"Il faut parler de Haïti aujourd'hui, mais surtout en parler demain et après-demain... quand le pays ne sera plus sous les feux de l'actualité". Ainsi parlait Jane-Evelyn Atwood ce matin, dans "Esprit critique". La grande artiste et photo-reporter de l'agence "Vu" connaît bien ce pays. De ces quatre longs voyages effectués là-bas de 2005 à 2007, elle a rapporté un livre magnifique et sobre. Jane-Evelyn Atwood n'a pas photographié la violence de Port-au-Prince. Elle s'est déplacée loin de la capitale. Pays évidemment plongé dans la misère, l'un des trente pays les plus pauvres du monde. 80 pour cent des haitiens vivent avec moins d'un euro cinquante par jour et la catastrophe qui les touche ne va pas diminuer ce chiffre. Un petit garçon dort sur un amas de planches. Une femme coupe le poisson devant un paquebot qui fonce droit sur elle, menaçant. Une jeune fille joue au cerf volant sur une plage encombrée de détritus. Le cerf volant est un sac en plastique. Misère ? Oui. Mais Atwood cadre serré, évitant le misérabilisme. Elle capte une grâce des hommes et des femmes dans leur vie quotidienne, sous un soleil radieux qui réchauffe cette vie difficile. Les couleurs vives sont éclatantes. Il y a beaucoup d'ombres, de contrastes, des clairs obscurs en plein jour, et l'artiste échappe à la simple imagerie d'un pays en souffrance.L'haïtien Lyonel Trouillot signe la préface de "Haiti". Il est à Port au Prince, mais en bonne santé. "Haïti", Jane Evelyn Atwood, Actes Sud, 36 euros.

J E Atwood/Vu
J E Atwood/Vu © Radio France
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