Ghislaine Dupont et Claude Verlon travaillaient à Kidal au nord du Mali. Ils ont été enlevés puis tués samedi. Les deux corps ont été acheminés à Bamako, ils doivent être rapatriés en France lundi. Les faits, les réactions, les premières hypothèses ...

Les faits

Les circonstances de l'assassinat de nos deux confrères, David Baché à Bamako

A la sortie d'une réunion de crise à l'Elysée organisée dimanche matin et avant de se rendre dans les locaux de RFI dimanche après-midi, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a précisé les circonstances des deux assassinats :

A 13h10, ils ont été kidnappés par un petit commando, un peu plus tard, leurs corps ont été retrouvés à 12 kilomètres de Kidal, assassinés froidement.

C'est le bureau parisien de RFI qui le premier a raconté les circonstances des enlèvements : les ravisseurs ont envoyé des tirs de sommation et forcé leur chauffeur à se coucher par terre :

Ce dernier a ensuite entendu Ghislain Dupont et Claude Verlon protester et résister et c'est la dernière fois que nos journalistes ont été vus.

Les journalistes venaient d'interviewer un responsable des rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA). Ambéry Ag Rissa, chargé de la culture, a confirmé que l'enlèvement avait eu lieu à proximité de sa maison :

Quand il sont partis, j'ai entendu un bruit bizarre dehors, je suis tout de suite allé voir et quand j'ai ouvert ma porte, un homme enturbanné a braqué une arme sur moi et m'a dit "Rentre tout de suite chez toi!.

Un haut responsable du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA, séparatistes touaregs) et un officiel malien ont ensuite confirmé à Reuters la découverte des corps à l'extérieurde Kidal. Selon Paul-Marie Sidibé, préfet de la localité de Tinzawaten, qui est basé à Kidal :

Quelques minutes après le début de la poursuite des ravisseurs des deux Français, on nous a informé que leurs corps ont été retrouvés criblés de balles à l'extérieur de la ville.

Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a précisé qu'aucun impact de balle n'avait été trouvé sur le véhicule à proximité duquel gisaient les corps des journalistes, enlevés à Kidal, dans le nord du pays :

L'un a reçu deux balles, l'autre trois balles. Leurs corps ont été retrouvés à quelques mètres de la voiture, qui était fermée à clef, et aucun impact de balle n'a été retrouvé sur la voiture.

La voiture a été abandonnée à 12 km de Kidal. La directrice de France Média Monde, qui chapeaute RFI, Marie-Christine Saragosse, a précisé sur I-Télé que les corps avaient été trouvés à 80 mètres de la voiture. Une action a été organisée immédiatement pour tenter de retrouver les auteurs des tirs, a ajouté Laurent Fabius.

Deux journalistes français tués au Mali
Deux journalistes français tués au Mali © Radio France

Les corps des deux journalistes ont été acheminés dans un camp militaire de l'armée française à Kidal, les précisions de David Baché

Qui était nos deux confrères ?

Claude Verlon et Ghislaine Dupont
Claude Verlon et Ghislaine Dupont © ©RFI / HANDOUT/EPA/MAXPPP / ©RFI / HANDOUT/EPA/MAXPPP

Ghislaine Dupont, 51 ans, et Claude Verlon, 58 ans, s'étaient rendus de nombreuses fois en Afrique ces dernières années, a souligné RFI dans un communiqué où la radio fait part de sa tristesse et de sa colère.

Ils étaient notamment allés à Kidal lors du premier tour de la récente élection présidentielle. Anne Corpet est la redactrice en chef du service international de RFI :

Des journalistes super expérimentés [...] On retournera au Mali pour les Maliens car eux nous écoutent [...] Le service Afrique va continuer à faire ce remarquable travail au nom de Ghislaine et Claude.

La PDG de France Médias Monde, qui inclut RFI,, Marie-Christine Saragosse est bien entendu très choquée par la nouvelle. Elle évoque "une très grande colère", parle d'une journaliste et d'un technicien aguérris qui "étaient en train de faire un travail de fond au Mali".

Ils faisaient leur métier de journaliste [...] Si j'ai envie d'être en colère, ce sont contre les terroristes.

Elle a annoncé qu'elle partait pour Bamako avec d'autres responsables de la radio pour rapatrier les corps des deux journalistes. Marie-Christine Saragosse a également annoncé que la radio diffuserait "tout ce qui avait été enregistré" par les deux journalistes, qui ont été enlevés et tués alors qu'ils préparaient une émission spéciale sur le Mali.

C'est la troisème fois en quinze ans que la station de radio internationale vit la mort de ses reporters sur le terrain. Johanne Sutton en Afghanistan en 2001, Christian Baldensperger, alias Jean Hélène abattu d'une balle dans la tête en 2003 en Côte d'Ivoire et désormais Ghislaine Dupont, 51 ans, et Claude Verlon, 58 ans.

Le reportage dans les locaux de RFI de Lucie Barbarin

Une réunion d'urgence à l'Elysée

Le président a réuni dimanche matin à l'Elysée les ministres des Affaires étrangères, de la Justice et de la Défense.

A la sortie de la réunion, Laurent Fabius a annoncé que La France allait accroître les mesures de sécurité autour de la ville malienne de Kidal ajoutant que :

Des instructions ont été données pour que tout soit mis en oeuvre afin de retrouver les assassins. La sécurisation de l'ensemble de la zone et des zones voisines, s'agissant en particulier des ressortissants français, va bien sûr être accrue.

Le ministère de la Défense a précisé que les deux journalistes avaient rencontré les militaires de l'opération Serval à Bamako et leur avaient demandé de les transporter jusqu'à Kidal. Le ministère dela Défense a précisé dans un communiqué :

Conseil leur avait été donné de ne pas s'y rendre, en raison de l'insécurité qui y persiste et de la rivalité des différents groupes qui agissent sur zone. En dépit de ce conseil, les deux journalistes ont emprunté un transport de la Minusma pour se rendre à Kidal.

Mercredi, les quatre ex-otages français du Niger libérés en début de semaine après trois ans de captivité au Sahel sont rentrés en France, où ils ont été accueillis par le présidentFrançois Hollande.

Les réactions

Omar Ouahmane est reporter à Radio France. Il était à Kidal il y a encore quelques semaines :

Comment des hommes ont-ils pu enlever et tuer Ghislaine et Claude en plein coeur d'une ville qui est censée être sous contrôle.

Réponse de la présidence malienne via un communiqué lu par le porte-parole du gouvernement malien, Mahamene Baby :

La situation à Kidal n'est pas acceptable, un changement est nécessaire pour assurer la sécurité de tous, les Maliens et tous les étrangers sur place.

L'ancien ministre de la Défense Hervé Morin dresse un constat amer sur l'intervention française au Mali :

Ce sont des groupes terroristes que vous aurez pendant des années et des années. Notre intervention ne sera pas sans dégâts.

RFI a décidé de maintenir son travail d'enquête au Mali, un travail auquel rend hommage Michel Barnier, le commissaire européen au marché interieur :

Je souhaite que toutes les équipes de RFI qui font un formidable travail ne se découragent pas.

Jean-Marie Cavada est député européen et président du Mouvement Européen-France. C'est un ancien journaliste qui salue le travail de ses confrères :

Ne pas prendre de risques est une évidence. Il y a un moment où il faut assumer certains risques pour informer.

► ► ► A ECOUTER | L'édition spéciale de la rédaction dimanche 3 novembre

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