Le Kumbh Mela, l'un des plus grands rassemblements religieux de la planète, a débuté mardi. Des milliers d'ermites, puis des millions de pèlerins, vont réaliser des ablutions dans les fleuves sacrés du nord de l'Inde. Mais se purifier de ses péchés peut aussi rendre malade car le Gange est un égout à ciel ouvert.

Avant l'aube, des milliers d'ermites nus à la peau enduite d'une couche grise de cendres, se sont immergés dans les eaux du Gange
Avant l'aube, des milliers d'ermites nus à la peau enduite d'une couche grise de cendres, se sont immergés dans les eaux du Gange © AFP / Sanjay KANOJIA

Le soleil vient à peine de se lever que la Kumbh Mela vibre déjà de cris de dévotions. Ce mardi 15 janvier se tient le premier grand bain propice et les sadhous, moines ascètes adorateurs de Shiva, entament leur procession. Ils sont drapés dans des toiles orange ou tous nus, recouverts de la cendre grise du feu sacré. 

Un "sadhou" de la communauté d’Anand Akhara. Ces moines doivent, par tradition, sauter dans le Gange en premier lors de la Khumbh Mela. Pour ces ascètes, la rivière est sacrée car elle est née de la chevelure de Shiva.
Un "sadhou" de la communauté d’Anand Akhara. Ces moines doivent, par tradition, sauter dans le Gange en premier lors de la Khumbh Mela. Pour ces ascètes, la rivière est sacrée car elle est née de la chevelure de Shiva. © Radio France / Sébastien Farcis

Ils avancent à pied, sur des chars ou des chameaux. Ils cheminent sur les allées bondées et dessinées sur le lit asséché du Gange, dans la grande ville d’Allahabad, récemment renommée par le gouvernement nationaliste hindou, Priyagraj (l’offrande royale). 

Les sadhous marchent ainsi vers le lieu le plus vénéré de cette Kumbh Mela, la confluence entre les deux rivières sacrées du Gange et de la Yamuna. Les hindous estiment qu’une troisième rivière mythique vénérée et disparue, la Saraswati, les rejoignait également ici. 

Les sadhous se baignent dans ce lieu, appelé le "Sangam", en premier, suivis par des centaines de milliers de pèlerins. "C’est un moment de bonheur pour moi", lance un dévot revenant du bain. Sa famille est venue de Bangalore, à 1 700 km de là, avec 30 autres pour cette occasion. "Je suis fier d’être là pour ce grand festival en l’honneur du Gange, notre mère, confie-t-il."

Toute la journée, des millions de pèlerins ont fait la queue des heures durant pour réaliser leurs ablutions.
Toute la journée, des millions de pèlerins ont fait la queue des heures durant pour réaliser leurs ablutions. © AFP / Chandan KHANNA

Le Gange, leur mère vénérée, semble bien malade

Rien qu’au niveau de cette ville d’Allahabad, la concentration en matières fécales dans le fleuve est environ 10 fois supérieure aux niveaux maximum autorisés pour une baignade saine. C'est principalement dû au fait que la plupart des eaux usées des villes riveraines sont directement déversées dans le fleuve. Mais pour les dévots, le Gange est une déesse invincible. "Toute eau impure qui entre dans le Gange est purifiée grâce aux bactéries spéciales que compte le fleuve, explique Ram Krishna Dwivedi, ingénieur et dévot venu à la Kumbh Mela. Le Gange sera donc toujours pur et vous pouvez boire son eau. 

"Tout hindou prend l’eau du Gange chez lui. Sans cette eau sacrée, l’hindouisme n’existe plus"

Le gouvernement a lancé il y a quatre ans un gigantesque plan pour freiner la pollution du Gange, mais cela n’a eu pour l’instant qu’un effet marginal. Pendant la Kumbh Mela, les autorités ont du reste forcé les tanneries situées en amont d’Allahabad à fermer, car elles rejettent dans le fleuve des produits chimiques cancérigènes.  

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