[scald=70573:sdl_editor_representation]par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Attendu dimanche soir à Berlin, François Hollande devra faire montre de talents de diplomate jusqu'ici peu éprouvés à l'international pour éteindre l'incendie allumé par les propos emprunts de germanophobie récemment entendus dans son camp.

Première du genre, le candidat socialiste à l'élection présidentielle s'exprimera lundi matin au congrès du Parti social démocrate allemand (SPD) dirigé par Sigmar Gabriel.

Critique sur l'attitude jugée passive de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de la chancelière Angela Merkel sur la crise de l'euro, le député de Corrèze ne saurait toutefois, selon son entourage, laisser dériver le débat vers les rivages foulés cette semaine par Arnaud Montebourg.

"La question du nationalisme allemand est en train de resurgir au travers de la politique à la Bismarck de Mme Merkel", a déclaré le député PS en référence au conflit de 1870 qui fit le terreau la Grande Guerre 1914-1918.

Egalement mis en cause, les propos du député Jean-Marie Le Guen qualifiant la rencontre Sarkozy-Merkel de "Daladier à Munich", ce qui revient implicitement à comparer la chancelière à Adolf Hitler.

"Evitons les phrases qui blessent mais disons-nous la vérité", tranche François Hollande dans le Journal du dimanche.

Pour le candidat socialiste, il faut éviter de part et d'autre des déclarations "qui pourraient donner le sentiment que nous sommes en conflit alors que nous avons des différends qu'il nous appartient de régler dans l'intérêt général de l'Europe".

Il souligne que la chancelière Angela Merkel sera son interlocutrice s'il est élu à l'Elysée mais qu'il aura alors une "légitimité forte" pour construire avec l'Allemagne un "partenariat équilibré".

François Hollande avait auparavant laissé son directeur de campagne Pierre Moscovici et son conseiller spécial Jean-Marc Ayrault marquer sa désapprobation.

"Toute l'histoire de la construction européenne, dont nous avons été parmi les architectes, montre notre attachement à l'alliance franco-allemande", a plaidé Jean-Marc Ayrault.

"Le discours que François Hollande a été invité à prononcer devant le congrès du SPD à Berlin en est une nouvelle preuve", a ajouté le député-maire de Nantes, diplômé de langue allemande.

La droite s'est emparée du débat -à l'image du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé dénonçant le "jeu honteux" du PS avec la germanophobie-, tout comme la presse française.

"François Hollande serait avisé de demander fermement à ses troupes d'abandonner un vocabulaire et des accusations d'un autre siècle", écrit Le Monde dans un éditorial en "une" de son édition des 4 et 5 décembre.

LIENS AVEC LE SPD

Au-delà de cette polémique, les commentaires du candidat socialiste sont attendus sur le discours de crise prononcé jeudi à Toulon par Nicolas Sarkozy, à l'orée d'une semaine de tous les dangers pour la zone euro.

Attendue à Paris lundi, Angela Merkel tentera d'aplanir les divergences avec le chef de l'Etat afin d'exposer des propositions communes jeudi au Conseil européen.

François Hollande espère pour sa part rencontrer la chancelière début 2012.

"Si je me place dans l'hypothèse ou je pourrais être président de la République au mois de mai, Mme Merkel me regardera comme son interlocuteur", considérait-il devant la presse mercredi à Bruxelles.

"L'intérêt de l'Allemagne est d'avoir une Europe stable et en croissance, pas en désordre et en récession, donc notre intérêt est commun".

Pour consolider les liens avec le SPD, qui espère arriver au pouvoir lors des élections législatives de septembre 2013, François Hollande pourra s'appuyer sur l'appel commun signé en juin entre le PS et le SPD, qui évoque notamment l'urgente nécessité d'une taxe sur les transactions financières.

Après Madrid au lendemain de sa victoire à la primaire le 16 octobre, et Bruxelles cette semaine, Berlin est l'une des rares étapes à l'étranger de François Hollande -ancien premier secrétaire, élu local, mais jamais ministre.

Le candidat, en légère perte de vitesse dans les sondages, espère que ce voyage contribuera à une reprise en main après un début de campagne confus en termes d'organisation, marqué par des remous avec ses alliés écologistes et des flèches de la droite et du Front de gauche.

Tout juste installée dans ses locaux provisoires du quartier de la Madeleine à Paris, son équipe veut l'y aider en ciblant le bilan d'un Nicolas Sarkozy tenté de "cacher la poussière sous le tapis", prévient l'un de ses porte-parole, Bernard Cazeneuve.

Edité par Gérard Bon

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