[scald=90423:sdl_editor_representation]par Dominic Evans

BEYROUTH (Reuters) - Des affrontements meurtriers se sont poursuivis en Syrie lundi dans la ville de Homs, alors que la communauté internationale se déchire sur l'attitude à adopter face à Bachar al Assad après le veto russo-chinois à l'Onu.

A Homs, théâtre d'une vaste offensive depuis la semaine dernière, les forces syriennes ont repris leurs bombardements au petit matin, tuant 50 personnes dans plusieurs quartiers de la ville, rapportent des activistes.

"Le décompte que nous avons reçu de la part de différents militants à Homs depuis le début des bombardements ce matin à six heures est de 50 (tués), surtout des civils", a déclaré à Reuters Catherine al Talli, membre du Conseil national syrien.

"Le régime se comporte comme s'il était à l'abri d'une intervention internationale et qu'il avait les mains libres pour faire usage de la violence contre le peuple", a-t-elle ajouté.

De nombreuses voix comparent le veto russo-chinois, qualifié de "grave erreur de jugement" par le secrétaire au Foreign Office, William Hague, à un blanc-seing donné par Moscou et Pékin à la répression menée par le régime de Bachar al Assad.

"Avec ce veto, deux pays ont pris la responsabilité de la poursuite de la violence et du bain de sang", a dit un porte-parole du gouvernement allemand. "Le président Assad n'a plus rien à faire à la tête de son pays. Nous l'appelons à ouvrir la voie à une transformation pacifique en Syrie", a-t-il ajouté.

RISQUE DE GUERRE CIVILE

La Ligue arabe, à l'origine du projet de résolution du Conseil de sécurité, a de son côté mis en garde contre le risque d'une "guerre civile".

"Nous suivons avec une grande anxiété et beaucoup d'exaspération le développement de la situation en Syrie, l'escalade des opérations militaires à Homs et dans les zones rurales autour de Damas, ainsi que le recours de l'armée syrienne aux armes lourdes contre des civils", souligne dans un communiqué le secrétaire général de la Ligue arabe.

Cette escalade, conclut Nabil Elarabi, réunit les "conditions d'une dérive vers la guerre civile".

La mise en garde de l'organisation panarabe, qui a suspendu le 28 janvier sa mission d'observation en Syrie, fait écho à l'annonce de la constitution par des déserteurs de l'armée syrienne d'un "Conseil suprême révolutionnaire" visant à "libérer" la Syrie.

Cet organe, destiné à remplacer l'Armée syrienne libre, est présidé par le général Moustafa Ahmed al Cheikh, plus haut gradé parmi les déserteurs, qui est en exil en Turquie.

Face à la dégradation de la situation, les Etats-Unis ont annoncé la fermeture de leur ambassade à Damas, mais Barack Obama a une nouvelle fois plaidé pour un règlement pacifique de la crise.

"Je pense qu'il est très important pour nous d'essayer de résoudre cela sans recourir à une intervention militaire extérieure et je pense que c'est possible", dit le président américain dans un entretien diffusé par la chaîne NBC.

Cette déclaration du chef de la Maison blanche semble avant tout destinée à rassurer Moscou et Pékin, qui se sont employées lundi à justifier leur veto par une volonté de ne pas "prendre parti" dans le conflit.

Mais selon des analystes, cette position est surtout motivée par la crainte des deux pays de voir se reproduire le scénario libyen, où ils accusent les Occidentaux d'avoir outrepassé le mandat de l'Onu en intervenant militairement.

"HYSTÉRIE OCCIDENTALE"

Attendu lundi à Damas pour une mission de médiation, le ministre russe des Affaires étrangères a haussé le ton contre les condamnations occidentales

"Certaines des déclarations que l'on entend en Occident à propos du résultat du vote au Conseil de sécurité des Nations unies sont, il me semble, inappropriées, à la limite de l'hystérie", a déclaré Sergueï Lavrov.

Selon lui, le refus des pays occidentaux de repousser le vote de la résolution montre qu'il était plus important pour eux "de pouvoir rejeter la faute sur quelqu'un plutôt que de parvenir à un consensus au Conseil de sécurité, qui était pourtant tout à fait réalisable".

Un rapprochement des positions des pays membres du Conseil de sécurité devait être au coeur d'un entretien téléphonique entre Nicolas Sarkozy et son homologue russe Dmitri Medvedev lundi après-midi.

Selon certains analystes, la Russie peut encore jouer un rôle pour pousser Bachar al Assad vers la sortie et préserver ainsi ses intérêts en Syrie, son dernier allié au Proche-Orient et un client important de son industrie d'armement.

La meilleure option de Moscou pourrait être "une transition contrôlée vers un nouveau régime, sans Assad mais édifié autour des loyalistes de la dynastie Assad", estime Shashank Joshi, chercheur au Royal United Services Institute, un cercle de réflexion militaire britannique.

Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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