Que se passera-t-il si la Grèce ne rembourse pas le FMI ? Lundi soir, un sommet extraordinaire des dirigeants de la zone euro est organisé pour trouver un compromis sur la dette grecque. F. Hollande estime qu'un accord est "à portée de main".

Les responsables européens ont multiplié lundi matin les déclarations optimistes au sujet de la Grèce après l'envoi par le gouvernement d'Alexis Tsipras de nouvelles propositions qualifiées par la Commission européenne de "bonne base de progrès" en vue du sommet extraordinaire des dirigeants de la zone euro dans la soirée.

Même Angela Merkel a estimé qu'il y avait encore du temps pour parvenir à un accord. "Il restera plusieurs jours dans la semaine au cours desquels des décisions peuvent être prises", assure la chancelière allemande, pour qui le sommet pourrait bien n'être que l'occasion d'un simple débat.

Ce sommet est destiné à approuver un éventuel compromis de dernière minute permettant à la Grèce de bénéficier d'une aide financière en échange de réformes susceptibles de redresser ses finances publiques de manière pérenne. Il s'agit ainsi d'épargner au pays un défaut de paiement aux conséquences imprévisibles pour la zone euro. Ce sommet intervient aussi dans un contexte de mobilisation tous azimuts des institutions européennes autour de la Grèce, confrontée dans huit jours à une échéance de remboursement de 1,6 milliard d'euros au Fonds monétaire international (FMI).

La Banque centrale européenne (BCE) a ainsi relevé lundi matin -- pour la troisième fois en six jours -- le montant des liquidités d'urgence (ELA) auxquelles peuvent avoir accès les banques grecques, confrontées à d'importants retraits des épargnants craignant l'instauration d'un contrôle des capitaux. On ignore le montant du nouveau plafond, déjà porté la semaine dernière à quasiment 86 milliards d'euros, selon des sources bancaires.

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Hollande optimiste

Après un entretien avec le chef de l'État, le secrétaire national du Parti communiste français, Pierre Laurent a déclaré que François Hollande estimait qu'un accord sur la Grèce au sommet de Bruxelles lundi est "à portée de main" :

Le président de la République estime qu'un accord est possible, qu'il est souhaitable, qu'il est à portée de main mais qu'il y a encore des obstacles.

"Je souhaite que cet accord intervienne dès ce soir parce que nous sommes dans un moment décisif", a ajouté Pierre Laurent, qui a appelé l'opinion publique à accentuer la pression sur les gouvernements européens pour obtenir un accord. Le commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, s'est dit lundi "convaincu" qu'un accord serait trouvé dans la journée entre la Grèce et ses créanciers après les nouvelles propositions du Premier ministre grec.

Alexis Tsipras a transmis dimanche de nouvelles propositions, qualifiées par Bruxelles de "bonne base de progrès", en vue du sommet extraordinaire des dirigeants de la zone euro ce lundi soir à Bruxelle La Grèce doit rembourser au 30 juin au FMI 1,6 milliard d'euros qu'elle dit ne pas avoir.

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Et si la Grèce sortait de la zone euro ?

Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, l'a confirmé jeudi : la Grèce ne bénéficiera d'aucun délai de grâce pour s'acquitter des 1,6 milliard d'euros dus le 30 juin . Si Athènes ne rembourse pas, l'État grec sera en défaut vis-à-vis du Fonds dès le 1er juillet. Une telle situation pourrait encore accélérer les retraits des sommes déposées dans les banques grecques et donc forcer les autorités à instaurer des mesures de contrôle des capitaux pour endiguer les sorties de capitaux du pays. Un responsable de l'UE a toutefois précisé qu'un non-paiement de la dette au FMI n'entraînerait pas automatiquement un défaut sur les prêts accordés à la Grèce par les institutions et les États membres de la zone euro .

L'étape suivante dépendra du délai pendant lequel la Banque centrale européenne (BCE) continuera d'autoriser la banque centrale grecque à prêter des liquidités aux établissements financiers helléniques dans le cadre de sa procédure d'urgence, l'ELA (Emergency Liquidity Assistance), sachant que ce dispositif est garanti en partie par des titres émis par l'État. Depuis février, le Conseil des gouverneurs de la BCE relève semaine après semaine le plafond de l'ELA, aujourd'hui à 85,9 milliards d'euros. Elle peut le geler, voire l'abaisser, mais aussi augmenter la décote ("haircut") qu'elle applique aux titres apportés en garantie par les banques, qu'il s'agisse de dette publique ou privée. La banque centrale risque de voir rapidement augmenter les pressions politiques en faveur d'une interruption de cette assistance , estiment des sources proches du dossier. D'autant que les grosses échéances qui attendent la Grèce en juillet-août sont des remboursements à la BCE elle-même, pour un montant total de 6,8 milliards d'euros. Des voix pourraient aussi s'élever pour demander à l'Union européenne de suspendre le versement à Athènes des crédits issus du budget de l'UE.

Il est difficile de déterminer combien de temps l'État grec pourrait continuer de payer les traitements des fonctionnaires, les retraites et ses fournisseurs en l'absence de nouvelles aides. Le budget de l'État est proche de l'équilibre primaire (hors service de la dette) et le gouvernement a ordonné aux collectivités locales de transférer leur trésorerie à la banque centrale. Mais l'incertitude et les tensions politiques risquent de provoquer une baisse des recettes fiscales. L'agence de notation Standard & Poor's a abaissé la semaine dernière la note de la dette grecque et celle de quatre grandes banques à "CCC", donc en catégorie "junk", un échelon qui intègre un risque de défaut à un horizon d'un an en l'absence de compromis avec les créanciers. S&P a noté que le gouvernement semblait donner la priorité au paiement des retraites et des salaires sur le remboursement de la dette aux créanciers. L'État grec pourrait à terme choisir de payer partiellement ou totalement ses fournisseurs sous forme de reconnaissances de dette ("IOU"). Si ces titres sont utilisables pour payer des biens ou des services, Athènes instaurerait donc ainsi de fait une monnaie parallèle à l'euro.

Les acteurs de la crise grecque
Les acteurs de la crise grecque © Radio France
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