Le premier ministre Viktor Orban ce dimanche dans un bureau de vote
Le premier ministre Viktor Orban ce dimanche dans un bureau de vote © Reuters

Accusé par l'Union européenne de malmener l'Etat de droit et de flatter les sentiments nationalistes en Hongrie, Viktor Orban s'apprête pourtant à remporter dimanche une victoire confortable aux élections législatives, qui pourraient également être marquées par une bonne performance du parti d'extrême droite Jobbik.

Un sondage de l'institut Median publié jeudi donne 36% des intentions de vote au parti Fidesz du Premier ministre, inchangé par rapport au mois dernier, 18% à l'alliance de la gauche hongroise, qui s'effondre de cinq points, et 15% au Jobbik (+1).

Avec une telle marge, Viktor Orban est assuré d'obtenir suffisamment de sièges pour former un nouveau gouvernement, signe que les critiques venues des partenaires européens de Budapest ou du monde des affaires n'ont pas prise sur l'électorat.

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Dictateur pour les uns, premier ministre modèle pour les autres, Viktor Orban domine toujours la scène politique. Les explications de Florence La Bruyère.

La seule question est de savoir s'il conservera sa majorité qualifiée des deux tiers au Parlement, qui lui permet de modifier la Constitution. A cinquante ans, Viktor Orban, issu de l'anticommunisme, se présente comme le défenseur de la souveraineté nationale.

Des réformes économiques très discutées

Chef du gouvernement de 1998 à 2002, de retour au pouvoir à la faveur des législatives de 2010, il a réformé la banque centrale, modifié la fiscalité avec l'entrée en vigueur d'un taux unique d'imposition des revenus et l'augmentation de l'impôt sur les sociétés, renforcé le poids de l'Etat dans l'économie, imposé des baisses des tarifs de l'énergie.

Le secteur bancaire en a souffert et des entreprises étrangères, notamment dans le domaine de l'énergie, ont réduit leurs activités en Hongrie.

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Orban affirme lui que cette politique était nécessaire pour stabiliser les finances publiques du pays et éviter un effondrement "à la grecque". De fait, le budget s'est stabilisé, le déficit public a été ramené sous les 3% du PIB et la Hongrie est sortie de la récession début 2013.

Mais l'OCDE estime que la politique d'Orban est un frein à la croissance. Dans un rapport paru fin janvier, l'Organisation de coopération et de développement économiques préconise notamment de "réduire progressivement les impôts spéciaux introduits ces dernières années et de s'appuyer plutôt sur des instruments plus favorables à la croissance".

Ses détracteurs dénoncent un recul de la liberté de la presse

Les détracteurs de Viktor Orban lui reprochent aussi une altération de l'équilibre des pouvoirs et un recul de la liberté de la presse. La réforme constitutionnelle menée l'an dernier a notamment été critiquée par l'Union européenne, les Etats-Unis et des associations de défense des libertés civiles.

D'après Human Rights Watch :

Les changements juridiques introduits par le gouvernement ont continué de menacer l'Etat de droit et d'affaiblir les protections en matière de droits humains.

Orban contre les "troupes de bureaucrates de Bruxelles"

Viktor Orban, qui dénonce les "troupes de bureaucrates de Bruxelles" et refuse les diktats du Fonds monétaire international, sait que nombre de ses compatriotes pensent que leur pays n'est pas comme le reste de l'Europe et soupçonnent le monde extérieur de leur en vouloir. Cette conviction remonte aux premiers temps du peuplement du pays, au IXe siècle, par des migrants arrivés de l'actuelle Russie centrale et ethniquement différents des peuples slaves ou germaniques.

"Il existe ce sentiment que les Hongrois sont mal compris. Cela fait partie de leur Histoire. Et Orban sait comment toucher cette fibre", relève un diplomate européen.

Jour de vote en Hongrie
Jour de vote en Hongrie © Idé
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