Les meneurs du mouvement de contestation qui a agité le Maroc en 2016 et 2017 ont été condamnés mardi soir à des peines très lourdes, jusqu'à 20 ans de prison pour quatre d'entre eux, pour "complot visant à porter atteinte à la sécurité de l'État". Les opposants dénoncent une dérive autoritaire dans le pays.

Le roi marocain Mohammed VI, en décembre 2017 à Boulogne-Billancourt
Le roi marocain Mohammed VI, en décembre 2017 à Boulogne-Billancourt © AFP / Ludovic Marin

Tout était parti d'une mort atroce, celle d'un vendeur de poisson du Rif, une région au nord du pays, qui a inspiré un mouvement de protestation sans précédent, le "Hirak", un "séisme social" selon la presse locale. Tout semble se terminer aujourd'hui par un ultime coup de matraque, avec la condamnation des meneurs du mouvement à de lourdes peines de prison (ils risquaient également la peine de mort).

Quatre d'entre eux écopent de 20 ans de prison, dont le leader du mouvement, Nasser Zefzazi. Arrêté alors qu'il interrompait le prêche d'un imam hostile au mouvement, dans une mosquée d'Al-Hoceïma, cet ancien chômeur de 39 ans a usé de ses talents d'orateur pour devenir rapidement un meneur charismatique. Considéré comme un "séparatiste", il avait balayé l'accusation en estimant que "la capitale Rabat a toujours considéré les Rifains comme des frondeurs. [...] C'est un procès contre les symboles de la résistance", un mouvement "pacifique" selon lui. Il assure aussi avoir été "torturé" lors d'un interrogatoire, accusations rejetées par les autorités marocaines.

Les accusés et leurs avocats ont refusé de s'exprimer et de plaider à la fin du procès. Une attitude qui les a desservis, selon l'un des avocats représentant l'État et ses agents : "Les peines sont très légères par rapport à ce que prévoit la loi et à la façon dont ils se sont comportés devant le juge."

Bataille d'image pour Mohammed VI

Depuis 2016, le mouvement Hirak a été une épine dans le pied du pouvoir marocain et du roi Mohammed VI. Ce dernier a tenté à plusieurs reprises d'apaiser la colère des manifestants, et ce dès les premiers jours. D'abord en ordonnant une enquête "minutieuse" sur les circonstances de la mort du marchand Mouhcine Fikri fin 2016 (au final, sept personnes seront condamnées à cinq à huit mois de prison ferme, et quatre autres acquittées). Puis en annonçant via son ministre de l'Intérieur des projets de développement régionaux, le licenciement du gouverneur de la province, en graciant le 29 juillet 2017 une quarantaine de manifestants arrêtés et en lançant un plan d'action le mois suivant.

Des actions qui n'ont pas convaincu les militants locaux. Lors du procès, Nasser Zefzani a justement basé sa ligne de défense sur la nécessité de relancer le développement, conformément aux promesses du roi, et sur le fait que le juger pour avoir réclamé cette relance allait justement "à contre-courant" du discours officiel.

Le verdict final entache sérieusement l'image du pouvoir marocain. Sur Twitter par exemple, il est largement condamné, y compris par des journalistes.

Certains vont même jusqu'à interpeller directement le monarque, en visite en France...

Avant le procès, Mohammed VI avait déploré que le modèle de développement national soit "inapte à satisfaire les demandes pressantes et les besoins croissants des citoyens, à réduire les disparités catégorielles et les écarts territoriaux". Une revendication très similaire, selon les meneurs du Hirak, à celles qu'ils soutenaient, et pour lesquelles ils iront en prison.

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