Jonas Chan a 30 ans. Né dans une famille modeste, cet ancien employé d'une entreprise immobilière est engagé depuis juin dans le mouvement qui secoue le territoire semi-autonome. Au point d'y consacrer ses journées. Portrait.

Un samedi de manifestation à Hong Kong.
Un samedi de manifestation à Hong Kong. © Deacon Lui / EYEPRESS

C’est en lisant le message envoyé à tous les employés de son entreprise, l’une des 4 "majeures” de l’immobilier de Hong Kong, que Jonas Chan (qui a choisi un nom d’emprunt de peur d’être identifié par les autorités chinoises) a décidé de claquer la porte. Son supérieur y rappelait que "l’entreprise devait rester neutre" et qu’il était donc inapproprié, et même inacceptable, de prendre position en faveur du mouvement d’opposition. Pourtant son "chef", lui,  se vante bien d’aller à des manifestations "bleues", pro-gouvernement, pro-Chine et pro-Police. 

Jonas Chan allait avoir 30 ans et renonça à son ambition d’atteindre le rang de "manager", qui lui donnerait un salaire lui permettant un jour d'acheter un petit logement. Il avait de toutes façons bien prévu d’aller à la première grande manifestation du 9 juin, en blanc, suivie de celle du 12 juin, qui marqua les premières violences policières. "J’ai mis un point d’honneur à démissionner le 9 juin", déclare-t-il. 

Depuis, il consacre dix à douze heures par jour au mouvement et a participé à quasiment toutes les manifestations. Sur son téléphone, des dizaines de conversations défilent. Dans la messagerie Telegram, certains des forums auxquels il participent indiquent près de 100 000 messages non lus. "C’est difficile de digérer toutes ces informations. Il y a des groupes et des sous-groupes et des sous-sous-sous groupes, par zone, spécialité, âge. Par exemple moi si je prends une fonction confiée aux 30-40 ans, je me retrouve avec des gens que je ne connais pas."

À la disposition des manifestants

Jusque-là, il faisait partie de ceux que l‘on appelle ici les “combattants du clavier”, les "keyboard fighters".  “Je faisais des commentaires sur de nombreux forums en ligne, mais je n’ai jamais publié le moindre essai.” Mais depuis le début mouvement, il a un rôle actif et de terrain. Il a même emprunté de l’argent à un oncle pour louer une voiture et s’est mis à la disposition des manifestants pour les raccompagner chez eux après les manifestations, quand le métro est arrêté. 

Né dans une famille démunie, dans la partie nord des nouveaux territoires, limitrophe de la Chine continentale, moins développée et moins riche que le reste de la région, Jonas a eu une enfance particulièrement dure. Sa mère s’était mis en tête d’avoir douze enfants après avoir vu le film “La mélodie du bonheur”. 

Son père, qui travaillait comme journaliste dans des médias chinois, déserta le domicile conjugal qui comptait déjà cinq enfants, une rareté, pour ne pas dire une bizarrerie, à Hong Kong. Jonas ne l’a jamais vu que rarement, la dernière fois, il y a sept ou huit ans. Ce sont finalement ses aînés qui s’occupèrent principalement de lui. Son enfance difficile lui fait réaliser d’autant mieux l’immense disparité et écart de fortune qui existe à Hong Kong. 

Les gens qui manifestent sont pour la plupart des pauvres ou des classes moyennes. Ils sont bien éduqués mais ils savent qu’ils ne seront jamais riches ou même capables de s’acheter un logement. Ils n’ont pas grand chose à perdre. Mais ceux qui ont des biens immobiliers, dont la valeur risque de chuter, eux, sont opposés à ce mouvement parce qu’ils ont peur d’y perdre.

"Les gens qui manifestent sont pour la plupart des pauvres ou des classes moyennes. Ils sont bien éduqués mais ils savent qu’ils ne seront jamais riches ou même  capables de s’acheter un logement".
"Les gens qui manifestent sont pour la plupart des pauvres ou des classes moyennes. Ils sont bien éduqués mais ils savent qu’ils ne seront jamais riches ou même capables de s’acheter un logement". / Delphia Ip / NurPhoto

Convaincu par le modèle américain

À cause de sa scolarité dans une école dite "de village" où l’anglais était à peine enseigné, il a dû étudier l’anglais seul pendant deux ans avant d’être admis à l’université pour y faire des études commerciales. Mais l’histoire et l’économie sont ses matières préférées. Son premier voyage d’échange aux États-Unis, six mois à New York, lui ouvre les yeux et l’émerveille.  

Tout au long de ma scolarité, j’avais subi une forme de lavage de cerveau sans doute semblable à ce qu’ont les élèves en Chine et que l’on trouve dans les quartiers ou zones les plus pro-chinoises de Hong Kong. J’ai  compris pourquoi les Américains sont si arrogants et prétendent que leur pays est le meilleur. J’en ai été moi même convaincu !

Il pense désormais à l’occidentale mais rappelle aussi que tous les manifestants sont sincèrement attachés à Hong Kong et même à la Chine. Ce qu'ils n'aiment pas, c'est le régime communiste. "Pourquoi le gouvernement est tellement déraisonnable ? Pourquoi nous provoque-il de la sorte ?"  demande-t-il. 

Mais ses économies ont fondu. Il va devoir retrouver un emploi, au plus tard en octobre. Jonas Chan pense de toute façon que le gouvernement chinois va faire en sorte de tout arrêter avant le 1er octobre, pour que la grande cérémonie des 70 ans de la République de Chine populaire ne soit pas gâchée par les problèmes de Hong kong. 

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