre, accentuée par l'annonce d'un référendum risqué, menace de le priver de majorité lors du vote de confiance vendredi.

Un ministre présent à la réunion a déclaré que George Papandréou avait accepté le principe de sa démission à la suite d'un accord de coalition avec Nouvelle Démocratie, le parti conservateur d'opposition emmené par Antonis Samaras.

"C'était ça l'accord", a dit ce ministre ayant requis l'anonymat. "Les choses s'avèrent difficiles maintenant parce que Samaras fixe toutes les conditions."

Selon des sources internes à Nouvelle Démocratie, le parti conservateur envisage la formation d'un gouvernement de techniciens chargé de diriger le pays pendant un mois à six semaines et il pose comme condition essentielle la démission de George Papandréou.

"Nous ne demandons même pas d'avoir nos représentants au sein de ce gouvernement. En fait, la meilleure solution serait qu'il soit totalement apolitique", a dit un responsable de Nouvelle Démocratie.

Au sein du gouvernement, on dit que les dirigeants socialistes engageront les négociations sur un mandat de six mois pour ce gouvernement, afin d'obtenir au bout du compte une durée de trois mois.

LES CONSERVATEURS POUR UNE RENÉGOCIATION

Les deux camps sont d'accord pour que ce gouvernement ratifie l'accord conclu le 27 octobre à Bruxelles avant de conduire le pays jusqu'à des élections.

Si les conservateurs remportaient largement ce scrutin, ils tenteraient de renégocier l'accord européen.

"Nous souhaitons seulement évoquer et changer ce qui ne fonctionne pas et seulement avec l'accord de nos partenaires. Les politiques qui nous ramènent en arrière doivent changer. Par exemple, nous avons constaté qu'à chaque alourdissement de la fiscalité, les rentrées fiscales baissent", a dit ce responsable de Nouvelle Démocratie.

Un peu plus tôt jeudi, George Papandréou a déclaré qu'il était prêt à renoncer à son projet de référendum si l'opposition était pour sa part disposée à soutenir au parlement l'accord conclu à Bruxelles.

Le référendum "n'a jamais été un objectif en soi", a-t-il dit, en assurant que, si une telle consultation devait avoir lieu, elle ne porterait pas sur la maintien ou non de la Grèce dans la zone euro.

Pour Costas Panagopoulos, patron de l'institut de sondage ALCO, George Papandréou a peu de chances d'obtenir la confiance des députés vendredi.

"Cette journée a accouché d'un résultat très positif, le retrait de la proposition de référendum avancée par le Premier ministre. C'est terminé, la question est enterrée. C'est très positif pour la Grèce et un grand soulagement", a-t-il ajouté.

"CHOC POSITIF"

George Papandréou s'est pour sa part félicité d'avoir, par sa proposition, débloqué la situation politique et contraint Antonis Samaras à soutenir l'accord de Bruxelles.

"Je suis ravi que l'ouverture de la discussion via le projet de référendum ait provoqué un choc positif", a-t-il dit. "Si l'opposition vient à la table des négociations pour soutenir le plan de sauvetage, alors un référendum n'est pas nécessaire."

Dans un communiqué, Antonis Samaras a demandé "la formation d'un gouvernement de transition, temporaire, avec un mandat exclusif pour convoquer des élections, et (...) la ratification du plan de sauvetage par le Parlement actuel".

"Là où nous en sommes arrivés, à cause de la politique du gouvernement, le nouvel accord de financement est inévitable et doit être garanti", a-t-il ajouté, revenant sur ses précédentes prises de position jusqu'alors hostiles aux nouvelles mesures d'austérité.

Depuis la révélation de l'étendue des déficits et de la dette publics après le retour au pouvoir des socialistes fin 2009, les Grecs ont dû subir une cure d'austérité drastique, mêlant hausses d'impôts, baisses de salaires et de pensions de retraite, privatisations et coupes claires dans les dépenses de l'Etat, en échange de l'aide financière de l'Union européenne et du Fonds monétaire international.

Cette politique, qui a plongé le pays dans une profonde récession sans remettre suffisamment à niveau les comptes publics, a provoqué des grèves et des manifestations qui ont parfois dégénéré en violences.

Evangelos Venizelos a confirmé que son pays aurait besoin d'une nouvelle tranche d'aide de huit milliards d'euros d'ici à la mi-décembre pour honorer ses paiements.

Avec le bureau d'Athènes, Guy Kerivel et Bertrand Boucey

Mots-clés:

Derniers articles

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.