Ce dimanche, les Hongkongais manifestaient à nouveau en masse contre le projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine, un projet déjà suspendu mais dont il réclame l'abandon pur et simple. Jusqu'à pousser la cheffe du gouvernement, Carre Lam, à présenter "des excuses".

Des centaines de milliers de manifestants ont afflué vers le centre de l'île de Hong Kong ce 16 mai 2019
Des centaines de milliers de manifestants ont afflué vers le centre de l'île de Hong Kong ce 16 mai 2019 © AFP / Hector Retamal

C'était une manifestation bien différente des précédentes. En particulier de celle de mercredi dernier, émaillée de violences policières et qui donnait l'impression d'un pouvoir local aussi intraitable que dépassé par les événements. L'île avait alors connu les pires violences depuis 1997 et sa rétrocession à la Chine, point de départ d'un bras de fer quasi constant entre Pékin et Hong Kong sur la question des libertés publiques, notamment. Au total, 80 personnes avaient été blessées (dont 22 policiers). Un homme de 35 ans avait même fait une chute mortelle, le samedi suivante, en tombant du toit d'un centre commercial où il était grimpé pour tenir une banderole.

Ce dimanche, quelque chose semblait différent. L'ampleur de la manifestation a été sans commune mesure avec la précédente : deux millions de personnes dans la rue, selon les organisateurs, soit deux fois plus que la semaine précédente, le dimanche 9 juin, pour réclamer la même chose : le retrait inconditionnel d'un projet de loi facilitant des extraditions judiciaires vers la Chine.

Un projet dont les opposants craignent qu'il ne permette de multiplier les arrestations et extraditions politiques, l'organisation du système judiciaire côté Pékin étant très dépendante du parti au pouvoir.

C'est tout simplement la plus grosse manifestation qu'ait connu l'île depuis la rétrocession. Au total, Hong Kong héberge sept millions de personnes. Si l'on en croit les leaders du mouvement, près d'un habitant sur trois était donc dans la rue ce dimanche. La manifestation avait été autorisée par la police le 14 juin.

En images, cela donne cette marée humaine impressionnante (et qui s'écarte lorsque passe une ambulance) :

Parmi les manifestants, des représentants de toutes générations et toutes origines : jeunes ou moins jeunes inquiets pour l'avenir de la génération suivante, activistes, familles, intellectuels... Un homme d'affaires explique ainsi qu'il a voulu venir car "les plus jeunes ont beaucoup à perdre. Moi, j'ai bientôt 50 ans, donc je vois les choses différemment... Mais beaucoup de gens sont tristes pour cette jeunesse, qui n'a pas connu ce que nous avons connu. Tout ce que nous voulons, c'est la liberté de parole, la liberté d'expression, les droits de l'homme !"

Le gouvernement "s'excuse"

Ultime coup de théâtre, après avoir déjà annoncé la veille une suspension du projet, la chef de l'exécutif (pro-Pékin) Carrie Lam a fini par présenter "des excuses", reconnaissant que "les lacunes dans le travail du gouvernement ont entraîné beaucoup de conflits et de querelles dans la société hongkongaise".

"La cheffe de l'exécutif présente ses excuses aux citoyens et promet d'accepter les critiques avec le plus de sincérité et d'humilité possible", précise son communiqué

Le pouvoir a également annoncé la libération du militant démocrate Joshua Wong, renvoyé en détention jeudi dernier, suite à une condamnation pour son rôle dans un autre mouvement social, la "Révolte des parapluies" en 2014. Il avait alors 17 ans.

Un changement de cap et des excuses qui arrivent sans doute un peu tard : les Hongkongais ont très mal vécu les violences contre leur jeunesse mercredi dernier, et la crise semble loin d'être désamorcée.

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