En juin dernier, l’un des plus grands États indiens, le Maharashtra, dont Bombay est la capitale, a mis en place une interdiction stricte de la production et de l’utilisation de différentes sortes de plastiques à usage unique. Objectif : freiner l’énorme pollution que ces déchets entraînent.

En Inde, l'État de Bombay part à la chasse du sac plastique, amendes à la clé
En Inde, l'État de Bombay part à la chasse du sac plastique, amendes à la clé © Radio France / Julien Mougnon

Il est 11 heures du matin. Le marché de Kurla, dans le nord de Bombay, bourdonne d’activité : les premiers chalands négocient le prix des tomates, papayes et autres épices indiennes, avant de s’aventurer, parfois, dans la section "non-végétarienne" séparée, où les poulets en cages vivent leur dernière heure.

Dans cette épicerie du quartier de Kurla à Bombay (Inde), les commerçants utilisent des sacs plastique. Sur l’emballage, la description a été modifiée.
Dans cette épicerie du quartier de Kurla à Bombay (Inde), les commerçants utilisent des sacs plastique. Sur l’emballage, la description a été modifiée. © Radio France / Sébastien Farcis

Au milieu de ces allées, Ravi Jathare a l’œil attentif. Son regard n’est pas rivé sur les alléchants légumes, mais sur les cabas des clients et, surtout, sur ce que leur donnent les commerçants. Il s’invite ainsi avec son équipe derrière leurs étals, ouvre leurs tiroirs et placards à la recherche du fruit défendu : le sac plastique.

Ravi Jathare est un inspecteur municipal et, depuis juin dernier, l’une de ses missions principales est d’assurer le respect de la nouvelle ordonnance régionale, dans l’Etat du Maharashtra, qui interdit l’usage de tout sac plastique à usage unique.

Commerçants à l'amende

En juin dernier, le gouvernement de l’Etat du Maharashtra, qui compte 120 millions d’habitants et dont la capitale est Bombay, a passé une ordonnance interdisant la production, la vente et l’utilisation de tout plastique à usage unique, que ce soit les assiettes, verres, pailles ou sacs de moins de 50 microns d'épaisseur.

Au début, les commerçants n’étaient pas habitués à ce changement, donc nous en avons verbalisé un certain nombre.

Sur les cinq premiers mois d'application du texte, 23 vendeurs ont reçu l’amende prévue. 

"Maintenant, ils respectent tous la règle. Le marché est bien plus propre. Vous ne voyez plus de sacs plastique traîner partout", assure Ravi Jathare.

Il faut dire que la punition est sévère : 5 000 roupies (63 euros) représentent la moitié du revenu mensuel d’un Indien moyen. Et en cas de récidive, l’amende double. Les commerçants disent maintenant comprendre la logique : "Nos clients avaient du mal à s’adapter, donc nous devions leur donner des sacs en plastique, explique l’un d’entre eux. Maintenant, ils viennent avec des sacs en toile ou nous leur en vendons. Sinon, nous emballons les légumes dans du papier journal. Le prix de ce papier journal a d’ailleurs doublé depuis l’interdiction du plastique !" 

Ce vendeur de poulets du marché de Kurla est en règle : selon l’inspecteur municipal, il utilise une forme de plastique « dégradable ».
Ce vendeur de poulets du marché de Kurla est en règle : selon l’inspecteur municipal, il utilise une forme de plastique « dégradable ». © Radio France / Sébastien Farcis

Dans les marchés bien contrôlés, comme celui de Kurla, la nouvelle règle semble bien appliquée et une nouvelle "économie" du sac en toile recyclée a émergé. Mais dès qu’on s’en éloigne, l’anarchie de Bombay reprend vite ses droits.

Un respect de la loi tout relatif

En face de la halle de Kurla, un commerçant vend par exemple des verres et assiettes en polyester blanc (PET), censés être interdits. Quelques centaines de mètres plus loin, entre les triporteurs pétaradants et les milliers de piétons qui débordent des trottoirs, deux vendeurs ambulants emballent leurs fruits dans les petits sacs en plastique noir bannis.

Qu’est ce que je peux faire ? Les clients ne veulent pas de papier journal, ce n’est pas pratique à porter quand ils prennent beaucoup de fruits, donc j’utilise ces sacs. Et si je vois la police, je pars en courant.

Selon des militants environnementaux, cette ordonnance est encore moins respectée dans le reste de l’Etat du Maharashtra, qui compte 120 millions d'habitants. Mais cela a tout de même eu des effets bénéfiques, car la mégalopole de Bombay, la ville plus peuplée du pays avec plus de 20 millions d’habitants, génère 1,6 % des 25 940 tonnes de déchets plastique rejetés quotidiennement en Inde.

La mer qui borde Bombay est également l’une des plus polluées du monde, selon une compilation d’études mondiales publiée l’année dernière. Et le plastique est la première source de cette pollution. 

"La réduction de consommation du plastique non biodégradable a beaucoup aidé à réduire la pollution maritime", explique Stalin D, directeur de l’ONG environnementale Vanashakti. 

Si vous allez dans les mangroves de Bombay, vous trouverez des centaines de tonnes d’anciens plastiques. Ils sont encastrés dans les racines. Personne ne pourra les nettoyer, et cela tuera ces mangroves. Mais il y a beaucoup moins de nouveaux déchets plastique qui y sont déversés.

Des effets de bord économiques 

La méthode de cette interdiction est toutefois contestée. Le gouvernement régional a donné seulement trois mois aux industriels de la filière pour s’adapter, ce qui a été désastreux pour eux.

" Cette interdiction a fait chuter de 9 à 10 % la consommation de plastique au Maharashtra, affirme Hiten Bedha, responsable de la section environnementale dans l’association indienne de producteurs de plastiques (AIPMA).  Plus de 1 000 usines ont été touchées et soit elles ont dû changer leur activité soit elles ont fermé."

Dans toute la filière de l’emballage plastique, nous estimons qu’environ 400 000 travailleurs ont donc été touchés. Ils ont dû se former à nouveau pour d’autres tâches ou chercher un autre emploi.

Le gouvernement régional a réagi en modifiant plusieurs détails de l’ordonnance, et levant par exemple l’interdiction des bouteilles de plastique PET d’un contenant allant de 200 ml à 1 litre. La pression sur l’économie et l’emploi ainsi que le manque de réflexion sur les alternatives au plastique pourraient, à terme, diluer une mesure nécessaire pour protéger un environnement indien en pleine dégradation.

#LePlastiqueNonMerci

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