Le géant du web travaille sur un retour de son moteur de recherche en Chine, un marché "formidable et innovant" selon son PDG. Quitte à censurer une partie des recherches pour revenir dans les clous imposés par le régime chinois. Quitte aussi à indigner une partie de ses propres salariés, vent debout contre le projet.

Le logo de Google lors d'une conférence à Shanghai en septembre 2018
Le logo de Google lors d'une conférence à Shanghai en septembre 2018 © AFP / Johannes Eisele

Google et la Chine, ce n'est pas vraiment un long fleuve tranquille. Arrivé dans le pays en 2005, le moteur de recherche s'y est heurté à la concurrence du géant local Baidu mais aussi au pouvoir politique chinois.

D'abord basé à Pékin, son siège a été déplacé en 2010 à Hong-Kong pour s'éloigner du pouvoir central et de l'autocensure qu'il exige. Deux ans plus tard, Google bravait carrément l'interdit en affichant volontairement une petite notification à chaque fois qu'un mot censuré par le régime risquait de perturber la recherche. Un système abandonné quelques mois plus tard, en catimini. Peu à peu, Google est de toute façon devenu inaccessible dans l'ensemble du pays.

Aujourd'hui, pour le PDG du groupe Sundar Pichai, il est temps de se réconcilier avec Pékin. Lors d'une conférence aux États-Unis, il s'est réjoui de premier tests prometteurs pour une version réservée à la Chine de son moteur de recherche : il serait à nouveau compatible avec la politique de censure locale, en restreignant l'accès à certains sites d'information ou en filtrant des mots-clés. Un projet que Google voulait garder secret, mais qui a fini par fuiter dans la presse.

Un projet qui fait polémique en interne

Car le fameux projet "Dragonfly" n'inquiète pas que les associations de défense des droits humains : il a aussi provoqué la colère d'employés de Google. Depuis les fuites, le groupe a d'ailleurs rendu les documents sur le sujet inaccessibles à la plupart de ses salariés. Et selon des témoignages anonymes, les forums de discussion internes regorgent de conversations passablement énervées sur ce retour en terres chinoises.

Cette mobilisation autour des valeurs éthiques de Google n'est pas une première : en juin dernier, la grogne de plusieurs milliers d'employés avait même poussé l'entreprise à abandonner un contrat à des fins militaires avec le gouvernement américain.

"Vous devez toujours trouver l'équilibre"

Mais cette fois, la direction semble décidée à ne pas se priver de ce marché gigantesque. "Nous sommes contraints dans notre mission de fournir l’information à tout le monde.", explique ainsi le PDG Sundar Pichai. "La Chine, c'est 20 % de la population mondiale. Vous devez toujours trouver l’équilibre entre différents ensembles de valeurs. Nous suivons aussi la loi dans chaque pays." Il assure également que même avec la censure, "99 % des demandes" des utilisateurs sur le moteur de recherche obtiendront une réponse sur Google.

Ce changement de stratégie met de côté certaines valeurs qui semblaient non négociables il n'y a pas si longtemps : en 2010, Google estimait que la censure chinoise était un frein volontaire utilisé par la Chine pour éviter son développement sur place, au profit du plus docile Baidu. L'un de ses responsables estimait alors que "quand un gouvernement étranger met en œuvre une politique de censure, d'une façon qui favorise des sociétés internet locales, cela va à l'encontre des principes de base du commerce international de non-discrimination et d'équité".

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