"Provocation ", "aventure "... Les éditorialistes de la presse arabe ont réagi sur le même ton à la visite du président iranien Ahmadinejad sur l'île d'Abou Mousa le 17 avril, un îlot situé dans la région du détroit d'Ormuz et revendiqué par les Emirats arabes unis depuis 1971. Deux autres bouts de terre font l'objet d'une contestation entre Abou Dhabi et Téhéran, il s'agit de la petite et de la grande Tomb.

Pour les pays du Golfe, la visite d'Ahmadinejad est une "provocation iranienne au plus mauvais moment" , écrit Abdel Bari Atwan dans les colonnes d'Al-Qods Al-Arabi qui estime que Téhéran "jette de l'huile sur le feu". Il rappelle aussi que Bahrein a refusé par referendum d'être rattaché à l'Iran qui considère qu'il a une influence à exercer à Manama. Bref, tout le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) est concerné par les ambitions perses dans la région.

Pour Al-Hayat, sous la plume d'Abdallah Iskander, la visite d'Ahmadinejad constitue"un défi imposé par l'Iran aux pays du Golfe, un défi lié à l'évolution des relations entre l'Iran et l'Occident en relation avec le dossier nucléaire et les développements de la crise syrienne." Les monarchies du Golfe craignent un Iran possédant l'arme nucléaire et constatent l'interférence croissante des Iraniens dans les affaires de Bahrein, de l'Irak, du Yémen, du Koweit, de l'Arabie saoudite, du Liban et de la Syrie.

"Téhéran veut que les pays du Golfe s'alignent sur sa politique, par la menace ou par la persuasion, sans pour autant leur donner des garanties nouvelles et convaincantes sur son programme nucléaire et ses objectifs" , affirme l'éditorialiste du Hayat qui ajoute : "l'Iran veut aussi forcer les pays du Golfe à changer leur position dans la crise syrienne et ne plus soutenir les demandes de changement à Damas."

Vu de Téhéran, les sanctions occidentales sont de plus en plus durement ressenties et les pays du Golfe sont considérés comme des auxiliaires des Occidentaux, à commencer par les Emirats arabes unis qui ont a resserré les mailles de l'embargo contre l'Iran. Un diplomate iranien, me confiait récemment, que "l'Iran n'allait pas accepter longtemps de ne pas pouvoir exporter son pétrole tout en regardant ses voisins arabes vendre tranquillement le leur!" La visite d'Ahmadinejad à Abou Moussa est sans doute un premier avertissement.

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