la fermeture de l'audiovisuel public source de tension politique en grèce
la fermeture de l'audiovisuel public source de tension politique en grèce © reuters

Le Premier ministre grec Antonis Samaras a proposé de relancer l'audiovisuel public dans une version allégée et temporaire. Il veut aussi remanier son gouvernement pour désamorcer la crise politique et éviter des élections anticipées.

Un tribunal administratif a par ailleurs suspendu le décret, signé la semaine dernière pour ordonner la fermeture de l'ERT. Cette décision, prise pour des raisons budgétaires, a suscité de vives tensions entre le chef du gouvernement et ses partenaires du Parti socialiste (Pasok) et de la Gauche démocratique au sein de l'exécutif formé il a un an.

Antonis Samaras, qui a reçu lundi les représentants des deux formations, leur a donc proposé d'autoriser la reprise des émissions de l'ERT et de choisir le vice-ministre qui sera chargé de la diriger sous une forme provisoire.

"Il s'agit de la dernière offre du Premier ministre pour parvenir à un compromis et éviter des élections", a déclaré un haut fonctionnaire ayant requis l'anonymat.

La version "allégée" de l'ERT ouvrira la voie à la réforme de l'audiovisuel public souhaitée par le Premier ministre, qui a donc également proposé de remanier son équipe et de revoir lesaccords conclus avec ses partenaires.

"Il est clair que depuis quelques jours, après la fermeture de l'ERT, la logique semble avoir disparu", avait auparavant estimé Costas Panagopoulos, directeur de l'institut de sondage ALCO. "Le plus absurde, c'est qu'on parle de la destruction pure et simple d'un pays à cause de cette fermeture."

"Trouvez une solution !", s'exclame lundi en une le quotidien de centre gauche Ethnos.

Mettre fin au gaspillage

Antonis Samaras a défendu sa décision par la nécessité de moderniser un pays croulant sous la dette et devenu selon lui un "Jurassic Park" d'inefficacité, de gaspillage et de corruption, qui connaît sa sixième année de récession et où le chômage frappe 27% de la population active.

L'ERT était doté d'un budget annuel de 300 millions d'euros. En fin de semaine dernière, partis de gauche et syndicats ont unanimement rejeté une solution de compromis proposée par le Premier ministre, qui suggérait l'embauche d'un petit nombre de salariés pour relancer un programme d'informations dans l'audiovisuel public.

Les sondages publiés durant le week-end montrent qu'une majorité de la population est opposée à la fermeture de l'ERT, plus en raison de la manière abrupte dont elle s'est opérée que de la décision elle-même.

Les journalistes se sont mis en grève, des milliers de personnes ont manifesté devant le siège de la société et les 2 600 salariés de l'ERT ont continué à diffuser des émissions sur internet, défiant les consignes de la direction.

Pourtant, d'autres voix s'élèvent pour relativiser ce mouvement de protestation.

"Ça m'ennuie de voir les journalistes se révolter parce que 2 500 d'entre eux perdent leur travail. Et le million et demi de Grecs qui sont sans emploi ?", déclare Marika Vlassopoulou, une retraitée de 63 ans.

"Fermer de cette façon l'audiovisuel public, c'est une décision affreuse mais il faut bien admettre que c'est comme cela maintenant. Il ne faut pas de nouvelles élections. Assez de gaspillage d'argent public, ce pays est fatigué, tant au niveau politique que social. Nous n'avons plus confiance en qui que ce soit", ajoute-t-elle.

La décision du tribunal administratif, saisi par le syndicat de l'audiovisuel public, autorise l'ERT a reprendre ses programmes en attendant le jugement définitif de l'affaire, a-t-on précisé de source judiciaire.

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