La ville syrienne d'Idlib rassemble près de 60 000 combattants rebelles. Pour le régime de Damas, ils sont tous considérés comme terroristes et il faut tous les éliminer. Qui sont ces groupes rebelles ? Eclairage avec David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique (Ifas).

A Idlib, les rebelles résistent en ordre dispersé face à un régime syrien déterminé à reprendre le contrôle de son territoire.
A Idlib, les rebelles résistent en ordre dispersé face à un régime syrien déterminé à reprendre le contrôle de son territoire. © AFP / Aaref Watad

C'est la dernière poche de résistance en Syrie : Idlib, au nord-ouest du pays, à la frontière avec la Turquie. Les forces du régime syrien, appuyées par les alliés russes mènent d'intenses bombardements depuis plusieurs jours.

David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique (Ifas), nous explique qui sont ces quelque 60 000 combattants rebelles sur qui s'acharnent les hommes d'Assad.

Qui sont ceux que l'on qualifie de "rebelles" à Idlib ?

La province d'Idlib regroupe aujourd'hui un concentré explosif de tout le spectre des activistes anti-Bachar Al-Assad, des plus modérés, de l'ex-Armée syrienne libre aux proches des Frères musulmans et avec à l'extrême opposé, des djihadistes les plus radicaux, proches d'Al-Qaïda.

Les rebelles d'Idlib forment une mosaïque qui regroupe toutes les sensibilités avec aujourd'hui une empreinte djihadiste très marquée.

Dans cette mosaïque, qui sont les principaux combattants ?

La principale organisation, présente sur 60 % de la province d'Idlib, c'est Hayat Tahrir Al-Sham, l'Organisation de libération du Levant, qu'on appelle aussi Hetech, en écho péjoratif à Daech. Ce groupe a pris forme en janvier 2017. Il est le dernier avatar de groupes plus anciens. Initialement, c'était Jabat Al-Nosra, en janvier 2012, c'est-à-dire une organisation proche d'al-Qaïda. Ce groupe est le plus important dans la zone d'Idlib. On peut estimer qu'il regroupe près de 30 000 combattants. Ce noyau dur de combattants s'est imposé depuis 2014-2015, en expulsant les combattants de l'organisation État islamique (EI), dont les résidus sont dispersés à travers la Syrie.

Le projet [des rebelles] était de créer un émirat islamique centré géographiquement sur la province d'Idlib. Ce projet est la fois idéologique et territorial, d'où les tensions avec l'EI, qui voulait s'imposer sur l'ensemble de la Syrie.

En terme d'idéologie, Hayat Tahrir Al-Sham insiste sur la dimension nationale, pour minimiser le rôle des étrangers, qui sont très présents dans d'autres groupes, notamment l'EI.

Quelles sont les autres forces en présence ?

En face de Hayat Tahrir Al-Sham, un autre groupe s'est formé sous tutelle turque, afin de contrebalancer le poids de Hetech. Cette organisation, qui réunit une douzaine d'autres groupes pro-turcs, a été fondée le 28 mai 2018. Il s'agit du Front national de libération, Jabat Al-Wataniya Al-Tahrir.

Pour la Turquie, il s'agit d'imposer une obédience Frères musulmans à un ensemble de groupes qui relevaient plutôt pour certains du salafisme pro-saoudien.

Jabat Al-Wataniya Al-Tahrir ambitionne de contrôler l'ensemble de la province d'Idlib. Le groupe doit aussi donner des gages aux Russes et aux Iraniens en faisant disparaître les djihadistes de la région.

D'autres groupes se revendiquent d'une ascendance étrangère, notamment le Parti islamique du Turkestan, qui compte en son sein des Ouïghours et qui a maintenu ses liens avec Al-Qaïda, voire avec Daech. Ses membres sont regroupés près de la zone de Jisr Al-Choghour.

Il y a également des Ouzbeks et des Tchétchènes, qui, eux, ne se revendiquent ni de l'organisation pro-turque, ni de Hayat Tahrir Al-Sham. Leur objectif est de s'inscrire dans le combat djihadiste global. Enfin, il ne reste que quelques cellules de Daech – à peine un millier de combattants à Idlib – mais elles ne sont pas structurées.

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