Le pouvoir chinois impose depuis mardi soir une loi sur "la sécurité nationale" à Hong Kong. Une réponse aux gigantesques manifestations de l’année dernière. Seul objectif : faire passer l'ex-colonie britannique du chaos à l’ordre, quitte à étouffer les libertés de ce territoire semi-autonome.

Manifestation mercredi à Hong Kong contre la promulgation de la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin
Manifestation mercredi à Hong Kong contre la promulgation de la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin © AFP / DALE DE LA REY / AFP

Une loi qui sème la colère. Attendue depuis plusieurs semaines, la loi sur la "sécurité nationale" à Hong Kong a été promulguée mardi en Chine. Elle est entrée symboliquement en vigueur mardi soir à 23h00, soit une heure avant le 23e anniversaire de la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine.

Hong Kong, la ville la plus libre de Chine, entre dans une ère d’autoritarisme qui inquiète la plupart des habitants et des pays démocratiques. Cette nouvelle loi donne au régime communiste des pouvoirs judiciaires sans précédent. Elle est la réponse de la Chine aux gigantesques manifestations de l’an dernier. Près de 2 millions de Hongkongais défiaient alors le gouvernement central pour demander plus d'autonomie. Un affront que n’a pas toléré Pékin.

Prison à perpétuité et libertés fragilisées

La loi comprend six chapitres de 66 articles qui puniront quatre crimes : la sécession, la subversion, le terrorisme et la collusion avec l’étranger.  Ces crimes pourront conduire à la prison à perpétuité (ou un minimum 10 ans). Détruire un véhicule de transport ou un équipement public sera désormais considéré comme un acte terroriste. L’année dernière, des manifestants s’en étaient pris plusieurs fois au métro de Hong Kong.

Les ONG étrangères et les groupes d’activistes seront encadrés étroitement, ainsi que la liberté de parole, de la presse et de publication, le droit de se rassembler ou de manifester. Les pouvoirs publics prendront "les mesures nécessaires pour renforcer l'encadrement (...) des organisations non gouvernementales étrangères ou extérieures et des organes d'information", précise l'article 54 de la loi. Toute personne qui sera reconnue coupable d’enfreindre la loi ne pourra pas se présenter aux élections. 

Principal objectif : "faire peur"

Pékin reprend la main en ayant la responsabilité principale sur les affaires de sécurité intérieure, à travers son nouveau "bureau de sécurité nationale". Ce bureau relèvera directement du pouvoir central à Pékin et non du gouvernement local de Hong Kong. Il aura pour tâche de "réunir et analyser des renseignements et des informations" et de "s'occuper" des infractions en matière de sécurité nationale.

La loi vise aussi bien les résidents de Hong Kong que les étrangers. Des cas pourront être jugés en Chine continentale. En effet, l'article 55 stipule que des dossiers peuvent être transmis à la justice en Chine continentale, perçant une brèche dans l'indépendance judiciaire de Hong Kong (c'est d'ailleurs un projet similaire qui avait mis le feu au poudre et provoqué la vaste mobilisation précédente).

Les affaires susceptibles d'être transmises sur le Continent sont celles qui impliquent "un pays étranger ou des éléments extérieurs", qui relèvent d'une "situation grave" ou encore d'une "menace majeure et imminente" à la sécurité de l'État.

Pour Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique, auteur de La Puissance chinoise en 100 questions (éditions Tallandier), "cette manière d'imposer les choses et de façon très rapide est inédite de la part de Pékin. Elle démontre la volonté de la Chine, de ne plus se laisser faire et donc d'imposer sa volonté, quel que soit le coût que cela puisse avoir en termes de réputation ou d'image pour la Chine elle-même". Pour le pouvoir chinois, "ce qui compte c'est de montrer qu'il est puissant alors que, par ailleurs, à la suite de la crise du Covid-19, il fait face à des problèmes sociaux importants en Chine".

En promulguant cette loi :

Il s’agit d'affirmer très fortement la force du pouvoir chinois, sa capacité à tout contrôler grâce à cette loi qui est destinée, entre guillemets, à faire peur à tous ceux qui souhaiteraient continuer à s'exprimer et à manifester, à publier ou à faire des recherches à Hong Kong.

Au moins 180 arrestations

Pour Carrie Lam, cheffe de exécutif hongkongais soutenue par Pékin, cette loi vise "une très petite minorité" de personnes. Le régime chinois parle lui de "glaive" au-dessus de la tête des hors-la-loi de Hong Kong. Dès la promulgation, de nombreux pays ont dénoncé cette loi. Les États-Unis évoquent un "triste jour" pour la Chine, Londres dénonce une "violation manifeste de l’autonomie" de son ancien territoire, et 27 pays de l’ONU demandent à la Chine de réexaminer le texte.

Moins de 24 heures après l'entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale, la police a procédé aux premières arrestations à Hong Kong en vertu de ce texte. Les forces de l'ordre arrêté au moins 180 personnes alors que des milliers de Hongkongais s'étaient rassemblés pour marquer le 23e anniversaire de la rétrocession de l'ex-colonie britannique à la Chine.

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