Quatre officiers français déployés au Sahel dans le cadre de l'opération anti djihadiste Barkhane ont été testés positifs au Covid-19. Il s'agit des premiers cas publics de coronavirus parmi les milliers de militaires français projetés à travers le monde. Explications avec Jean-Marc Tanguy, spécialiste de la défense.

Impossible, pour les soldats, d'adapter les gestes barrière quand ils sont en opération.
Impossible, pour les soldats, d'adapter les gestes barrière quand ils sont en opération. © Radio France / Michele Cattani

Les 5.100 hommes de l'opération Barkhane constituent la principale opération extérieure des armées françaises en collaboration avec les pays du Sahel : Mali, Burkina Faso, Niger, Mauritanie et Tchad. Et c'est la première qui connait des cas de coronavirus. Le ministère des Armées est donc obligé de prendre des mesures pour endiguer la propagation de la maladie. Ce qui est loin d'être facile pour des soldats en opération, explique Jean-Marc Tanguy, spécialiste des sujets de défense, journaliste au magazine Raids.

FRANCE INTER : Quelles mesures le ministère des Armées prend-t-il lors des départs en opération extérieure pour lutter contre l’épidémie ?

JEAN-MARC TANGUY : "Il y a une précaution pour les troupes qui partent de métropole pour aller vers les zones d’opération, principalement aujourd’hui le Sahel. Les personnels sont pré-confinés pendant quatorze jours avant de prendre l’avion qui va les amener sur leur zone de déploiement. Ces confinements sont réalisés notamment à Miramas, près de la base aérienne d’Istres, d’où peuvent partir les avions et à Saint-Mandrier dans le Var sur la rade de Toulon."

Qu’est-ce qui peut être fait en opération extérieure et au retour contre la propagation du virus ?

"Depuis la guerre d’Afghanistan, il y a un sas qu’on appelle 'psychologique' qui est réalisé sur une île de Méditerranée et qui actuellement ne peut pas être fait. Cela risquerait d’amener à une contamination des soldats français. Ce qui est clair, c’est que forcément, et comme dans la population, les cas vont augmenter puisqu’un militaire qui est en opération normalement ne peut pas être confiné. Il va se retrouver dans des espaces qui sont très réduits, la soute d’un hélicoptère, un blindé dans lequel huit personnes vont prendre place, donc en fait il est impossible de se confiner en opération, sauf à arrêter les opérations elles-mêmes."

L’épidémie oblige quand même l’armée à s’adapter ?

"Au fur et à mesure que des cas vont se produire - et des cas se sont déjà produits pour l’opération Barkhane - on est forcément obligé, d’abord de les rapatrier, et ensuite de prendre des précautions. Une fois également que des contaminations sont établies au niveau local, on est obligé de confiner des gens qui pourraient éventuellement avoir contracté la maladie auprès de ces personnes en les côtoyant."

Sur le terrain, même en opération extérieure, les militaires vont devoir appliquer de nouvelles règles ?

"C’est relativement simple puisque le coronavirus joue de la même manière qu’avec les citoyens français qui se confinent chez eux. Il y a des gestes barrière à avoir. C’est difficile en opération extérieure, par contre vous pouvez expliquer aux soldats, s’il y a un risque sur une base, qu’il est mieux d’avoir un mètre ou un mètre cinquante entre eux, par exemple au mess, et cela c’est une façon d’adapter le rythme."

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