La Maison-Blanche a dévoilé la conversation téléphonique entre Donald Trump et son homologue ukrainien, dans laquelle le président américain lui demande d'enquêter sur son rival Joe Biden.

Donald Trump a évoqué une "crise montée de toutes pièces", lors d'une rencontre à New York avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe, ce 25 septembre.
Donald Trump a évoqué une "crise montée de toutes pièces", lors d'une rencontre à New York avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe, ce 25 septembre. © AFP / AFP

Donald Trump a bien demandé à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky d'enquêter sur son rival politique Joe Biden, selon la retranscription rendue publique ce mercredi d'un appel téléphonique entre les deux dirigeants. Ce même appel téléphonique qui a décidé les démocrates à lancer une procédure de destitution contre le président.

Très en colère au lendemain de l'annonce démocrate qui a sonné comme un coup de tonnerre à Washington, Donald Trump a répété qu'il n'avait pas exercé "la moindre pression" sur Volodymyr Zelensky et s'est à nouveau dit victime de "la plus grande chasse aux sorcières de l'histoire américaine". Il estime que cet appel, que nous retranscrivons ici, prouve sa bonne foi.

DONALD TRUMP : "Félicitations pour votre super victoire ! Nous avons suivi tout ça depuis les États-Unis et vous avez fait un travail formidable. La manière dont vous êtes apparu, vous à qui on ne donnait aucune chance, et finalement vous avez gagné si facilement. C’est un succès fantastique. Félicitations."

VOLODYMYR ZELENSKY : "Vous avez raison Monsieur le Président. Nous avons gagné largement, et nous avons travaillé dur pour y arriver. Je dois vous avouer que vous m’avez beaucoup appris. Nous avons utilisé certaines de vos compétences. La situation était inédite et notre succès est unique. La première fois que vous m’avez appelé, c’était pour me féliciter d’avoir été élu président. Là, vous m’appelez car mon parti a remporté les législatives. Je pense que je devrais me présenter plus souvent, comme ça vous m’appelleriez plus souvent. [...] Nous voulions nous aussi nettoyer le pays (« drain the swamp »). Nous avons mis sur le devant de la scène beaucoup de nouveaux visages. Aucun vieux politicien, pas de politicien traditionnel... Parce que nous voulons un gouvernement d’un nouveau genre. Vous nous apprenez beaucoup."

D.T. : "C’est très gentil. Nous faisons beaucoup pour l’Ukraine. Nous y consacrons beaucoup d’énergie et de temps. Bien plus que les pays d’Europe, alors qu’ils devraient vous aider davantage. Ils ne font que parler [...] alors que les États-Unis ont été très très bienveillants envers l’Ukraine."

V.Z. : "Vous avez raison à 1000 %. J’ai rencontré Angela Merkel, j’ai rencontré Macron. Et je leur ai dit qu’ils n’en faisaient pas assez avec les sanctions. Ils ne font pas autant qu’ils le devraient sur le sujet..."

D. T. : "J’ai un service à vous demander car notre pays a traversé beaucoup de choses, et l'Ukraine en sait quelque chose. J'aimerais que vous trouviez ce qu'il s'est passé autour de l'Ukraine, ils parlent de Crowdstrike... [NDLR : Après avoir été hacké en 2016, le Comité national des démocrates a embauché Crowdstrike, une entreprise de cybersécurité, pour se renseigner sur les attaques. Crowdstrike a publiquement accusé le gouvernement russe, ce que Robert Mueller a ensuite confirmé. Mueller avait témoigné, la veille de ce coup de téléphone, devant le Congrès sur les interférences russes dans les élections américaines].

On dit que le serveur est en Ukraine. Beaucoup de choses se sont passées [...]. Je crois que vous vous entourez de certaines de ces personnes. J'aimerais que le Procureur général vous appelle, vous ou quelqu'un de votre entourage, et j'aimerais que vous alliez au fond des choses.

Comme vous l'avez vu hier, toutes ces foutaises se sont terminées par une performance très médiocre d'un homme nommé Robert Mueller, mais on dit qu'une grande partie de tout ça a commencé avec l'Ukraine. Tout ce que vous pourrez faire, c'est important que vous le fassiez si c'est possible."

V.Z. : "Oui, c'est très important pour moi, en tant que président, et nous sommes ouverts à toute coopération future. Nous sommes prêts à ouvrir une nouvelle page dans la coopération entre les États-Unis et l'Ukraine. Pour ce faire, je viens de rappeler notre ambassadrice aux États-Unis, elle sera remplacée par un ambassadeur très compétent et très expérimenté qui travaillera dur pour faire en sorte que nos deux nations se rapprochent.

J'aimerais aussi, et j'espère qu'il aura votre confiance, et qu'il aura des relations personnelles avec vous afin que nous puissions encore mieux coopérer.

Je vous dirais pour ma part que l'un de mes assistants a parlé récemment avec Mr. Giuliani [allié de Trump, ancien maire de New-York], et nous espérons fortement que Mr. Giuliani pourra se rendre en Ukraine et que nous nous rencontrerons une fois qu'il y sera.

Je voulais juste vous assurer, encore une fois, que vous n'avez rien que des amis parmi nous. Je m'assurerai de m'entourer des meilleurs et des plus expérimentés.

Nous aussi sommes de grands amis, et vous, Monsieur le Président, avez des amis dans notre pays, et nous poursuivrons notre partenariat stratégique. Je prévois aussi de m'entourer de personnes brillantes et en plus de ces recherches, je garantis, en tant que Président de l'Ukraine, que toutes les recherches seront faites de manière ouverte et franche. Cela, je vous l'assure."

D. T. : "J’ai entendu dire que vous aviez un très bon procureur, on l’a fait taire et c’est vraiment injuste. Beaucoup de gens parlent de la manière dont votre procureur a été traité et du fait que plein de méchants ["some very bad people" dans le texte] étaient impliqués. Mr Giuliani est un homme très respecté. C’était le maire de New York, un maire génial, et je voudrais qu’il vous appelle. Je vais lui demander de vous appeler avec le procureur général. Rudy sait très bien ce qui se passe et c’est un gars très fort. Si vous pouviez lui parler, ce serait génial.

L’ancienne ambassadrice des États-Unis était un mauvais choix, et les gens en Ukraine avec qui elle était en contact étaient aussi un mauvais choix, je veux que vous le sachiez. Autre chose, on parle beaucoup du fils de Biden, et beaucoup de gens veulent en savoir plus. Donc tout ce que vous pouvez faire avec le procureur général serait formidable. Parce que je trouve ça terrible". 

V. Z. :  "Justement, je voulais vous parler du procureur. Tout d’abord, je suis au courant de la situation. Puisque nous avons obtenu la majorité absolue au Parlement, le prochain procureur général sera à 100% un homme à moi, mon candidat, qui sera confirmé par mon Parlement et prendra ses fonctions en septembre.

Il ou elle regardera tout ça de près. Il faut rétablir la vérité, donc on va s’en occuper et nous allons enquêter. De plus, je voudrais savoir si  vous avez d’autres informations pour nous, ça nous aiderait beaucoup dans notre enquête afin d’être sûr que nous rendions la justice dans notre pays en ce qui concerne l’ambassadrice des États-Unis qui, si je me souviens bien, s’appelle Ivanovitch. Ce qui est génial c'est que vous soyez le premier à m’avoir dit que c’était une mauvaise ambassadrice, car je suis d’accord avec vous à 100 %. Elle ne se comportait pas correctement avec moi car elle admirait mon prédécesseur. Elle ne voulait pas que je sois élu président."   

D. T. : "Elle va passer un sale quart d'heure. Je vais demander à Rudy Giuliani et au ministre de la Justice Barr de vous appeler. Nous aurons le fin mot de l'histoire".

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