Depuis septembre, une partie de l'Australie est ravagée par les flammes. Sur les réseaux sociaux, des photos d'animaux calcinés ou de familles déplacées sous un ciel rouge suscitent l'émotion. Mais certaines images, largement relayées, sont anciennes, ou sorties de leur contexte, voire montées.

Depuis septembre, les pompiers australiens luttent contre les flammes.
Depuis septembre, les pompiers australiens luttent contre les flammes. © AFP / Saeed Khan

Malgré une météo plus clémente, une partie de l'Australie brûle toujours en ce début de semaine. Après un week-end catastrophique, des milliers de réservistes de l'armée ont été appelés en renfort sur la côte est, lundi. Depuis septembre, 24 personnes sont mortes et deux ont disparu dans les incendies qui ont réduit en cendres près de huit millions d'hectares.

Selon une étude d'un professeur en écologie de l’université de Sydney, 480 millions animaux seraient morts brûlés ou asphyxiés dans l'État de Nouvelle-Galles du Sud, le plus touché, et 20% de la population de koalas décimée. Sur les réseaux sociaux, des images cataclysmiques circulent, parfois sorties de leur contexte et sans précision sur leur origine.

Une visualisation 3D prise pour une photo satellite de la NASA

Cette carte présentée comme une "image 3D de l'Australie" réalisée par la NASA a été largement partagée sur les réseaux sociaux, passant pour un cliché pris depuis un satellite.

En réalité, comme son auteur l'a précisé sur son compte Facebook, "il s'agit d'une visualisation 3D des incendies en Australie. Pas d'une photo". "Considérez cela comme un graphique en plus joli", indique le photographe australien, Anthony Hearsey. Elle a bien été "réalisée à partir des données du FIRMS de la NASA (données satellites concernant les incendies)", entre le 5 décembre 2019 et le 5 janvier 2020, comme on peut le voir ci-dessous :

Données satellites de la NASA de l'ensemble des incendies repérés entre le 5 décembre 2019 et le 5 janvier 2020
Données satellites de la NASA de l'ensemble des incendies repérés entre le 5 décembre 2019 et le 5 janvier 2020 / Capture d'écran / FIRMS NASA

Mais ce n'est pas une photo des incendies à un moment précis. C'est une représentation cumulée des feux qui ont touché le pays pendant un mois. De plus, "l'échelle est un peu exagérée en raison de la lueur du rendu", détaille Anthony Hearsey.

Pour visualiser les incendies jour après jour, l'agence Landgate du gouvernement d'Australie-Occidentale et l'université Edith Cowan ont créé MyFireWatch. Le site précise que la carte est actualisée toutes les deux à quatre heures, en fonction de la disponibilité des satellites. "Le symbole utilisé pour représenter les points chauds sur le site web n'indique pas la taille de l'incendie", mais ça permet de se faire une idée de la multiplicité des brasiers.

Des photos décontextualisées

De nombreuses photographies et vidéos circulent, montrant la désolation provoquée par les flammes. Des animaux en détresse, un ciel rougeâtre plongeant des habitants dans la pénombre en pleine journée... Mais certaines sont sorties de leur contexte. Comme celle, devenue totalement virale, des deux kangourous qui s'enlacent

En effectuant une recherche inversée sur TinEye, on la retrouve à de multiples reprises. La première fois sur un blog musical en mars 2010. Une autre fois sur un site de pétitions en ligne, en mai 2010, ou encore sur ce blog en mars 2011 et celui-ci en décembre 2013.

Autre photo largement partagée, celle de cette famille s'agrippant à un ponton.

Elle a en fait été publiée pour la première fois en janvier 2013, lors des violents feux de brousse qui ont touché le sud-est de la Tasmanie, un État insulaire au large de la côte sud de l'Australie. Le pays connaissait également une vague de chaleur. Des photos de cette famille sinistrée sont visibles dans cet article publié par le magasine anglais The Guardian.

La photo d'un koala rescapé des flammes et pris en charge dans un centre de soins a également ému des internautes.

Après vérification, elle est parue pour la première fois en janvier 2015, sur le site de la ABC. Là encore, c'était bien en Australie. Surnommé Jeremy, l'animal était soigné pour des brûlures aux pattes à l'Australian Marine Wildlife Research and Rescue Organisation (AMWRRO). Il avait été sauvé par un pompier lors d'incendies qui ont brûlé des milliers d'hectares dans le sud-est.

Quant à celle du câlin entre une femelle koala et son petit, on la trouve dans plusieurs médias, en juin 2015.

Dans cet article de Paris Match par exemple, on découvre qu'il s'agit d'images diffusées par un hôpital vétérinaire australien montrant "un petit koala âgé de six mois s’accrochant fermement à sa mère blessée, qui avait besoin d’être opérée". La mère, Lizzy, avait été renversée par une voiture. Après l'opération, elle allait mieux !

Des câlins encore. Cette fois entre des femmes et un kangourou.

Le kangourou a bien été secouru, mais c'était il y a bien longtemps. Abigail, c'est son petit nom, a grandi dans le "sanctuaire de kangourous" Alice Springs. Selon cet article paru en juin 2016, ce kangourou orphelin a pris l'habitude de câliner ses sauveurs chaque matin. L'une de ces images provient même d'une vidéo publiée sur le compte Facebook du sanctuaire.

La photo montrant un pompier assis par terre, qui semble épuisé ou désespéré, a bien été prise en Australie, lors d'un épisode d'incendies.

Cependant, elle date de février 2009. Son auteur, Jason South, est un photographe de The Age, un magasine d'informations locales à Melbourne, capitale de l'État de Victoria, dans le sud-est de l'Australie. La description de la photo dans cet article indique que "le pompier reprend son souffle, tandis que les feux de brousse font rage en direction des cantons de Labertouche et Tonimbuk".

Vraie photo ou montage ?

La photo de deux enfants face à un mur de flammes, les pieds dans l'eau sur une plage, a été reprise des milliers de fois.

Un article du site Le Parisien estime que "cette photo est un montage issu d'une autre photo, qui, elle, reste difficile à authentifier. Le petit garçon à droite a été artificiellement ajouté, comme le montre l'original où l'on ne voit qu'un seul garçon". "La photographie, qui n'est pas signée, a commencé à apparaître sur Internet en novembre 2019, deux mois après le début des incendies", ajoute Le Parisien.

Pourtant cette photo ne serait pas un fake. Les deux photos ne se ressemblent pas vraiment et le garçon en question n'est pas dans la même position. De plus, on trouve ces deux photos publiées en octobre 2019 sur le compte Instagram du photographe Martin Von Stoll. Elles sont bien géolocalisées en Australie, sur la côte est, en Nouvelle-Galles du Sud, vraisemblablement sur Diamond Beach.

Une autre image d'enfant a été largement reprise et commentée. Une petite fille, le visage recouvert d'un masque, se tenant debout devant des flammes et une épaisse fumée. Dans ses bras, elle tient un koala. L'image est frappante, mais c'est en fait un montage réalisé par une artiste photographe australienne, Thuie. Constatant que l'image, postée le 22 décembre 2019, devenait virale, l'auteure a d'ailleurs tenu à préciser sur son compte Instagram qu'elle a été faite sur Photoshop.

Pour autant, il y a de nombreuses images bien réelles et qui proviennent de sources identifiables. Nous en avons recensé quelques-unes dans cet article qui traduisent le niveau d'alerte maximal dans lequel ont été plongées les régions touchées par les incendies ce weekend.

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