[scald=88483:sdl_editor_representation]par Elizabeth Pineau et Yves Clarisse

PARIS (Reuters) - François Hollande, qui s'est engagé à renégocier le pacte budgétaire entériné lundi par l'Union européenne, risque d'ouvrir une crise avec l'Allemagne, qui y voit la condition sine qua non de son aide aux pays de la zone euro en difficulté.

Le candidat socialiste à l'élection présidentielle a annoncé que son premier voyage s'il est élu le mènerait à Berlin, où il entend convaincre la chancelière Angela Merkel de renégocier un texte qui a fait l'objet de longs pourparlers entre les Vingt-Sept avant son adoption par 25 pays à Bruxelles.

"S'il est élu, il demandera la renégociation de ce traité pour le compléter et le rééquilibrer (...) pour sortir l'Europe de la spirale de l'austérité", a déclaré mardi son directeur de campagne, Pierre Moscovici, au lendemain du Conseil européen.

Angela Merkel, qui a annoncé vouloir faire campagne pour Nicolas Sarkozy, a pourtant averti le favori des sondages qu'il s'exposerait à une fin de non-recevoir à Berlin.

"L'Europe ne pourrait pas fonctionner si tout ce qui a fait l'objet d'un accord était remis en question dès qu'un gouvernement change", a-t-elle dit lundi soir lors d'une conférence de presse après la réunion des Vingt-Sept.

Seules la Grande-Bretagne et la République tchèque ont dit qu'elles ne signeraient pas ce pacte, qui limitera à 0,5% leurs déficit primaire annuel sur l'ensemble du cycle économique et prévoit des sanctions automatiques pour les pays dont le déficit passerait la barre des 3% de PIB.

Ce pacte est largement inspiré des vues défendues par l'Allemagne et la Banque centrale européenne (BCE), qui le considèrent comme la première étape vers une union budgétaire pleine et entière au sein de la zone euro.

PAS DE CONFLIT FRANCO-ALLEMAND

Angela Merkel a fait référence à sa propre position lorsqu'elle est arrivée au pouvoir quelques semaines après l'ouverture d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne en 2005, à laquelle elle était totalement opposée: malgré ses réticences, elle n'a pas arrêté les pourparlers avec Ankara.

Cette détermination allemande ne semble pas effrayer les dirigeants socialistes, qui ne veulent pas d'une Europe par trop austère dotée d'une "règle d'or" mais de peu d'instruments de croissance imposée à leurs yeux par une chancelière toute puissante à un Nicolas Sarkozy qui serait affaibli.

"L'élection présidentielle provoque toujours un effet de légitimité puissant", a estimé Pierre Moscovici, qui note que le nouveau traité ne sera pas ratifié avant le scrutin. "La relation franco-allemande repart sur des bases renouvelées."

"Il ne s'agit pas d'entrer dans je ne sais quel conflit avec l'Allemagne ou avec la chancelière allemande (...). Tout n'est pas à retenir dans le supposé modèle allemand", a-t-il ajouté en se disant "convaincu que nous trouverons des partenaires".

François Hollande entend ainsi réitérer l'opération réussie en 1997: dès leur arrivée au pouvoir, les socialistes avaient à l'époque exigé la renégociation du pacte de stabilité de l'euro qui imposait des sanctions à l'encontre des pays qui laissaient filer leurs déficits, un texte déjà jugé trop punitif.

Après des mois de pourparlers, le ministre de l'Economie de l'époque, Dominique Strauss-Kahn, avait obtenu de rajouter un qualificatif à cet instrument, qui était devenu le "pacte de stabilité et de croissance".

QUELS ALLIÉS ?

Pierre Moscovici a reconnu que l'Europe n'était plus celle de 1997, mais que la crise obligeait à l'armer pour relancer une activité économique atone dans la zone euro.

Même si les dirigeants socialistes se montrent confiants sur la possibilité d'amadouer la chancelière, leur insistance à faire de la BCE le prêteur en dernier ressort de la zone euro, une revendication mise en sourdine par Nicolas Sarkozy, risque d'ajouter à la tension entre les deux dirigeants.

Il sera en outre difficile pour un nouveau pouvoir socialiste de trouver des alliés européens pour une renégociation d'un traité négocié dans la douleur.

Il ne les trouvera certainement pas dans les capitales qui, comme Athènes, Rome, Lisbonne ou Madrid, ont absolument besoin du soutien de l'Allemagne pour l'activation du futur Mécanisme européen de stabilité (MES), qui entrera en vigueur en juillet 2012 et sera doté d'une capacité effective de prêt aux pays en difficulté de 500 milliards d'euros.

Les pays "orthodoxes" de la zone euro ne sont pas non plus prêts à diluer le pacte budgétaire européen.

Angela Merkel devrait expliquer à François Hollande que la croissance n'est pas oubliée, le Conseil européen de lundi ayant d'ailleurs été consacré aux moyens de la relancer, mais que l'assainissement des comptes publics et l'adoption d'une règle d'or crédible sont une condition du retour de la confiance.

Les dirigeants européens devraient d'ailleurs débattre dès février du bien-fondé d'assouplir leurs objectifs de déficits afin de protéger la zone monétaire commune d'une trop forte contraction de l'activité économique.

Avec Julien Toyer et Ilona Wissenbach à Bruxelles, édité par Gilles Trequesser

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