79,5 millions de déplacés et réfugiés en 2019, c’est un record. Jamais, en quelque 70 ans d’existence, le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU n’avait enregistré autant de déplacements forcés dans le monde. Le rapport 2019 vient de sortir et le paysage qu’il dessine pourrait être encore aggravé par la pandémie.

Déplacés syriens dans le sud de leur propre pays.
Déplacés syriens dans le sud de leur propre pays. © AFP / Sputnik

Jamais le Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) n'avait comptabilisé autant de réfugiés et déplacés dans le monde. 79,5 millions de personnes déracinées fin 2019 selon son tout dernier rapport Tendances mondiales. Un peu plus de la moitié (45,7 millions) sont déplacés dans leur propre pays. "Le constat est alarmant", commente Céline Schmitt porte parole du HCR, "et nous montre l'urgence de trouver ensemble des solutions dans le monde entier".

Des conflits sans fin

Ce record s’explique par le fait que de nombreux conflits s'éternisent : l’Afghanistan,  depuis 50 ans, la guerre en Syrie qui va entrer dans sa dixième année. La Syrie fournit d’ailleurs à elle seule quelque 13,2 millions de réfugiés et déplacés. 

Mais il y a eu en 2019 de nouvelles vagues aussi en République démocratique du Congo, au Sahel, au Yémen. Des conflits anciens et de nouveaux… Les trois quarts des réfugiés (77%) à travers le monde sont pris au piège de conflits sans issue. 

Des réfugiés toujours plus nombreux et un espoir de retour qui s’amenuise. C’est un autre des enseignements du rapport. Il y a 30 ans, 1 million et demi de réfugiés en moyenne pouvaient chaque année espérer revenir dans leur pays d'origine, c’est moins de 400 000 aujourd’hui. 

"Nous assistons à un changement de réalité où les déplacements forcés sont à la fois beaucoup plus fréquents, et où le phénomène n'est plus à court-terme et transitoire",  explique Filippo Grandi, le Haut commissaire des Nations Unies. "On ne peut attendre des gens qu'ils vivent dans la tourmente pendant des années, sans possibilité de rentrer chez eux ou de se bâtir un avenir là où ils se trouvent."

La pandémie vient alourdir le fardeau

La pandémie pourrait aggraver leur situation. La fermeture des frontières risque de compliquer encore davantage les retours mais il est un peu tôt pour en tirer des enseignements, souligne Céline Schmitt. "Ce qui est sûr, en revanche, ajoute-t-elle, c'est que cette crise sanitaire du Covid-19 a déjà eu un impact sur les réfugiés pour ce qui concerne la santé mais aussi en terme socio-économiques." Si l'on prend l'exemple des quelque 6,6 millions de Syriens qui ont fui principalement dans les pays voisins depuis plusieurs années, beaucoup sont sous le seuil de pauvreté et le Covid a encore amplifié leurs difficultés. 

"Nous avons interrogé les réfugiés syriens au Liban au mois de mai", explique la porte-parole : "Plus de la moitié d'entre eux nous ont déclaré qu'ils avaient perdu leurs moyens de subsistance, leur emploi, souvent ce sont des emplois journaliers dans le secteur informel. Des emplois qui ont disparu avec le ralentissement économique entraîné par la pandémie. Plus de 70% d'entre eux nous ont dit que leurs revenus avaient baissé, et qu'ils avaient dû réduire le nombre de repas quotidiens."

Des témoignages similaires ont également été recueillis en Libye et au Sahel. Car l'immense majorité des personnes déplacées (85%) ont trouvé refuge dans des pays en développement, souvent voisins du leur, des territoires déjà affectés par l'insécurité alimentaire et la malnutrition aiguë, dont de nombreux pays confrontés aux risques climatiques et aux catastrophes naturelles. Les 5 premiers pays "pourvoyeurs" de réfugiés sont la Syrie, le Venezuela, l'Afghanistan, le Soudan du Sud et le Myanmar (ex-Birmanie)

Le système sanitaire y est parfois embryonnaire ou très fragile, et déjà très sollicité par les besoins des populations locales. 

"Dans le Sahel par exemple", estime Céline Schmitt, "le Covid 19 est une menace additionnelle par rapport à d'autres défis : la violence, les déplacements liés aux conflits, les problèmes alimentaires liés à la sécheresse, aux conditions climatiques..."

Plus de 30 millions d'enfants en exil

La pandémie est aussi venue compliquer la vie déjà difficile des enfants déplacés. Ils représentent 40% de l'ensemble des personnes déracinées! Entre 30 et 34 millions, plusieurs dizaines de milliers d'entre eux sont des mineurs isolés. Cela correspond, écrit l'ONU, au total cumulé des populations de l'Australie, du Danemark et de la Mongolie. Des enfants jetés sur les routes de l'exil, de la violence, des privations... Des enfants déjà loin de l'école, privés d'éducation. La pandémie est venue accentuer leur isolement. Les fermetures de classes partout dans le monde n'ont pas épargné les camps. 

Or leur donner accès à l'éducation est crucial pour le HCR, qui en appelle aux acteurs publics et privés pour que la solidarité que l'on a vu à l’œuvre à l'occasion de cette pandémie soit aussi manifeste envers les réfugiés et déplacés.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.