l'armée irakienne se heurte à une forte résistance des djihadistes à tikrit
l'armée irakienne se heurte à une forte résistance des djihadistes à tikrit © reuters

Le président français est arrivé tôt ce matin à Bagdad pour apporter son soutien aux nouvelles autorités irakiennes, alors qu'une coalition internationale se forme pour lutter contre les djihadistes de l'État islamique, principale menace dans la région.

La France va établir avec ses partenaires européens "un véritable pont humanitaire" afin d'évacuer des réfugiés chrétiens d'Irak, a confirmé vendredi François Hollande.

Le président français s'est rendu dans un camp de réfugiés chassés par l'Etat islamique à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien. "Nous allons poursuivre avec l'Europe notre aide aux réfugiés", a déclaré par la suite François Hollande lors d'une brève intervention aux côtés du président kurde Massoud Barzani.

"Nous allons établir un véritable pont humanitaire et nous allons aussi traiter les cas les plus douloureux, les familles qui ont des liens avec la France et qui veulent venir pour un temps se réfugier auprès de leurs proches", a-t-il ajouté. Les effectifs du consulat de France à Erbil ont été renforcés afin de faire face à l'afflux de demandes d'asile.

12 heures sur place, le résumé de la journée par Luc Lemonnier

La France solidaire

Une fois sur place, le chef de l'État a souligné que la "solidarité de la France" à l'Irak était "politique", "sécuritaire" et "humanitaire", et a exprimé l'espoir qu'elle ouvre un nouveau chapitre des relations entre les deux pays.

Vous affrontez un ennemi, un groupe terroriste qui n'a pas de frontières mais des intérêts territoriaux, qui ne veut pas simplement faire la guerre à l'Irak mais à tous les peuples qui ne partagent pas cette vision fondée sur la terreur

Cette visite n'est pas seulement symbolique, à trois jours de la réunion à Paris d'une conférence internationale sur l'Irak. Et si la présidence a pris le risque d'annoncer en début de semaine cette visite en Irak (contrairement aux usages en matière de sécurité dans un pays dangereux) c'est, dit-on à l'Elysée, pour afficher le soutien de la France aux nouveau gouvernement irakien de rassemblement.

Accompagné de Laurent Fabius et Jean-Yves le Drian, François Hollande va discuter de la stratégie globale à appliquer contre les djihadistes de l'Etat islamique.

Au moment où la coalition décidée au dernier sommet de l'OTAN commence à se mettre en place, la France (qui pourrait participer à des frappes aériennes) veut rappeller qu'elle a pris l'initiative à une époque où elle était lâchée par les États-Unis. Cette visite du président français peut aussi être interprétée comme une contribution à la nouvelle implication américaine dans la région, annoncée par Barack Obama.

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Un voyage annoncé trois jours à l'avance, c'est un coup de canuf aux usages pour des déplacements dans des pays à haut risque, où le secret est généralement gardé jusqu'à la dernière minute.

Un choix très surprenant, pour Eric Dénécé, directeur du centre français sur le renseignement, même s'il y aura évidemment des mesures de sécurité importantes

Sur le plan diplomatique, Paris a l'intention de garder la main avec cet aller-retour médiatisé sur le sol irakien. François Holalnde rencontrera notamment son homologue irakien, le kurde Fouad Massoum, qu'il reverra dès lundi à Paris.Les deux hommes inaugureront ensemble au Quai d'Orsay la conférence sur la paix et la sécurité en Irak.

"Absurde et dangereux"

Cette intervention à venir en Irak ne parvient pas à convaincre tout le monde. Outre Jean-Luc Mélenchon, qui la "désapprouve totalement" et regrette qu'elle s'organise "sans tenir aucun compte de l'ONU", c'est l'ancien Permier Premier ministre (et ancien ministre des Affaires étrangères) Dominique de Villepin qui monte au créneau.

Il serait temps que les pays occidentaux, les Etats-Unis et l'Europe, tirent les leçons. Depuis l'Afghanistan, depuis treize ans, nous avons multiplié les interventions - Afghanistan, Irak, Libye, Mali -, pour quel résultat ? Il y avait en 2001 un foyer terroriste central, aujourd'hui il y en a près d'une quinzaine.

L'Etat islamique, c'est l'enfant monstrueux de l'inconstance et de l'arrogance de la politique occidentale. La montée en puissance des islamistes, c'est la conséquence de nos incohérences.

Dominique de Villepin s'était opposé à l'intervention en Irak américaine lancée en 2003, dans un discours aux Nations unies retentissant.

François Hollande, président de l'étranger ?

Cette visite c'est aussi, pour le président français, une respiration, très loin des affaires qui polluent son quinquennat. À l'etranger, François Hollande est plus à l'aise. On se souvient de cette visite au Mali, en février 2013, peu de temps après l'intervention française : c'était selon lui, "le jour le plus important de sa vie politique". Son entourage dément toutefois toute volonté de s'evader. Certes, l'un de ses amis concède que les séquences internationales sont meilleures pour lui, c'est indéniable. Mais ce même ami avoue que ce voyage en Irak, il s'en serait bien passé, pour pouvoir se concentrer sur la conférence de presse programmée jeudi prochain. Ce sera un brutal retour à des échéances politiques, qui ne seront pas sans danger pour la suite de son quiquennat.

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