En raison d'une météo particulièrement propice aux incendies et à la négligence et malveillance humaine, l'Europe a été frappée par de nombreux incendies au cours de l'été.

Le Portugal a payé un lourd tribut cet été. Le centre du pays est toujours la proie des flammes.
Le Portugal a payé un lourd tribut cet été. Le centre du pays est toujours la proie des flammes. © AFP / Patricia de Melo Moreira

La France n’est pas le seul pays européen touché par les incendies de forêts. Si les foyers se sont multipliés dans le sud du pays et en Corse, la situation se révèle moins dramatique que chez certains de nos voisins. Au Portugal ou en Grèce, les pompiers luttent contre les flammes depuis de nombreuses semaines.

Au Portugal, un bilan extrêmement lourd

Depuis le début de l’année, environ 141 000 hectares sont partis en fumée au Portugal. C’est trois fois plus que la moyenne observée au cours de la dernière décennie, a estimé la protection civile. Un chiffre néanmoins loin du record de celui de 2003, où 426 000 hectares de forêt avaient brûlé. Entre début janvier et mi-août, les pompiers lusitaniens sont intervenus sur 10 000 départs de feux, contre 7 500 l’an passé. Pour la seule journée du samedi 12 août, 268 départs ont été enregistrés.

Mais le pays a surtout payé un lourd tribut sur le plan humain. Lors de l’incendie de Pédrogão Grande (centre), 64 personnes ont trouvé la mort et 250 ont été blessées, ce qui en fait le sinistre le plus meurtrier de l’histoire du Portugal. Du fait des conditions météorologiques les plus sévères depuis 2005 sur les plans de la sécheresse, de la chaleur et de l’intensité du vent, les soldats du feu n’ont pas connu d’accalmies durant le mois d’août.

Mobilisation de tous les instants

Près d’Abrantes, à une quarantaine de kilomètres au sud de Pédrogão Grande, près de 90 personnes ont été blessées, dont sept grièvement, depuis le mercredi 9 août. Parmi eux, 32 pompiers, quatre gendarmes et treize civils. 40 000 habitants ont vu les flammes s’approcher des faubourgs industriels de la ville. "Nous sommes venus ici pour aider les pompiers comme on peut, par exemple en éteignant les petites projections de feu. Dans une situation aussi dramatique, toute l'aide est utile", a témoigné Inês Azevedo, une habitante du village voisin de Mouriscas.

1 500 pompiers restaient mobilisés en fin de semaine, notamment vers la commune de Maçao, toujours dans le centre du pays, où se situe la bourgade de Vasco Estrela dont les 2 000 habitants étaient cernés par les flammes dans la nuit de mercredi à jeudi. Pour parer à cette situation dramatique, le Portugal a reçu de nouveaux renforts d'Espagne dans le cadre du mécanisme d'entraide européenne. En plus d'un Canadair marocain, les pompiers comptaient jeudi sur le soutien de 160 hommes, 27 véhicules et quatre avions anti-incendie venus du pays voisin.

Le gouvernement portugais a décidé jeudi de décréter l'état de calamité publique dans plusieurs régions du centre et du nord du pays. Les autorités ont interpellé 91 incendiaires présumés depuis le début de l'année. Il s'agit là encore d'un record, a souligné la ministre de l'Intérieur, Constança Urbano de Sousa, ajoutant que "la plupart des incendies sont d'origine humaine, par négligence ou malveillance".

En Grèce, le "pire a été évité"

"Le pire a été évité" en Grèce, a estimé le premier ministre Alexis Tsipras. Les trois grands fronts sont désormais fixés.
"Le pire a été évité" en Grèce, a estimé le premier ministre Alexis Tsipras. Les trois grands fronts sont désormais fixés. © AFP / Menelaos Myrillas

Mercredi 16 août, trois grands fronts ont été fixés en Grèce. Les incendies qui ravageaient depuis la mi-juillet le Péloponnèse au sud, l'Attique près d'Athènes et l’île de Zante à l'Ouest sont désormais sous contrôle. Dans l’Attique, l’un des poumons verts du pays, environ 1 500 hectares ont brûlé. "Il n’y a plus de front actif ni dans la région d’Athènes, ni dans le Péloponnèse", a expliqué l’une des porte-parole des pompiers. Sur l’île de Zante, dans la mer ionienne, le feu ne progressait plus que dans une gorge difficile d’accès.

Mais "la situation reste très instable", ont précisé les soldats du feu grecs. D’importantes forces restent mobilisées, plus de 400 pompiers et soldats, assistés de cinq avions et six hélicoptères. La protection civile a par ailleurs annulé une mission de renforts de 60 pompiers venus de Chypre, après que la Grèce eut demandé des renforts à ses partenaires européens. Une demande "qui reste en attente", ont précisé les autorités, en fonction de l’évolution de la situation. Néanmoins, le premier ministre Alexis Tsipras s’est voulu rassurant. "Le pire a été évité", a-t-il reconnu, n’oubliant pas que les incendies les plus ravageurs qu’avait connus la Grèce, en 2007, avaient entraîné la mort de 77 personnes.

Des polémiques inévitables

Au Portugal, la situation de l’été a suscité un vif débat au sujet de l'inefficacité des services de secours et des politiques d'aménagement des forêts. En réponse aux populations locales qui dénoncent la lenteur des travaux de reconstruction, le chef du gouvernement socialiste a annoncé jeudi son intention de "dispenser d'autorisation les projets de reconstruction des habitations touchées". Le Parlement portugais a adopté en juillet plusieurs volets d'une réforme des forêts visant notamment à réduire la plantation d'eucalyptus, espèce la plus répandue sur le territoire et très inflammable.

Quant au ministre de l’Intérieur grec, Panos Skourletis, il a mis en cause un déficit de moyens aériens, incriminant l'austérité infligée au pays surendetté par ses créanciers de l'UE et du FMI. "L'achat de nouveaux avions ou hélicoptères est nécessaire. Depuis 2000 pas une seule vis n'a été remplacée", a-t-il lancé à l'Agence de presse grecque Ana.

Nicolas Hulot prône une mutualisation de la flotte aérienne

En France, le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot s'est dit favorable jeudi à "une force de sécurité civile européenne" pour affronter les incendies, lors d'une visite en Corse, durement touchée par les incendies cet été. "Il faudrait qu'il y ait vraiment une réflexion et une mutualisation des moyens européens, notamment dans la flotte aérienne, a déclaré Nicolas Hulot. Envisager l'avenir (...) au niveau européen est la meilleure solution."

Le risque d'incendies reste très élevé en Europe.
Le risque d'incendies reste très élevé en Europe. © Visactu
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