Dans la guerre qui oppose l'Azerbaïdjan à l'Arménie, chacun des belligérants peut se targuer d'entretenir des relations privilégiées avec la Russie. Un accord de défense lie Erevan à Moscou, mais en creux Vladimir Poutine fait comprendre qu'il laissera Bakou poursuivre sa tentative de reconquête du Nagorny-Karabak.

À Stepanakert, la capitale du Haut-Karabagh arménien, un missile azéri de fabrication russe s'est fiché dans le sol sans exploser. La Russie fournit des armes aux deux belligérants.
À Stepanakert, la capitale du Haut-Karabagh arménien, un missile azéri de fabrication russe s'est fiché dans le sol sans exploser. La Russie fournit des armes aux deux belligérants. © Radio France / Claude Bruillot

Un feu vert implicite à l'Azerbaïdjan 

Selon le Kremlin, la Russie n'a pas à intervenir en soutien à l'Arménie dans le Haut-Karabakh – ou Nagorny Karabakh – puisque "les affrontements ne se déroulent pas" sur le territoire arménien. Cette déclaration de Vladimir Poutine, le 7 octobre à la télévision publique Rossiya 24, sonne le glas des espoirs arméniens d'un appui inconditionnel de la Russie. Erevan brandit depuis le début des combats l'accord de défense entre les deux pays comme un avertissement à son ennemi azerbaïdjanais. 

Le président russe a certes posé des limites à l'offensive dirigée depuis Bakou, en rappelant que Russie et Arménie sont membres de l'Organisation du traité de sécurité collective, fondée en 2002 et garantissant la souveraineté, l'indépendance et l'intégrité territoriale des États membres. 

Mais en assurant que Moscou tiendra ses engagements si le sol arménien venait à être menacé, Vladimir Poutine confirme que, pour la Russie, le Nagorny Karabakh est bien un territoire azerbaïdjanais.

Quel statut pour le Nagorny Karabakh ? 

Sur le strict plan du droit international, la position de la Russie n'a rien d'extravagant. Le statut incertain du Nagorny Karabakh résulte d'une longue histoire conflictuelle entre Arménie et Azerbaïdjan, antérieure à la création de l'URSS et qui lui a survécu. Décidé par Staline en 1921, le rattachement de ce territoire à la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan a gelé la situation pendant près de soixante-dix ans.

Le Haut-Karabakh, enclave revendiquée par l'Arménie en territoire azéri.
Le Haut-Karabakh, enclave revendiquée par l'Arménie en territoire azéri. © Radio France / Rédaction internationale

L'indépendance de la province séparatiste du Nagorny Karabakh – autoproclamée à la suite d'un référendum en 1991 boycotté par la communauté azerbaïdjanaise – n'est reconnue par aucun État membre de l'ONU. Venant de Vladimir Poutine, ce soudain intérêt pour la légalité internationale interroge, le président russe ayant affiché moins de scrupules juridiques dans d'autres circonstances, notamment lors de l'annexion de la Crimée en 2014.

Vers lequel des belligérants penche secrètement le Kremlin ?

Dans les faits, l'actuel président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, qui a succédé au pouvoir à son père, ancien du KGB comme Poutine, est lui aussi pétri de culture soviétique. L'Arménie a appartenu à la même sphère de l'URSS – la Russie dispose d'une base militaire en Arménie – mais ses dirigeants actuels ont des parcours très différents. Le président Sarkissian, qui a souhaité à Vladimir Poutine son anniversaire le 7 octobre, cultive sa relation avec le Kremlin, qui en retour assure être en contact permanent avec Erevan. Sur le plan religieux, la Russie et l'Arménie sont deux pays à majorité chrétienne, face à l'Azerbaïdjan chiite. Ces implications culturelles croisées de la Russie, avec Bakou comme avec Erevan, influencent la façon dont Moscou regarde ce conflit. Mais ce qui déterminera in fine la position russe, c'est l'attitude des soutiens respectifs des deux adversaires, la Turquie pour l'Azerbaïdjan et l'Iran pour l'Arménie.  

Les partenaires embarrassants de la Russie 

Ankara, sans se prononcer pour l'instant sur son éventuelle participation armée, revendique un soutien inconditionnel à l'Azerbaïdjan jusqu'à la reconquête totale de l'enclave arménienne chrétienne. L'Iran chiite hausse le ton à son tour, par la voix du président Rohani. Il assure que son pays ne tolèrera pas la présence de "terroristes" près de sa frontière nord, allusion à la présence de djihadistes sunnites venus de Syrie via le territoire turc.

D'où les efforts déployés par Moscou pour tenter de faire taire les armes, qu'elle fournit traditionnellement aux deux camps, et de favoriser d'improbables pourparlers de paix directs entre les belligérants. 

Pour l'instant, le mince espoir d'un cessez-le-feu se trouve entre les mains du groupe de Minsk de l'OSCE (Russie, États-Unis, France), réuni ce jeudi à Genève avec le chef de la diplomatie azerbaïdjanaise. En attendant que le ministre arménien des Affaires étrangères soit reçu lundi à Moscou.

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