Hollywood réagit petit à petit à l'interview d'Adèle Haenel et à l'enquête de Mediapart. L'actrice y accuse le réalisateur Christophe Ruggia de l'avoir harcelée et agressée sexuellement alors qu'elle était mineure. Il a été exclu de la Société des réalisateurs de films (SRF).

L'interview d'Adèle Haenel dans Mediapart a provoqué des réactions dans le milieu du cinéma
L'interview d'Adèle Haenel dans Mediapart a provoqué des réactions dans le milieu du cinéma © AFP / HANS PUNZ / APA-PICTUREDESK

Les déclarations d'Adèle Haenel, 30 ans, pourraient bien provoquer une onde de choc dans le milieu du cinéma. Mediapart a publié une longue enquête dimanche soir, avant une interview vidéo lundi soir, où la comédienne, âgée aujourd'hui de 30 ans, détaille les attouchements et le harcèlement sexuel qu'elle a subis lorsqu'elle était mineure, de 13 à 15 ans, de la part du réalisateur Christophe Ruggia. Le cinéaste avait alors entre 37 et 39 ans. Tous les deux se sont connus à l'occasion du film "Les Diables" de Christophe Ruggia, dans lequel jouait Adèle Haenel, pour la première fois au cinéma.

Il est vrai que le milieu du cinéma français n'a pas réellement vacillé après les révélations sur l'affaire Weinstein il y a deux ans, et l'émergence de MeToo. Pourtant, plusieurs actrices françaises ont témoigné dans la presse contre le producteur, et évoqué de nombreux faits présumés d'agressions sexuelles, voire de viols se seraient déroulés en France, à Paris ou lors du festival de Cannes.  

Il y a également les accusations portées contre Luc Besson, dont plusieurs plaintes pour viols déposées par la comédienne Sand Van Roy. L'affaire a dans un premier temps été classée sans suite. De quoi décourager certaines victimes. Le dossier vient tout de même d'être rouvert par un juge d'instruction

Dans cette affaire, les Américains avaient montré la France du doigt. Par exemple le New York Times qui avait publié un article s'interrogeant sur le quasi silence provoqué en France par les plaintes de Sand Van Roy. Mais cette fois-ci, Adèle Haenel semble avoir ébranlé le cinéma français, selon la presse américaine. 

"Nouvelle affaire MeToo en France"

Variety, quotidien spécialisé dans le cinéma, référence dans le milieu, revient ce mardi sur les propos d'Adèle Haenel, rappelant également l'affaire Besson. Il met l'affaire à sa une :

"Adèle Haenel, la star de Portrait de la jeune fille en feu, accuse un réalisateur de harcèlement sexuel pendant des années"

De son coté, le correspondant du New York Times à Londres Elian Peltier a relayé l'enquête de Mediapart très tôt après sa publication : "Nouvelle affaire MeToo en France, révélée, encore une fois, par Mediapart", écrit-il.

"Article coup de poing"

Le site people de Hollywood Deadline se concentre sur l'exclusion de Christophe Ruggia de la SRF, la Société des réalisateurs français, annoncée dans un communiqué lundi soir après la diffusion de l'interview de la comédienne. Ruggia en était le co-président. 

La SRF a exprimé son soutien total, son admiration et sa reconnaissance à la comédienne Adèle Haenel, et a annoncé une remise en question collective.

Le Hollywood Reporter évoque également l'exclusion de Ruggia de la SRF et qualifie l'enquête de Mediapart "d'article coup de poing".

The Hollywood reporter s'interroge également : "Adèle Haenel a notamment expliqué que 'Ruggia l’invitait chez lui pour regarder des films, l'embrassait dans le cou et essayait de la toucher'. Pourquoi personne n’est intervenu ?"

"Une tradition française qui veut qu'on ne mentionne pas publiquement la vie privée des personnes en vue"

Spécialisé dans le cinéma, le site internet Screen Daily titre à son tour : "L'actrice Adèle Haenel accuse un réalisateur de harcèlement sexuel et ravive en France le débat #MeToo". L'article évoque "la tradition française qui veut qu'on ne mentionne pas publiquement la vie privée des personnes en vue, qui a pesé sur le débat MeToo".

"Malgré des rumeurs de harcèlement sexuel en lien avec des producteurs, des réalisateurs et d'autres professionnels du monde du cinéma, très peu ont été nommément cités dans les médias". 

De son côté, Melissa Silverstein, fondatrice du site "Women and Hollywood", qui promeut la diversité de genre et l'inclusion dans le monde du cinéma, voit dans l'exclusion de Christophe Ruggia et le soutien apporté par la SRF à l'actrice le signe d'un tournant dans les mentalités. 

CNN a finalement repris les accusations d'Adèle Haenel vendredi 8 novembre. Et a repris les soutiens des deux comédiennes Marion Cotillard et Julie Gayet sur Instagram. Marion Cotillard a écrit : 

Ton courage montre ton incomparable générosité envers les femmes et les hommes, les jeunes actrices et acteurs, pour tous les êtres abimés qui savent grâce à toi qu'ils ne doivent pas subir une telle violence.

Julie Gayet a posté : 

Haenel a parlé pour toutes les victimes toujours dans l'ombre

Dernière réaction en date, celle de Rosanna Arquette. La comédienne américaine expliquant être fière d'Adèle Haenel avec laquelle elle a dîné.

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