Tunisie, le réveil cabossé
Tunisie, le réveil cabossé © Radio France / Giv Anquetil

François Hollande entame ce jeudi une visite d'Etat de deux jours en Tunisie, berceau des "printemps arabes" où le président français entend encourager le processus de démocratisation entamé dans la confusion.

Après l'Algérie en décembre et le Maroc en avril, la Tunisie est le troisième pays du Maghreb a recevoir la visite du chef de l'Etat français, qui rencontrera le président Moncef Marzouki et le chef du gouvernement dominé les islamistes d'Ennahda, Ali Larayedh. François Hollande prononcera un discours devant l'Assemblée nationale constituante (ANC), dont les travaux de rédaction de la nouvelle Constitution tunisienne ont pris du retard.

Son entourage déclare:

Une transition, après une période autoritaire, est toujours difficile. Ce qui est important, c'est de montrer que la France est aux côtés de la Tunisie dans sa transition, son évolution, son processus tout en évitant l'ingérence. Ce n'est pas à nous de dire ce que les Tunisiens ont à faire mais de montrer les principes qui nous unissent, les valeurs que nous portons, le sens que nous attachons au printemps arabe qui est né en Tunisie pour que nous puissions nous retrouver.

L'ancien protectorat français de 11 millions d'habitants est le théâtre de troubles depuis l'immolation d'un vendeur de rue de Sidi Bouzid à l'origine de la "révolution de jasmin" ayant conduit à la chute du président Zine Abidine Ben Ali début 2011.

Le message optimiste de François Hollande selon Luc Lemonnier

Tourisme et réalités

Hollande en Tunisie
Hollande en Tunisie © Radio France

Comme dans l'Egypte voisine, le secteur vital du tourisme a souffert de ces bouleversements, avec une chute de 7,5% au premier trimestre par rapport à la même période de l'an dernier. Les troubles liés à l'assassinat de Chokri Belaïd, un esponsable de la gauche laïque, le 6 février, expliquent en partie ce déclin.

Un million de Français ont tout de même passé leurs vacances en Tunisie en 2011 et 2012 et les côtes tunisiennes sont classées en "zones à faible risque" par la France. Mais des incidents secouent régulièrement la Tunisie, où les adversaires d'Ennahda accusent les islamistes d'avoir laissé s'instaurer un climat de violence et de vouloir imposer un ordre religieux contraire aux idéaux révolutionnaires.

Dans une lettre ouverte publiée cette semaine, la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme, la Ligue des droits de l'Homme et le Réseau euro-méditerranéen des droits del'Homme demandent à François Hollande de contribuer à "remettre la Tunisie sur la voie de l'instauration d'un système démocratique pleinement respectueux des droits humains".

Parmi les cas qui inquiètent les défenseurs des droits figurent le rappeur Weld El 15, condamné à deux ans de prison pour une chanson sur la police, ou celui de trois militantes, dont deux Françaises, du mouvement Femen pour avoir manifesté seins nus. Elles ont été libérées la semaine dernière.

"Il ne s'agit pas de rester silencieux sur un certain nombre de réalités mais de montrer que le processus peut réussir et est en train de réussir", tempère-t-on à Paris. "Il y a une constitution qui se prépare, des élections qui vont avoir lieu, des partis qui demeurent, une presse qui est libre, un syndicat UGTT qui est indépendant. Il faut montrer que nous soutenons le processus de démocratisation".

Accords et conventions

Parmi les gestes symboliques de ce voyage, François Hollande saluera la mémoire du syndicaliste tunisien assassiné en 1952 Farhat Hached dans des conditions mystérieuses, à propos duquel la France a décidé d'ouvrir ses archives. Une dizaine de ministres et une quarantaine de chefs d'entreprise accompagneront François Hollande.

La délégation présidentielle inclut aussi le réalisateur Abdellatif Kechiche, lauréat de la Palme d'or 2013 du festival de Cannes pour son film "La vie d'Adèle". Une vingtaine d'accords et de conventions bilatérales portant notamment sur des projets de transport dans la région de Tunis et de formation des cadres de l'administration devraient être signés pendant ce voyage.

La question d'une conversion d'une partie de la dette tunisienne à l'égard de la France, d'environ un milliard d'euros, doit aussi être abordée, selon Paris. Au chapitre international, la situation éruptive en Egypte, en Libye et en Syrie, où sont engagés des centaines de Tunisiens, sera au coeur des discussions entre le président français et ses interlocuteurs.

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